Accueil chaleureux pour les visiteurs d’un jour
Lausanne, 7 juin 2011 (Apic) Chaque dimanche, l’Eglise chrétienne chinoise de Lausanne se réunit à l’Eglise de Sévelin, à l’avenue de Tivoli 74. Une cérémonie traditionnelle – louange, sermon, Sainte-Cène, prière – accessible aux seuls sinisants. A moins que Monsieur Kan, un des membres fondateurs, ne s’improvise traducteur.
A l’extérieur, un imposant clocher gris, séparé par quelques mètres de l’église, et une grande croix de métal, suspendue au-dessus des portes. A l’intérieur, des bancs de bois, alignés de manière spartiate, et un vitrail, figurant le Golgotha. L’église de Sévelin, large bloc de béton au bord d’un carrefour lausannois, n’est à premier abord pas très engageante. Mais c’est sans compter sur l’accueil chaleureux que réserve l’assistance aux nouveaux venus.
10h25, dans l’église lausannoise, une trentaine de Chinois attendent le début du culte. Il y a là également l’époux suisse d’une paroissienne et un grand homme noir, en costume gris et chemise rose. On propose spontanément aux étrangers que nous sommes un interprète. Monsieur Kan vient s’asseoir juste derrière nous. Il prévient: «Attention, la traduction n’est pas professionnelle!»
Le culte débute par une vingtaine de minutes de louange, en mandarin. Quatre jeunes femmes chantent dans un micro, accompagnées d’un pianiste. Les paroles défilent en caractères chinois sur un power-point, Monsieur Kan traduit. Debout, l’assistance prête sa voix aux hymnes. Quelques paroissiens semblent moins à l’aise avec les chants. Il faut dire qu’une partie de l’assistance est de langue maternelle cantonaise.
Vient ensuite le moment du prêche, qui dure bien quarante-cinq minutes. Interrogé plus tard à ce sujet, Monsieur Kan raconte: «Dans l’Eglise réformée, le pasteur est limité dans le temps du prêche. Les paroissiens, montre en main, attendent le moment d’aller manger. Pour nous, au contraire, le prêche c’est comme l’histoire qu’on nous lisait enfant: si l’histoire est bonne, on ne veut pas qu’elle s’arrête.» A une semaine de Pâques, le pasteur Lo, venu de Bâle pour l’occasion, parle de la Sainte-Cène. Les paroissiens, silencieux et attentifs, ne bougent pas de leurs bancs.
A la fin du prêche, deux paroissiennes s’approchent des croyants. L’une porte une brioche, dont chacun prend un morceau, l’autre de petits verres en plastique, remplis à ras bord de jus de raisin. «Très hygiénique», s’amuse une jeune femme. Tous attendent pour communier ensemble, sauf notre Africain, qui n’a manifestement pas compris les indications. Après avoir trempé son bout de brioche dans le jus de raisin, il le consomme directement. Il est passé midi et les cloches du temple ont déjà sonné.
L’assistance s’unit dans la prière. Le croyant africain semble ravi de pouvoir, enfin, participer pleinement à la cérémonie. Il connaît en effet le texte, puisque c’est le Notre Père que les chinois récitent maintenant en mandarin. Haut et fort, et en français, il joint sa voix à celle des fidèles.
Entre les différents «temps forts» du culte, Monsieur Kan conduit la communauté. Il profite des intermèdes pour présenter, par exemple, les différents événements au programme des semaines suivantes ou, plus étonnant, les comptes de l’Eglise.
Après quelques minutes de méditation personnelle, la cérémonie se termine de manière informelle: certains commencent à pianoter sur leurs portables, d’autres à discuter avec leurs voisins. Le pianiste exécute un dernier morceau mais plus personne, déjà, n’est attentif à ses virtuosités. Si les Chinois se lèvent et se dirigent vers la sortie, ce n’est pas pour autant qu’ils se séparent.
Un dimanche par mois, la communauté a rendez-vous après le culte dans les sous-sols de l’église. Dans une petite salle, à côté de la cuisine, les croyants partagent un repas convivial. Au menu, poisson, jarret de porc et sauce très, très piquante! Mais sur les tables, des fourchettes en plastique… pas l’ombre d’une baguette. La nourriture est délicieuse et l’ambiance très chaleureuse. D’après une paroissienne, le repas est aussi une bonne occasion de mettre à l’aise les visiteurs d’un jour.
Les enfants, qu’on n’avait pas vus jusqu’alors, ont rejoint leurs parents. Pendant le culte, ils étaient dans une salle voisine, à l’école du dimanche. Ils se faufilent entre les tables, distribuant des œufs de Pâques en chocolat, pour le dessert. Certains d’entre eux répondent en français quand on les interpelle… la préservation de la langue, comme de la culture, semble déjà constituer un défi pour cette jeune communauté.
L’invité africain est resté pour le repas également. Que venait-il donc faire dans un culte en mandarin? «Je suis paroissien du Sud-ouest lausannois et originaire du Tchad. Je me suis levé trop tard ce matin pour aller au culte. Comme je savais qu’il y avait une communauté qui se réunissait à 10h30 à Sévelin, je suis venu.» Et il ne semble pas regretter une seule seconde sa découverte de la journée. (apic/amc)
Encadré:
«Lorsque je suis arrivée en Suisse, en février 1984, je me réjouissais de quitter l’Eglise. Il faut dire que je suis né dans une famille chrétienne et qu’il fallait aller au culte tous les dimanches. Pourtant, dès la première semaine, j’ai senti dans mon cœur un appel. Je suis donc parti à la recherche d’une nouvelle paroisse.» A l’époque, sa mère l’avait instruit des différences existant entre catholiques et protestants. C’est ainsi qu’à son arrivée à Lausanne, Monsieur Kan choisit une église avec une croix sans représentation du Christ.
Il trouve rapidement sa place dans la communauté de Sévelin, où des jeunes de «Jeunesse en mission» organisent un culte missionnaire américain. «Dans d’autres églises protestantes, le culte était trop structuré. Je n’y étais pas habitué. La prière par exemple, j’aimais les prières spontanées.» Ce sont ces mêmes jeunes Américains qui l’encouragent à mettre en place un groupe d’étude biblique pour les Chinois de Lausanne. Dès lors, les croyants immigrés se rencontrent dans le restaurant où Monsieur Kan travaille.
Mais de l’humble rencontre dominicale dans le restaurant clos, au culte à l’Eglise protestante de Sévelin, des années se sont écoulées. C’est en 2008 seulement que les Chinois de Lausanne reçoivent le droit de célébrer le culte dans l’église. Avec la réforme des paroisses lausannoises «Eglise à Venir», l’Eglise protestante du Sud-Ouest Lausannois (SOL) n’occupe plus les lieux qu’un dimanche sur deux. Et tous les deux mois, Chinois et Suisses se retrouvent pour un culte commun.
Encadré:
Apic: J’ai cru comprendre que vous n’aviez pas de pasteur. Comment faites-vous?
Monsieur Kan: A Lausanne, nous n’avons pas de pasteur chinois. Pour les cultes dominicaux, nous faisons venir un pasteur de la Chaux-de-fond ou alors, comme aujourd’hui, le pasteur Lo, qui travaille à Bâle pour «Mission 21».
Deux fois par année, un pasteur venu de Taiwan visite plusieurs Eglises chinoises d’Europe. Il participe à notre retraite annuelle et baptise les enfants à cette occasion.
Apic: En plus du culte, quelles sont les autres activités que propose l’Eglise?
Monsieur Kan: Il y a donc le culte et l’école du dimanche. A cette occasion, les enfants parlent, écrivent et chantent en chinois, ce qui est important pour qu’ils n’oublient pas la langue. Il y a aussi un groupe de prière, un groupe de jeunes et un groupe de femmes chinoises.
Apic: D’où viennent les membres de votre communauté?
Monsieur Kan: Essentiellement de Chine, mais d’un peu toutes les régions. Il y a également plusieurs personnes de Hong kong. J’ai retrouvé par hasard dans cette communauté une femme qui avait suivi, enfant, la même école que moi.
Apic: Les paroissiens sont-ils chrétiens de naissance ou des chrétiens convertis?
Monsieur Kan: Il y a des deux. En Chine, il y a beaucoup d’athées. Mais je suis d’avis que chaque chrétien doit partager l’évangile, même si c’est jusqu’au bout du monde. C’est notre responsabilité à tous.
Apic: Etes-vous tous dans la restauration?
Monsieur Kan: Beaucoup de membres de l’Eglise travaillent dans la restauration, mais pas tous. Il y a aussi de nombreux étudiants, qui suivent l’Université en Suisse.
Notre pianiste, un Chinois de Bangkok, fait par exemple le conservatoire à Lausanne. Lorsqu’il est venu pour la première fois dans la ville, pour passer les examens d’entrée, il a rencontré un Chinois de notre paroisse qui lui a parlé de l’Eglise. C’est ainsi qu’il a rejoint la communauté.
Encadré:
Apic: Pourquoi l’Eglise protestante prête-t-elle ses locaux à la communauté chinoise?
Claudine Masson Neal: A partir de l’année 2000, suite à la réunion des paroisses lausannoises avec «Eglise à Venir», l’Eglise protestante n’a plus utilisé l’église de Sévelin qu’un dimanche sur deux. Nous connaissions Gordon Kan et Diana Lo – un autre membre de la communauté chinoise – parce qu’ils faisaient partie de la paroisse réformée. C’est pourquoi nous avons accepté qu’ils célèbrent leur culte les dimanches où nous n’utilisons pas les lieux ou les dimanches où nous nous réunissons à 9h du matin.
Apic: J’ai entendu que vous célébriez également un culte commun tous les deux mois…
Claudine Masson Neal: Au début, nous nous réunissions tous les mois, mais pour des raisons linguistiques, nous nous retrouvons maintenant un peu moins souvent. Si la cérémonie est en français, il y a également quelques chants en anglais ou en chinois. Théologiquement parlant, les Chinois sont plutôt de tendance évangélique, mais ça ne pose pas de problème. Je pense qu’il y a des deux côtés la volonté de maintenir des contacts étroits, de faire quelque chose ensemble.
Apic: Accueillez-vous d’autres communautés dans les locaux de la paroisse du Sud-Ouest Lausannois?
Claudine Masson Neal: Oui, à Malley, nous accueillons une communauté kimbanguiste, une Eglise africaine. Une communauté évangélique suisse célèbre également ses cultes dans les locaux de la paroisse du SOL. Nous les connaissions par le groupe de travail oecuménique et, lorsqu’ils ont perdu leur lieu de culte, nous avons accepté de les accueillir.
Encadré:
Le 5 juin 2011, l’Eglise chinoise de Sévelin a animé, en collaboration avec une autre communauté chinoise lausannoise, une Célébration de la Parole à la cathédrale de Lausanne.
Depuis 2004, le lieu de culte ouvre chaque mois ses portes à une nouvelle communauté chrétienne du canton ou à un mouvement chrétien. La communauté prépare une liturgie comme elle le ferait pour elle-même: dans sa langue, avec ses chants, sa musique, sa manière de prier, sa sensibilité et, si besoin est, avec traduction. «Les deux tiers de l’assistance appartiennent à la communauté organisatrice, les autres viennent parce qu’ils apprécient ce genre de célébrations», indique le pasteur Martin Hoeffer, secrétaire de la Communauté des Eglises Chrétiennes dans le Canton de Vaud (CECCV).
Pour le pasteur lausannois, «ces célébrations permettent de découvrir les formes de prière des différentes Eglises, de voir comment la parole de Dieu est reçue et accueillie et de maintenir la flamme de l’unité». Une «expérience belle et enrichissante». (apic/amc)
Avis aux rédactions: des photographies peuvent être commandées auprès de l’Apic apic@kipa-apic.ch pour illustrer cet article. 80.– francs pour la première photo 60.– francs pour les suivantes. (apic/amc)
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