Brésil: Le drame de l’esclavage moderne

Campagne de dénonciation lancée au Brésil

Brasilia, 7 juin 2011 (Apic) Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 12 millions de personnes dans le monde vivent des conditions d’esclavage. Principal bénéficiaire de la traite des esclaves durant la colonisation, le Brésil continue d’abriter des milliers d’»esclaves modernes». Dans ce pays sud-américain, la Commission pastorale de la terre vient de lancer une campagne de dénonciation, reprise en Suisse par l’ONG Brücke-Le Pont.

Malgré l’abolition de l’esclavage en 1888 [ndt : un an avant la proclamation de la république], le Brésil, tout comme d’autres régions de la planète, connaît de nouvelles formes d’esclavage: des êtres humains travaillent dans des conditions «infra-humaines» dans des plantations, des fabriques verrouillées, des mines, etc.

Selon diverses sources, près de 40’000 Brésiliens sont actuellement condamnés à une situation d’esclavage «moderne». Cette situation a motivé la Commission pastorale de la terre pour lancer la campagne de dénonciation «Rester vigilants pour éviter l’esclavage».

«Rester vigilants pour éviter l’esclavage»

Son partenaire suisse, Brücke-Le Pont, s’associe à la campagne. Il appuie plusieurs organisations locales dans l’Etat de Piaui (Nord-Est du Brésil). «La solidarité internationale est très importante pour dénoncer cette réalité «infra-humaine», qui existe encore dans mon pays», explique l’ingénieure-agronome Rosa Lidia Morais da Silva, lors de sa visite en Suisse.

Rosa Lidia Morais da Silva, volontaire de l’organisation nationale «Haciendo la paz» – partenaire de Brücke –, est responsable à la gestion interne de l’Action sociale archidiocésaine (ASA). Cette ONG brésilienne réputée réunit divers acteurs de la société civile brésilienne, comme les Pastorales de la terre, des émigrants, des enfants et de la santé.

«Deux éléments définissent légalement la situation d’esclavage: des conditions dégradantes de travail et de vie, et la privation de liberté», explique Rosa Lidia Morais da Silva.

Selon la Commission pastorale de la terre, l’Etat du Pará est le champion en matière d’esclavage au travail. Dans ce palmarès de l’esclavage moderne brésilien, il est suivi par les Etats du Mato Grosso, de Maranhão, Goiás et Tocantina. En 2010, 3’054 esclaves furent libérées dans ces régions, grâce au travail mené par des ONG et des institutions étatiques.

Une réalité véridique… à l’apparence de fiction

«Un personnage dénommé ’le chat’ (ndr: vu qu’il capture les gens comme des rats) se rend dans une localité isolée, dont le taux de chômage est normalement très élevé, pour offrir du travail», raconte Rosa Lidia Morais da Silva, expliquant le fonctionnement de l’esclavagisme moderne.

Il donne par avance de l’argent à la famille. Et il affrète un bus, généralement assez luxueux, pour un groupe de chômeurs qu’il a engagés. Après un long voyage qui peut atteindre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres, «on change ces personnes de transports, pour les embarquer dans des véhicules très incommodes et peu sûrs, qui les amèneront dans différentes propriétés ou exploitations rurales».

Dans ces conditions «qui se dégradent avec l’écoulement du temps», les personnes engagées arrivent à un endroit isolé, souvent dans des zones boisées où ils travailleront dans le défrichage ou dans des parcelles rurales destinées ensuite à l’agro-industrie», précise la jeune agronome brésilienne.

«Les travailleurs arrivent sur leur lieu de travail déjà endettés. Parce que le ’chat’ déduira de leurs ridicules salaires les coûts du transport et l’alimentation durant le voyage. Dès le premier moment, ils doivent supporter des conditions de vie et de travail inhumaines, aggravées par l’isolement total de leurs familles et de leur village d’origine», explique Morais da Silva.

«L’existence de cet esclavage moderne et du mécanisme d’engagement qui en est à l’origine ne peuvent s’expliquer que par l’ignorance de la personne au chômage, par le manque d’information sur ce qui l’attend et par le désespoir suscité par sa situation économique». C’est le résultat direct de «la pauvreté extrême, de la misère, de la faim, du manque d’accès à l’éducation», souligne-t-elle.

Un crime

L’article 149 du Code pénal brésilien considère «l’esclavagisme comme un crime», explique l’ingénieure-agronome, qui reconnaît «les efforts tenaces de l’Etat pour tenter d’affronter cette réalité indigne».

La volonté politique existe et s’exprime, par exemple, grâce à un plan national contre le trafic de personnes, qui combat le travail des esclaves, la vente d’organes et le commerce sexuel.

De plus, souligne Rosa Lidia Morais da Silva, «le Ministère du travail et de l’emploi a créé des commissions spécialisées pour combattre le travail des esclaves. Ses fonctionnaires agissent en commun avec la police nationale. Ils courent souvent de grands risques, vu que les propriétaires fonciers disposent normalement de milices armées pour protéger leurs propriétés».

Un autre élément significatif: ce ministère publie régulièrement une «liste noire» des entreprises dénoncées pour des infractions graves, comme l’engagement de main d’œuvre esclave. «Ces entreprises resteront ainsi exclues de tout type d’offre publique et ne pourront pas recevoir des crédits bancaires».

Et de conclure: malgré les lois et la volonté politique de l’Etat et du gouvernement actuel, «l’esclavage moderne existera au Brésil aussi longtemps que de larges secteurs sociaux continueront à vivre dans la misère». Rosa Lidia Morais demande donc à la coopération et à la solidarité internationales d’appuyer la campagne des ONG brésiliennes. Les tâches principales sont d’»informer à l’intérieur et à l’extérieur du pays, de promouvoir des campagnes sur le travail des esclaves, de sensibiliser à son effet pervers, et de renforcer les acteurs de la société civile nationale qui le combattent ouvertement». (apic/sf/ggc)

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