Pérou: L’atelier Manthoc accueille chaque jour 86 enfants

Défendre le droit à un travail digne et améliorer l’éducation

Lima, 10 juin 2011 (Apic) Considérer les enfants et adolescents travailleurs comme des citoyens capables de réfléchir et de décider par eux-mêmes. Et leur donner les moyens de le faire. Voilà la mission que s’est fixée le Manthoc, au Pérou. Un mouvement pour lequel la valeur d’un acteur social n’attend pas le nombre des années. A l’approche de la journée internationale de lutte contre le travail des enfants, le 12 juin, l’Apic a rencontré ces jeunes travailleurs qui luttent pour leur avenir et leur dignité.

Dans un saladier, Stephany mélange la farine, les œufs, le sucre et le beurre. «Aujourd’hui, avec mes camarades, nous apprenons à faire un gâteau. Lorsque je saurai les confectionner, j’irai les vendre sur le marché où ma mère tient un étal de légumes. Avec l’argent gagné, je pourrai aider ma famille et continuer à aller à l’école.» A 12 ans, Stephany fait partie des 86 enfants accueillis chaque jour au sein de la «maison San Juan de Miraflores» du Manthoc (Mouvement d’adolescents et enfants travailleurs, fils d’ouvriers chrétiens), un établissement situé à Ciudad de Dios, un quartier difficile de la banlieue de Lima. Un lieu atypique où les enfants et les adolescents travailleurs (NATs) (1) sont les protagonistes d’une structure d’éducation qui travaille à partir de leur réalité quotidienne. Objectifs? «S’organiser pour défendre le droit à un travail digne, améliorer les conditions de travail, de santé, d’éducation et promouvoir les NATs comme des acteurs sociaux capables de participer à la construction d’une société plus juste.»

Créé en 1976 par des adolescents issus des Jeunesses ouvrières chrétiennes (JOC), le Manthoc qui compte aujourd’hui 3’000 membres répartis dans 27 villes du pays, a vu le jour dans un Pérou accablé par la dictature et une crise économique aiguë. 30 ans plus tard, la pauvreté perdure dans ce pays de 28 millions d’habitants où 44% de la population est constituée d’enfants et d’adolescents, dont au moins 2 millions travaillent (2). «C’est notre réalité, explique Juan Diego Anagon, 17 ans, délégué national du Manthoc. Dans notre culture, les enfants participent à la société et assument des tâches. D’ailleurs les familles ne s’en sortiraient pas si elles ne pouvaient pas compter sur eux.» D’où la volonté du Manthoc de considérer ces derniers non comme des victimes ou même des acteurs passifs, mais comme des jeunes citoyens capables de réfléchir à partir de leur propre expérience et de juger par eux-mêmes de ce qu’ils veulent réaliser. «Nous pensons que ces enfants sont capables d’élaborer, d’adapter et de diriger leurs propres projets, avec un minimum de participation des adultes», explique Olga Rivera Roman, l’une des responsables du Mouvement.

Ecole productive intégrale de niveau primaire

Parmi les nombreuses actions menées par les enfants et les adolescents du Manthoc, la scolarité est évidemment un thème important. «Au Pérou, poursuit Olga, l’école publique est officiellement gratuite et obligatoire jusqu’à 11 ans. Mais en réalité, peu de parents peuvent acheter les uniformes ou les fournitures scolaires.» D’où l’abandon précoce d’une école qui, de surcroît, ne répond pas à la réalité de ces enfants économiquement actifs. «C’est pour enrayer cet échec scolaire que nous proposons «l’école productive intégrale», de niveau primaire, explique Fabiola Segura Juarez, 18 ans, elle aussi Déléguée Nationale. L’idée est d’appliquer un projet pédagogique associant travail et école.» Ainsi, avant d’apprendre à faire son gâteau, Stephany, l’apprentie pâtissière, a travaillé son orthographe en copiant la recette, les mathématiques en abordant les proportions des ingrédients et la géographie pour connaître l’origine des céréales. Une pédagogie «intégrale» qui a su (re)capter l’attention de nombreux enfants.

Evidemment, le travail reste au cœur des préoccupations des NATs. «L’idée est d’améliorer nos conditions de travail et de créer des alternatives économiques pour les NATs», précise Fabiola. Formation et qualification professionnelle, aide économique et technique à la création de micro-entreprises, ateliers d’artisanat pour apprendre à élaborer des produits, …: l’accent est mis sur l’économie solidaire, porteuse de valeurs de partage et de démocratie. Des valeurs existant également dans le fonctionnement même du Manthoc, puisque chaque projet donne lieu à la création de groupes qui établissent de manière autonome leurs priorités et leurs programmes d’action pour agir au sein de leurs communautés respectives. Des groupes où les enfants et adolescents apprennent à devenir les acteurs de leur propre destin. Quid des adultes? Au Manthoc, on les surnomme les «collaborateurs». En ce moment, Stephany rencontre le même tous les jours. C’est son professeur de pâtisserie.

(1) NATs : Ninos y adolecentes trabajadores (enfants et les adolescents travailleurs)

(2) Source: Rapport du Groupe de travail de la Commission parlementaire pour l’enfance (2005)

(apic/jcg/bb)

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