Lucerne: Plus de 400 personnes fêtent les 50 ans de l’Action de Carême
Lucerne, 18 juin 2011 (Apic) Plus de 400 personnes ont fêté à Lucerne les 50 ans de l’Action de Carême (AdC) tout au long de la journée du vendredi 17 juin. Sympathisants, compagnons de route, donateurs, collaborateurs de l’AdC, invités des pays du Sud, coordinateurs régionaux venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud, ils s’étaient rassemblés pour le jubilé de cette importante œuvre d’entraide des catholiques de Suisse fondée en 1961 par feu Meinrad Hengartner (*).
« Ce que nous avons commencé il y a 50 ans a porté des fruits, cette action doit continuer », a souligné à cette occasion Mgr Markus Büchel, évêque de St-Gall et président du Conseil de fondation de l’Action de Carême. Il présidait vendredi soir en l’église St. Anton de Lucerne une célébration d’action de grâce haute en couleurs à laquelle participaient également Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, Mgr Pier Giacomo Grampa, évêque de Lugano, et Mgr Ivo Fürer, ancien évêque de St-Gall et ancien président du Conseil de fondation de l’AdC. Et Mgr Büchel de souligner, en saluant l’engagement conséquent de l’AdC, que le Christ est venu parmi nous « pour que tous aient la vie en abondance ».
L’Action de Carême, une organisation de développement catholique à forte dimension pastorale, a depuis ses origines pour leitmotiv « Nous partageons », avec le logo de la croix et du pain partagé. Au cours des années, le regard de l’AdC s’est affiné, a relevé vendredi Yvonne Buschor, cheffe du Secteur Sud de l’œuvre d’entraide: au commencement était la solidarité avec les chrétiens dans le monde, « mais on s’est vite aperçu qu’il ne suffisait pas de donner un peu de notre superflu, mais qu’il fallait créer un monde plus juste, plus équitable ».
Durant la messe, rythmée par des chants du Sud, la Kenyane Stella Mulaeh, commentant la lecture du prophète Amos, a rappelé que le « cri de 1961 » lancé alors par l’Action de Carême est plus que jamais d’actualité. Elle a appelé les fidèles à se mettre debout pour combattre l’injustice et l’exploitation dans le monde. « Dans mon pays, les responsables de la violence, des injustices et de la corruption se moquent des opprimés !
En écho, le Philippin Ervin Moore a rappelé que la réalité des Philippines, qui passent pour une nation chrétienne, contredit au quotidien cette image. La corruption est toujours la norme dans la façon de gouverner, et au milieu de l’abondance où vit une minorité, les gens souffrent de la pauvreté et de la faim, tandis que l’on assiste toujours à des exécutions extrajudiciaires et à des massacres. Saluant les « miracles » en faveur des peuples indigènes du Guatemala que le peuple suisse a pu faire par le biais de l’Action de Carême, la Guatémaltèque Inès Pérez a rappelé que grâce à cette aide, nombre d’Indios ont pu retrouver l’accès à leurs terres.
Au cours des années, les revendications de l’AdC sont devenues plus « politiques » avec notamment la création en 1969 d’Alliance Sud (qui s’appelait au départ Communauté de travail Swissaid/ Action de Carême/Pain pour le Prochain, à laquelle se joindront ultérieurement les ONG Helvetas, Caritas et EPER). Aujourd’hui, la dimension de libération pour les populations du tiers-monde est au centre de l’action pastorale et de développement de l’Action de Carême, relève Mgr Büchel, qui souligne l’importance pour les évêques que l’Eglise locale soit toujours impliquée dans les projets de l’AdC.
Un an auparavant avait démarré la collaboration œcuménique, « unique au monde », avec l’œuvre d’entraide protestante « Pain pour le Prochain » à l’occasion de la campagne « La vie est là pour tous ». Lancée en 1990, la pétition « Le désendettement, une question de survie », adressée à la Berne fédérale, est un grand succès: 250’000 personnes demandent la mise sur pied d’un fonds de désendettement de 700 millions de francs à l’occasion des 700 ans de la Confédération. Ce sera chose faite l’année suivante. D’autres pétitions exigeant davantage de justice pour les pays du Sud suivront, notamment une récolte de signatures demandant une augmentation de l’aide suisse au développement.
« Le programme ›Foi et justice’, inspiré par notre identité catholique, est au cœur de notre action, affirme Antonio Hautle, directeur de l’AdC. Nous ne pouvons pas accepter qu’un milliard de personnes continuent de souffrir de la faim dans le monde. Nous nous engageons dans la politique de développement pour qu’il y ait plus de justice… Le but, c’est qu’un jour, l’AdC et les autres œuvres d’entraide puissent disparaître parce qu’elles seraient devenues superflues, mais c’est aujourd’hui encore loin d’être le cas ! »
(*) Meinrad Hengartner était alors dirigeant de l’organisation de jeunesse catholique alémanique « Schweizerischer Katholischer Jungmannschaftsverband ». Les années 60 sont marquées par l’optimisme et la croissance économique de l’après-guerre. Dans l’Eglise catholique, le Concile Vatican II favorise l’émergence des laïcs, l’ouverture et la collaboration, alors qu’à la même période, les luttes de libération et la décolonisation aiguisent la conscience de la responsabilité des chrétiens envers les personnes démunies du Sud. (apic/be)
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