Congo RDC: Après 50 ans d’ »indépendance mitigée », le pays est sur la voie de la transition
Berne, 21 juin 2011 (Apic) Après 50 ans d’ »indépendance mitigée », la République démocratique du Congo (RDC) est sur la voie de la transition, estime Toss Mukwa, coordinateur du programme d’Action de Carême en RDC. Invité à l’occasion du 50e anniversaire de l’œuvre d’entraide des catholiques de Suisse, le consultant et sociologue congolais veut donner une autre image de son pays que celle trop souvent véhiculée d’un Congo pauvre, rongé par la corruption et dévasté par la guerre.
C’est un fait, affirme-t-il, « dans un passé pas très lointain, la RDC était prise en sandwich entre les grandes entreprises multinationales américaines ou européennes, les exigences du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale ».
Bien sûr, affirme celui qui a obtenu sa formation en sociologie rurale et agricole à l’Université de Lubumbashi, il reste des foyers d’instabilité dans des régions de l’Est de la RDC, au Nord et au Sud Kivu, avec des incursions de bandits venus de l’Ouganda, membres de « l’Armée de résistance du Seigneur » (LRA – Lord’s Resistance Army), ou de rebelles rwandais des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) auxquels se joignent des autochtones. Mais des pas ont été faits dans la bonne direction et l’insécurité n’est plus généralisée comme il y a 4 ou 5 ans.
De fait, l’image du pays n’est plus aussi désastreuse et la situation se stabilise: une certaine sécurité a été retrouvée, ce qui permet de reconstruire le pays. Et ce qui est à remarquer, souligne-t-il, c’est que l’on est en train de changer de paradigme avec l’arrivée massive des entreprises chinoises.
« Nous avons été longtemps naïfs, admet Toss Mukwa. Si pendant 50 ans, les compagnies étrangères ont extrait les minerais de notre sol sans rien laisser au peuple congolais, permettant d’amonceler des richesses à l’extérieur du pays, la venue des Chinois change la donne. Les Chinois font du bon travail, du travail de qualité. La RDC travaille avec eux sur la base du troc, à savoir la construction d’infrastructures (routes, ponts, usines, etc.) contre des minerais, et pour le moment, nous constatons que c’est du ’gagnant-gagnant’. Avant, que ce soit les entreprises locales ou les entreprises occidentales qui construisaient les routes, la qualité n’y était pas, et on était souvent face à des pratiques mafieuses, face à la corruption… Pour le moment, avec les Chinois, le marché nous semble plus favorable, mais il faudra surveiller pour voir comment tout cela se développe à l’avenir! »
La République démocratique du Congo fait partie des pays les plus pauvres de la planète, alors que son sous-sol regorge de matières premières, telles le cuivre, le cobalt, l’or, l’uranium ou le coltan. Ses richesses n’ont guère profité à sa population, si ce n’est à une petite minorité.
Désormais la situation évolue favorablement, affirme Toss Mukwa, qui aide la population sur place – grâce au relais de 4’000 associations de base, regroupant à chaque fois 10 à 20 personnes – dans les domaines de l’agriculture, de la pisciculture, de l’élevage. Il s’agit à la fois de produire de la nourriture pour les besoins courants, mais également de dégager des revenus supplémentaires permettant de financer la scolarité des enfants ou les soins de santé. Le surplus dégagé par les activités économiques est mis dans une caisse de solidarité, qui sert des crédits à des taux tout à fait accessibles. « Cela nous évite de recourir aux usuriers, et les paysans peuvent ainsi échapper au cercle vicieux de l’endettement, notamment à l’époque de la soudure, entre deux récoltes, quand les réserves sont épuisées ».
Pour celui qui s’est perfectionné en matière de développement organisationnel auprès de l’Institut Suisse de Psychologie Appliquée (SAAP), un institut basé à Zoug (Suisse), on assiste en RDC à un changement culturel, à une meilleure formation qui permet à la société civile de mieux résister aux manipulations politiques.
« Les politiciens traditionnels, qui prêchent la démocratie et la participation mais qui font tout le contraire, se fâchent quand ils voient que les gens se forment et deviennent plus critiques, qu’on ne peut plus les manipuler comme avant. D’autres députés sont issus de la société civile, et s’ils oublient d’où ils viennent, il faut le leur rappeler. Mais on assiste depuis quelque temps en RDC à une amélioration du personnel politique, la contradiction est enfin permise, les médias, surtout les médias privés, font un travail de contrôle, ce qui permet d’améliorer la situation, grâce à une plus grande transparence ».
En RDC, souligne Toss Mukwa, la société civile prend de plus en plus d’importance. Les organisations d’Eglise, comme la Commission épiscopale « Justice et Paix » du côté catholique ou la Commission « Justice, Paix et Sauvegarde de la Création » du côté protestant, ou les organisations de défense des droits humains et les ONG de développement, jouent un grand rôle dans la reconstruction du pays. « Nous devons prendre en compte l’identité congolaise et ne pas faire des élections uniquement pour faire plaisir aux puissances occidentales! » Après 50 ans d’ »indépendance mitigée », une indépendance qui n’est pas encore totale, conclut Toss Mukwa, la RDC n’a pas encore trouvé son modèle politique. « Mais cela ne doit en tout cas pas être un ’copier-coller’ du modèle occidental, car chez nous, il a bel et bien échoué! »
(Toss Mukwa est, le mardi 21 juin 2011 à 19h30, à la Grande salle de l’école de Cormanon à Villars-sur-Glâne, l’invité de l’Action de Carême, avec le soutien de Fribourg Solidaire) (apic/be)
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