Selon Mgr Macram Max Gassis, les réfugiés se comptent par centaines de milliers
Montréal, 23 juin 2011 (Apic) Mgr Macram Max Gassis, le combatif évêque des Monts Nouba, au centre du Soudan, a mis en garde cette semaine à Montréal contre le risque d’un nouveau génocide dans le Sud-Kordofan. La situation semble cependant se détendre un peu avec l’accord de cessez-le-feu et l’accord sur le déploiement des Casques bleus à Abyei, une enclave entre le Sud et le Nord du Soudan.
Le gouvernement de Khartoum et le Sud-Soudan (protégé par l’Armée populaire de Libération du Soudan/SPLA) ont signé lundi 20 juin un accord pour démilitariser la région disputée d’Abyei. L’inquiétude demeure cependant pour le Sud-Kordofan, où les forces de Khartoum ont menacé d’abattre les avions de l’ONU, selon les Etats-Unis.
A quelques jours de la déclaration formelle d’indépendance du Sud-Soudan le 9 juillet, l’accord prévoit le déploiement de Casques bleus éthiopiens, le retrait des forces soudanaises et la démilitarisation d’Abyei, région riche en pétrole. Mais la situation reste instable dans le Sud-Kordofan, estime l’évêque des Monts Nouba.
Lors d’une visite à l’œuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), Mgr Macram Max Gassis a affirmé que des centaines de milliers de personnes se sont déjà enfuies de la région. «La situation de la population du Sud-Kordofan, en particulier celle de sa capitale, Kadougli, est extrêmement précaire!»
La région d’Abyei, qui se situe à la limite entre le Nord et le Sud-Soudan, est en proie à des affrontements depuis plusieurs mois. L’Accord de paix global qui a mis fin en 2005 à la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan prévoyait l’organisation d’un référendum d’autodétermination à Abyei en janvier 2011, en même temps que celui sur l’autodétermination du Sud-Soudan. Faute d’accord sur la composition d’une commission électorale, le scrutin avait été reporté. Le Sud-Soudan de son côté a voté massivement pour la sécession, qui entrera en vigueur le 9 juillet 2011.
Durant la Seconde Guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan (1983-2005), le peuple des Noubas avait largement soutenu les rebelles sudistes. Vivant dans les Monts Nouba, cette population majoritairement chrétienne s’est toujours sentie rabaissée par rapport aux Arabes, majoritaires dans la partie Nord du Soudan. Aussi, les Noubas ont-ils décidé de se ranger aux côtés des rebelles sudistes, eux aussi majoritairement chrétiens.
L’archevêque anglican du Soudan, Daniel Deng Bul Yak, a dénoncé dans un message écrit daté de la mi-juin «une stratégie délibérée des SAF», les Forces armées soudanaises, de débarrasser Kadougli de sa population locale africaine et chrétienne. Et d’estimer que ce n’est pas la première fois qu’est pratiquée au Soudan une telle politique gouvernementale de nettoyage ethnique: «Le génocide dans le Darfour occidental est bien connu !» Notons que l’actuel gouverneur du Sud-Kordofan, Ahmed Haroun, ancien ministre de l’Intérieur, est l’un des trois Soudanais poursuivis par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.
La répression vise particulièrement les Noubas, musulmans et chrétiens, que le Nord considère comme des citoyens de deuxième classe. La région du Kordofan du Sud fait partie du diocèse catholique d’El-Obeïd, qui se situe principalement au nord du Soudan. C’est au début de juin 2011, quand l’armée soudanaise a attaqué Kadougli, qu’a commencé l’explosion de violence qui a dévasté la région. Des quartiers de la ville ont alors été bombardés, l’objectif étant avant tout de viser les églises chrétiennes et les centres paroissiaux. Un pasteur protestant a d’ailleurs été tué. Les observateurs ont justement parlé d’une action ciblée et d’un véritable «nettoyage ethnique». Avec l’Abyei et le Nil Bleu, le Kordofan du Sud est l’une des trois régions frontalières entre le Nord et le Sud du Soudan dont le statut est encore imprécis. La population habitant les Monts Nouba a un sentiment d’appartenance au Sud. D’ailleurs, au cours de la guerre civile, les Noubas ont combattu aux côtés de l’Armée de Libération du Peuple Soudanais (SPLA) qui contrôle la région. Cependant, en mai 2011, l’armée soudanaise avait conquis l’Abyei et avait sommé le SPLA de retirer ses unités du Kordofan du sud et du Nil Bleu. (apic/com/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse