Brésil : 300 familles menacées d’expulsion à Itabira
Jean-Claude Gerez, pour l’agence APIC
Itabira, 25 juin 2011 (Apic) Depuis le 10 juin, le Père José Geraldo de Melo, 49 ans, curé de la paroisse d’Itabira, dans l’état du Minas Gerais, au centre du Brésil, observe un jeûne. Objectif ? Sensibiliser l’opinion publique sur le sort de 300 familles pauvres menacées d’expulsion de terrains longtemps abandonnés, mais désormais objets de spéculation immobilière. Et inciter les autorités municipales à proposer une solution viable pour ces «sans-toit».
Près de 300 familles, soit plus de 1’000 personnes, sont menacées d’expulsion dans la commune d’Itabira. Ces familles ont reçu un avis de la justice qui les oblige à quitter avant la fin du mois de juillet le quartier «Drummond» où elles résident. Le problème est qu’elles n’ont nulle part où aller. Beaucoup d’entre elles sont venues il y a une dizaine d’années de diverses villes de l’Etat du Minas Gerais et même du Nord-est du Brésil, attirées par l’activité minière de la région à cette époque. Par manque de structures d’accueil et de capacités immobilières, elles ont été obligées d’occuper ce qui n’était alors qu’un terrain vague, abandonné depuis quarante ans.
Il y a quatre ans, les héritiers de cette terre se sont fait connaître et ont entamé un procès pour récupérer leur bien. La justice leur a donné raison. Aujourd’hui, les familles exigent de la mairie d’être relogées, mais leurs demandes sont restées vaines. C’est pour sensibiliser l’opinion et inciter les autorités municipales à établir un dialogue avec ces familles pour qu’elles puissent obtenir, au moins, une terre pour reconstruire leurs maisons, que le prêtre a entamé son jeûne. Rencontre :
Père de Melo, comment vous sentez-vous et comment vivez-vous ce jeûne?
José Geraldo de Melo : Le jeûne est permanent et je ne bois que de l’eau, mais je vais bien. Je célèbre les messes et les communions normalement. De nombreuses personnes de la région suivent également un jeûne par solidarité d’une durée de un à deux jours. C’est l’occasion pour nous tous de montrer notre solidarité avec les familles de sans-toit, mais aussi de dénoncer les injustices. J’observerai ce jeûne jusqu’à ce que la situation de ces familles soit résolue. Mon jeûne me permet de réfléchir, méditer et prier. Il est lié à une conviction évangélique et un cheminement chrétien.
Comment vivent les habitants du quartier Drummond ?
J.G.M. : Les conditions de vie sont difficiles et le niveau de pauvreté est très élevé. Malgré tout, beaucoup de gens travaillent et occupent des emplois ponctuels ou mal rémunérés comme employés domestiques, gardiens de nuit, manœuvres, etc. La plupart de ces personnes ont construit leurs maisons de leurs propres mains et ont organisé leurs vies. C’est pour cette raison que personne ne veut partir sans garantie de ce quartier. Mais tous craignent que la justice, avec l’appui de la police militaire, ne fasse exécuter brutalement l’ordre d’expulsion. C’est d’ailleurs pour cela que depuis le 24 mai, des dizaines d’habitants du quartier Drummond campent devant la mairie.
Votre jeûne a-t-il sensibilisé les autorités ?
J.G.M. : La société et une bonne partie des habitants de la ville sont sensibles à la situation de ces familles et ont compris que l’enjeu de la récupération de ce terrain est avant tout motivé par la spéculation immobilière. Le diocèse d’Itabira m’a également témoigné son appui dans cette démarche. La Mairie s’est aussi manifestée, mais nous attendons davantage que de simples promesses. Nous voulons des engagements précis et contractuels. Car ces 300 familles sont également un symbole de ce que vivent des milliers d’autres «sans-toit» au Brésil. Notre pays ne cesse de croître économiquement. Mais hélas, les inégalités augmentent au même rythme.
On estime à plus de 20 millions de personnes sans toit au Brésil, qui vivent dans des favelas, des immeubles occupés, des ensembles de logements clandestins, des taudis ou alors sous les ponts et viaducs des grandes villes. Pour défendre leurs droits, le Mouvement des Travailleurs Sans Toit (MTST) est né en 1997 à Sao Paolo, la capitale économique du Brésil. Largement inspiré des modes d’action de son «grand frère», le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST), le MTST s’est fixé pour objectif d’offrir une résolution du problème du logement urbain au Brésil, notamment à travers des occupations d’immeubles livrés à la spéculation immobilière. (apic/jcg/mp)
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