Zimbabwe: L’Eglise catholique dans le collimateur du pouvoir

Les prêtres mis sur écoute, menacés d’arrestation et de torture

Londres/Harare, 26 juin 2011 (Apic) Les prêtres catholiques du Zimbabwe risquent, de plus en plus, l’arrestation et la torture par la police secrète du président Robert Mugabe. Des éléments de cette police se font passer pour des religieux, participent aux célébrations pour écouter les prêches, rapporte l’hebdomadaire international catholique britannique, «The Tablet».

Dans un reportage sur «L’oppression au Zimbabwe», paru cette semaine et publié sur son site internet www.thetablet.co.uk, l’hebdomadaire britannique relève que l’Eglise catholique est devenue un «ennemi» du régime de Mugabe, depuis que la Conférence des évêques du pays a publié au début de cette année, une lettre pastorale critique envers le pouvoir. Cette lettre dénonce la corruption qu’elle considère comme «un cancer qui détruit notre nation», exhorte les partis politiques du pays, à s’engager dans un débat sérieux autour de l’état de la nation. Sinon, a-t-elle averti, le Zimbabwe pourrait «continuer à être poursuivi par la violence, l’intolérance politique, l’injustice, le truquage des élections, la peur, tromperie». Pour des messages comme celui-ci, l’Eglise catholique s’est attirée l’hostilité du gouvernement qui la traite désormais comme l’un de «ses principaux ennemis» de l’intérieur.

Des espions dans les églises

«La police secrète infiltre les fidèles catholiques qui viennent aux messes. Lorsque, dans vos prêches, vous dites que les populations ont faim, elle rapporte vos propos et les autorités se sentent attaquées. Vous êtes alors considéré comme un ennemi», témoigne un prêtre catholique, sous le couvert de l’anonymat. «Vous pouvez recevoir, après ce prêche, un appel téléphonique vous demandant de vous présenter à un poste de police. Si vous avez la chance, vous serez seulement interrogé, puis libéré. Mais si vous n’êtes pas chanceux, vous vous retrouvez dans la tourmente. Nos téléphones sont sur écoute. Quand vous parlez avec votre correspondant, vous pouvez réellement entendre la voix de quelqu’un interférer sur la ligne. Nous savons que nos lignes sont constamment surveillées sur Internet. Envoyer des messages à l’étranger, est très devenu dangereux pour nous». Pour ce prêtre anonyme, il est même devenu «extrêmement dangereux de s’habiller en col romain, parce qu’en ce moment, les autorités savent que vous êtes un prêtre, et vous êtes leur ennemi».

Il y a quelques semaines deux prêtres catholiques, interpellés par la police ont été humiliés, en étant forcés de se déshabiller devant des femmes officiers de police dans un commissariat, avant d’être conduits en prison.

Nous pouvons vous faire disparaître

Un autre prêtre catholique, interpellé dans la rue par des policiers armés, n’a dû sa libération qu’à son humilité. «Ils ont brandi leurs armes en me disant: «Nous pouvons vous faire disparaître en un instant, vous ne serez jamais retrouvé». L’un d’eux leur a dit: ’laissez-le aller’. Je tremblais», a-t-il déclaré à The Tablet. Selon lui, il ne faut jamais prendre à la légère les menaces des policiers, car chaque jour, des personnes disparaissent. On ne retrouve leurs corps qu’après quelques jours, dans des mines désaffectées ou dans un barrage.

Toujours selon le même prêtre, «le Zimbabwe est devenu un Etat policier». Les prêtres n’ont pas la liberté de prêcher la Parole de Dieu. Même au sein des églises, les prêtres peuvent recevoir des visites de la police secrète tout de suite après la messe. «C’est la politique du gouvernement et du parti au pouvoir, de diviser les chrétiens, et promouvoir des «Eglises» qui ont surgi dans les villages et les banlieues dont les animateurs se sont autoproclamés pasteurs».

«Les pasteurs qui tentent de résister à la propagande du parti du président Mugabe voient leurs congrégations divisées. Ceux qui sont favorables au chef de l’Etat reçoivent de l’Etat, des moyens, et des parcelles de terre pour construire de nouvelles églises. Au sein de l’Eglise catholique, nous vivons dans la peur. Le président Mugabe, dont la présence à la récente béatification du bienheureux Jean Paul II a été fortement médiatisée, nous attaquait publiquement pourtant, juste la semaine d’avant. Puis, il est allé à Rome pour la béatification, bien que le Vatican ne lui ait pas envoyé d’invitation personnelle», note le prêtre. (apic/ibc/mp)

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