Pakistan: Le ministère fédéral pour les Minorités religieuses a été aboli
Islamabad, 1er juillet 2011 (Apic) Le gouvernement pakistanais a aboli son ministère fédéral pour les Minorités religieuses. L’information a été confirmée par le catholique Akram Gill, dernier ministre d’Etat pour les Minorités religieuses, le 30 juin 2011, à l’Agence Fides. La décision fait partie du « 18e amendement », un plan général de décentralisation approuvé par le Parlement. Elle a suscité de vives déceptions et inquiétudes auprès des minorités religieuses et de l’Aide à l’Eglise en détresse (AED).
Le Pakistan a biffé sept ministères fédéraux, qui ont vu leurs compétences transférées aux régions. Il s’agit des ministères des minorités religieuses, de l’alimentation et de l’agriculture, de la santé, de l’environnement, du travail, du développement des femmes et du sport. La décision a été annoncée le 29 juin 2011, par le Premier ministre Raza Gilani. Elle est entrée en vigueur le 1er juillet.
Pour le gouvernement pakistanais, il s’agit de « la plus importante restructuration dans un sens démocratique depuis 1947, afin de donner plus d’autonomie aux provinces ». Ce dernier s’est dit satisfait de cette « avancée historique ».
Le ministre catholique Akram Gill a accueilli la décision du gouvernement avec une grande déception, tout comme les minorités religieuses du pays: « Nous n’avons pas d’alternative. Il s’agit d’un choix du Parlement pakistanais qui doit être respecté ». Il demeure malgré tout confiant en l’avenir: « Le Premier ministre Gilani nous a promis que, d’ici une semaine, un nouveau ministère fédéral pour l’Harmonie interreligieuse et pour les droits de l’Homme devrait être créé. Nous sommes confiants et nous souhaiterions que le nouveau ministère puisse fonctionner et défendre les droits des minorités comme l’a fait le précédent dicastère ».
De son côté, le chrétien Julius Salik, ancien parlementaire et ministre, président de la « World Minorities Alliance », a annoncé qu’un recours allait être déposé devant la Cour Suprême du Pakistan. Dans un communiqué publié le 30 juin, l’Aide à l’Eglise en détresse (AED) a exprimé sa « profonde inquiétude » au sujet de cette mesure, qui, selon elle, aura pour effet de faire disparaître de l’agenda du gouvernement les questions liées aux droits des minorités.
« Cette mesure est un véritable feu vert donné aux fondamentalistes musulmans pour de nouvelles agressions et violences contre les minorités religieuses, et notamment contre les chrétiens, écrit Marc Fromager, directeur de l’AED et membre de l’Observatoire pour le pluralisme des cultures et des religions. Elle confirme que les minorités religieuses, à commencer par les chrétiens, ne comptent pour rien dans ce pays et sont actuellement en danger. Le droit fondamental de tout être humain à la liberté de conscience et d’expression est ainsi considérablement fragilisé. Enfin, cette mesure est une insulte à la mémoire de Shabhaz Bhatti. »
Le ministère fédéral pour les Minorités religieuses avait été créé en 2008, par le nouveau gouvernement conduit par le Pakistan Peoples’ Party. Il avait été confié au catholique Shabhaz Bhatti, assassiné le 2 mars 2011. Au Pakistan, les musulmans représentent 96 % de la population, les chrétiens 2,2% et les hindous 1,8 %. (apic/aed/fides/pa/nd)
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