Une aide précieuse pour les réfugiés Haïtiens
Manaus, 30 juillet 2011 (Apic) Le Brésil compte, suivant les sources, entre 1500 et 3000 réfugiés haïtiens, ayant fui la misère après le tremblement de terre de janvier 2010. Regroupés pour la plupart dans la région amazonienne, ces derniers survivent dans des conditions souvent difficiles et comptent sur l’appui de la Pastorale du Migrant pour les aider à se construire un avenir meilleur.
Une centaine de matelas est alignée tout autour de l’aire de jeux. Au-dessus, sur la barrière qui délimite les gradins, des vêtements sèchent dans la chaleur humide de l’enceinte. Allongés ou massés devant la télévision qui se trouve sous le panneau de basket, de jeunes hommes tâchent de tromper l’ennui. Bienvenue au Gymnase Claudio Coutinho, à Porto Velho, la capitale de l’État brésilien du Rondônia, située dans la partie haute du bassin de l’Amazone. Ouvert dans l’urgence en mars 2010 – deux mois après le terrible tremblement de terre qui a frappé l’un des pays les plus pauvres de la planète – ce centre sportif est devenu l’une des étapes obligées pour les quelques 250 haïtiens qui entrent chaque mois au Brésil à la recherche d’une vie meilleure. Si l’Etat offre à ces derniers la possibilité administrative de rester dans le pays, rien ou presque n’est prévu, en revanche, pour les accueillir et leur permettre de se construire un avenir. D’où la mobilisation de la Pastorale du Migrant, une structure liée à la Conférence Episcopale du Brésil (CNBB), qui multiplie les efforts pour offrir un peu d’humanité et d’espoir à ces hommes et ces femmes.
«La pastorale du Migrant, avec l’appui de la Paroisse São João Bosco, de l’archevêché de Porto Velho, s’est mobilisée dès l’arrivée des premiers réfugiés haïtiens, explique Sœur Maria Ozania da Silva, coordinatrice depuis avril 2009 de la Pastorale des Migrants de Porto Velho. Notre objectif a été, dès le début, d’agir de manière concrète et pratique pour faciliter l’intégration économique, sociale et culturelle de ces populations.» Trouver un lieu pour dormir et s’alimenter, fournir une assistance médicale de base, dispenser des cours de portugais… Les 25 membres de la pastorale du migrant de Porto Velho, tous bénévoles, ont dû multiplier les efforts pour répondre aux immenses besoins. Y compris en créant, dans un second temps, une banque d’informations destinée à recenser les diverses professions des réfugiés. «Il y a un peu de tout, affirme Sœur Ozania, mais principalement des enseignants, des maçons, des électriciens, des coiffeuses, etc…» Des hommes et des femmes qui espèrent rapidement trouver un emploi pour pouvoir rembourser leurs dettes et faire venir leurs familles.
«Ces préoccupations sont identiques chez tous les réfugiés, confirme Rosa Zanchin, coordinatrice de la pastorale du Migrant à Manaus, la capitale de l’état d’Amazonas, qui compte, officiellement, 1500 migrants haïtiens. Plus probablement le double, si l’on compte les immigrants clandestins. C’est pour cela que, rapidement après le premier accueil, notre mission consiste à les aider à obtenir une carte de travail.» Un sésame que François Emilio attend avec impatience. «Je n’ai qu’un rêve : pouvoir trouver un travail et me stabiliser au Brésil, puis faire venir ma femme et mes deux enfants, explique ce jeune électricien. Je pense que le Brésil est le pays idéal, car ici il n’y a pas de racisme. De toute façon, je n’ai pas le choix. Il faut que je réussisse, car c’est impossible de retourner chez moi à Port-au-Prince. J’ai perdu ma maison et mon emploi. Et pour venir au Brésil, il a fallu que j’emprunte 2500 dollars.» Une situation commune à beaucoup d’autres réfugiés haïtiens de la région.
«Ceux et celles qui arrivent à Manaus ont déjà un long et coûteux périple derrière eux, détaille le Père Gelmino Costa, le responsable de la Paroisse de São Geraldo, chargé d’administrer les quelques dix lieux d’accueil ouverts par l’Eglise catholique à Manaus. Ils sont généralement passés pas la république Dominicaine, Panama, Lima, au Pérou. Ensuite, la plupart se rendent à Iquito, pour passer finalement la frontière en bateau et atteindre Tabatinga, première étape brésilienne. Là, ils doivent attendre, parfois plusieurs semaines, avant d’obtenir des papiers leur permettant de rester sur le territoire.» Des documents qui illustrent toute l’ambigüité de la situation des Haïtiens, car «ils ne sont pas considérés comme des réfugiés, rappelle le Père Gelmino Costa. Ils disposent seulement de ›visas humanitaires’ qui leur permettent de pouvoir vivre et travailler sur le territoire.» Une précarité qui fragilise encore davantage un public tâchant de trouver un réconfort auprès de l’Eglise… évangélique.
«98% des réfugiés haïtiens que nous accueillons sont évangéliques, confirme le Père Gelmino Costa. Alors, même si dans notre action la partie religieuse n’est pas oubliée, elle se révèle davantage dans la charité que dans le culte. D’ailleurs, les réfugiés se rendent compte que seule l’Eglise catholique se mobilise. Ce chemin aux côtés de ces hommes et ces femmes extrêmement démunis est un moment très fort pour l’Eglise de Manaus.» Une action qui compte d’ailleurs sur le soutien total de Mgr Luiz Soares Vieira, l’évêque de Manaus et sur l’appui d’une chaîne d’accueil et de solidarité qui s’est créée et développée au fil des mois. Une mobilisation qui donne également des forces et la foi à Sœur Ozania. «En face des défis que représentent pour nous tous l’accueil des migrants, je crois en l’Evangile et à la mission de Jésus Christ qui nous a montré combien nous devons lutter pour un monde sans frontières, un monde où les relations humaines sont régies par l’amour.» Et de chuchoter, en souriant : «J’étais un étranger et vous m’avez accueilli» (Mt 25,35)…
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Encadré:
La Pastorale travaille principalement sur trois fronts : les migrants temporaires (souvent des ouvriers agricoles travaillant dans différents états du Brésil), les migrants urbains (exode rural) et les immigrés-réfugiés. (apic/jcg/amc)
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