La longue route vers l’autocéphalie
Soukhoumi, 2 juillet 2011 (Apic) Après l’indépendance politique, l’indépendance religieuse. L’éparchie d’Abkhazie cherche à devenir une Eglise autocéphale, indique un article publié sur Religioscope, un site proposant informations et analyses sur les religions. Mais les patriarches géorgien et russe ne l’entendent pas de cette oreille.
Si, pour l’Eglise abkhaze, il s’agissait dans un premier temps de se détacher du patriarcat de Géorgie – dont elle dépend selon les règles orthodoxes – c’est de l’influence de la grande sœur russe qu’on cherche aujourd’hui à se libérer. Ceux qui, en 2009, avaient suivi le Père Bissarion Aplia, chef de l’éparchie de la république séparatiste, dans sa proclamation de l’autonomie, lui tournent aujourd’hui le dos. On reproche à ce dernier d’être inféodé à Moscou: «Le Père Bissarion fait partie de cette génération qui a toujours dû demander à Moscou ce qu’il fallait faire. Il n’a aucune idée de la façon dont il faut mener notre Eglise», déclare le Père Dorofeï Dbar, à la tête de la «rébellion».
A l’origine du «soulèvement», la nomination par le Père Bissarion d’un clerc russe, Efrem Vinogradov, à la tête du monastère de Novy Afon (Nouvel Athos), cœur de l’Eglise abkhaze. Ne connaissant pas l’abkhaze, ce dernier célébrait la liturgie en slavon. Aux yeux de nombreux fidèles, un symbole par trop patent de la place occupée par la Sainte Russie dans les affaires de la République. Car la recherche de l’autocéphalie fait écho à celle de l’indépendance politique.
Après s’être émancipé politiquement de la Géorgie, c’est la Russie qu’on cherche aujourd’hui à «éloigner». Au cours des dernières années, les tensions entre Moscou et Soukhoumi se sont multipliées, ne serait-ce que sur la question de la délimitation de la frontière commune. Mais l’affaire est délicate, car l’Abkhazie dépend grandement de la Russie, pour sa sécurité comme pour son économie.
Afin d’acquérir une indépendance religieuse pleine et entière – si tant est que cela soit possible – certains membres de l’Eglise n’ont pas hésité à instaurer un schisme dans l’éparchie. Le 15 mai, à l’occasion d’une assemblée populaire ecclésiastique à Novy Afon, 1’500 clercs et fidèles ont créé la «Sainte Métropole d’Abkhazie» et ont nommé le Père Dorofeï à sa fête, rompant de manière définitive avec la voie tracée par le Père Bissarion. Mais dans le monde orthodoxe, il ne suffit pas d’un schisme pour faire une Eglise autocéphale. Le chemin s’annonce ardu.
La règle voudrait que l’éparchie abkhaze obtienne son autonomie de la part du patriarcat de Géorgie, dont elle dépend officiellement. Une option inenvisageable: «Jamais l’Eglise orthodoxe géorgienne n’acceptera de s’amputer d’une partie de son ’territoire’, elle qui prétend incarner la nation géorgienne, Abkhazie compris», indique Religioscope.
Moscou ne semble pas plus enclin à reconnaître l’autocéphalie de l’Eglise abkhaze. Le patriarche Cyrille I déclarait encore fin juillet qu’»il est absolument évident que les territoires de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud restent dans la juridiction canonique du patriarcat géorgien».
A la recherche de solution, le chef de la «Sainte Métropole d’Abkhazie» a écrit aux représentants des Eglises orthodoxes de par le monde pour leur demander leur avis. Et dans l’espoir d’acquérir tout de même l’autocéphalie, les «indépendantistes» abkhazes ont demandé la mise en place d’une commission inter-orthodoxe présidée par un représentant du Patriarcat œcuménique de Constantinople. (apic/religioscope/amc)
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