Brésil: L’Eglise, l’Etat et la société civile se mobilisent contre le trafic de personnes
Brasilia, 15 août 2011 (Apic) Le deuxième séminaire pour lutter contre le trafic de personnes et le travail esclave au Brésil s’est achevé le 13 août à Brasilia. Il a été lancé à l’initiative de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). L’occasion pour les participants de faire un point sur des fléaux qui touchent aujourd’hui encore des milliers de personnes au Brésil.
D’après les chiffres de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organe de la Conférence épiscopale brésilienne, depuis 1995, ce ne sont pas moins de 42’000 personnes au Brésil qui auraient ainsi été libérées de situations analogues au « travail esclave ». Avec une constatation récurrente: depuis 2003, 90 % des personnes libérées travaillaient directement dans la production de l’éthanol ou l’élevage. La traite des personnes, au Brésil, concerne dans une grande mesure le tourisme sexuel et l’exploitation sexuelle.
Selon un rapport du Département d’Etat américain datant de juin 2010, le Brésil doit faire face à un gros problème de trafic de personnes. Ainsi plusieurs centaines de milliers de personnes sont exploitées dans la prostitution dans des maisons closes et dans les zones touristiques, au long des routes et dans les bordels de l’Amazonie.
« Le trafic de personnes et le travail esclave au Brésil sont des questions graves… » C’est en ces termes que le Secrétaire national de la justice, Paulo Abrao, a inauguré le 11 août dernier à Brasilia, le 2ème Séminaire national de lutte contre le trafic de personnes et le travail esclave, organisé par la CNBB, avec l’aide du Ministère brésilien de la Justice et l’agence catholique américaine « Catholic Relief Services ».
Objectif ? « Comprendre le panorama actuel du trafic de personnes et du travail esclave au Brésil ». Cette préoccupation a été au centre de l’ensemble des débats et des interventions des représentants de nombreuses institutions invitées par la CNBB pour travailler et échanger sur ces thèmes. Ainsi, d’après Mgr Enemésio Angelo Lazzaris, évêque de Balsas (Etat du Maranhao) et vice-président de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), il est crucial d’identifier les problèmes, les indicateurs et les actions développées, afin de renforcer l’action pastorale face à cette réalité dans notre pays.
L’an dernier, la CNBB, à travers le département « Mobilité Humaine » a en effet créé un groupe de travail axé sur le thème du trafic des personnes. Constitué d’une quinzaine d’institutions (Eglise, Etat, Société civile) ce groupe a largement participé à la réalisation de ce second séminaire, trois ans après la première édition, en 2008.
« Avec cette seconde rencontre, a expliqué pour sa part Sœur Rosita Milesi, responsable de la Pastorale de la Mobilité Humaine au sein de la CNBB, nous voulons connaître encore d’avantage la réalité du Brésil et réfléchir aux défis que cette réalité représente pour nous. Nous voulons également élaborer des propositions d’actions pastorales et réfléchir à des suggestions pour le 2° plan National de lutte contre le trafic des personnes et du travail esclave qu’élabore le gouvernement fédéral ».
Sœur Henriqueta Cavalcante, Coordinatrice régionale de la Commission « Justice et Paix » de la CNBB pour les Etats amazoniens du Para et de l’Amapa, a relevé qu’après la création d’une Commission d’enquête parlementaire par l’assemblée législative de l’Etat du Para, des cas ont commencé à apparaître. Avant, si quelqu’un se rendait dans un commissariat de police de l’Etat, à la recherche d’information sur le trafic de personnes, il ne trouvait rien.
« Or nous savons qu’il existe une implication de personnes liées au pouvoir de l’Etat dans un véritable réseau national et transnational de trafic de personnes ». Des accusations qui valent d’ailleurs à cette figure de la défense des droits de l’homme au Brésil de nombreuses menaces de mort.
La situation du travail esclave n’est guère plus réjouissante. Pour le frère dominicain français Xavier Plassat, installé au Brésil depuis près de 30 ans, cette situation est notamment due au fait que « ce phénomène est invisible, voire même semble inexistant ».
D’où l’importance pour le Coordinateur de la campagne nationale contre le travail esclave au sein de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), « d’ouvrir les yeux de la population et des gouvernants sur ce crime qui se commet en plein 21ème siècle ».
Pour Xavier Plassat, la société brésilienne pourrait d’ailleurs contribuer davantage à lutter contre ce fléau. « Pas seulement en dénonçant des cas de travail esclave, assure t-il, mais en faisant aussi pression sur les pouvoirs publics pour que les personnes recourant au travail esclave soient condamnées avec plus de sévérité ».
A cet effet, l’Eglise brésilienne appuie le projet de loi qui établit la confiscation de la terre d’une personne condamnée pour utilisant de travail esclave. Le frère dominicain assure d’ailleurs que d’avantage de pression sociale, de mobilisation internationale et de reportages publiés dans les médias aideraient le gouvernement à identifier les points sensibles qui pourraient être améliorés dans ce combat. (apic/jcg/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/le-travail-esclave-n-a-pas-encore-ete-eradique/