Dilma Rousseff, en présidente marguerite

Brésil: 70’000 «marguerites» marchent pour défendre les droits des femmes

Brasilia, 18 août 2011 (Apic). La 4ème édition de la «Marche des Marguerites» a eu lieu les 16 et 17 août à Brasilia, la capitale. Regroupant plus de 70’000 personnes représentant la société civile et quelques mouvements d’Eglise, cette manifestation a permis de présenter une liste de 158 revendications sur divers thèmes comme la souveraineté alimentaire, l’éducation, la santé ou encore la violence. Des revendications auxquelles Dilma Rousseff, la présidente, est venue répondre en personne.

«Mes très chères Marguerites, je suis ici aujourd’hui pour vous dire que votre marche me touche et m’émeut profondément, pas seulement comme présidente de la république, mais comme femme et citoyenne.» Chapeau de paille orné d’une énorme marguerite juché sur la tête, c’est en ces termes que Dilma Rousseff, la présidente du Brésil, s’est adressée hier aux participants de la «Marche des Marguerites (Marcha das Margaridas), sur l’esplanade des ministères, face au Congrès National, à Brasilia, la capitale. Intitulée «2011 raisons de marcher pour le développement durable avec justice, autonomie, égalité et liberté», la plus grande manifestation de travailleuses rurales et de la forêt du pays a regroupé, les 16 et 17 août, plus de 70’000 personnes pour sa quatrième édition, depuis ses débuts en 2000.

15 millions de femmes en milieu rural

Rencontres, ateliers, débats, expositions… la «Marche des Marguerites» – du nom de Margarida Alves, présidente du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses Rurales de l’état de Paraiba, avant d’être assassinée en 1983 – a surtout été l’occasion de présenter une liste de 158 revendications sur des thèmes divers comme «biodiversité et démocratisation des ressources naturelles», «terre, eau et agro-écologie», «souveraineté et sécurité alimentaire et nutritionnelle», «autonomie économique, travail et salaire», «santé publique et droits à la reproduction», «éducation non sexiste, sexualité et violence» et «démocratie, pouvoir et participation politique.» Des axes de revendications qui correspondent aux réalités quotidiennes vécues par les quelques 15 millions de brésiliennes vivant dans le monde rural.

Absence de terres

C’est le cas d’Enedina Silva, 46 ans, membre de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) de l’état du Piaui, dans le nord-est du Brésil. «Sur les onze enfants de ma famille, explique t-elle, je suis la seule, avec deux autres soeurs, à être restée dans la région pour vivre de l’agriculture familiale.» Ou plutôt survivre, car cette mère de cinq enfants assure que les conditions de vie sont particulièrement difficiles. A l’origine de ces difficultés, le manque de terres. «Mon père n’a jamais possédé son propre lopin de terre, précise Enedina. Il a toujours travaillé pour les autres et recevait un salaire dérisoire.» Un problème d’accès à la terre qui se renforce aujourd’hui avec l’apparition de l’agro industrie. «Avec la production de l’éthanol, les terres sont aux mains de grands propriétaires qui plantent de la canne à sucre.» L’activité peu créatrice d’emploi, prive en effet de terres les petits agriculteurs et constitue la source de nombreux problèmes. «Les tensions sont de plus importantes, tant au niveau social que familial. Il y a plus de violence et, par manque de travail, l’exode vers les grandes villes continue.»

Ecole à 3 heures de bateau

Autre thème récurent chez les «Marguerites», l’accès à la santé et à l’éducation. Responsable de la Pastorale de la Famille sur l’île de Marajó, dans l’état du Para, au cœur de l’Amazonie, Dulcinéia Miranda vit avec ses quatre enfants et ses cinq petits enfants dans des conditions difficiles. «Là où je vis, explique cette femme de 57 ans, il n’y a qu’une école primaire. Pour le collège, il faut que les enfants aillent à Belém, à 3 heures de bateau. Il n’y a pas non plus de structures médicales propres à la commune et nous sommes dépendants des bateaux sanitaires qui passent seulement tous les quinze jours.» Deux exemples parmi des milliers d’autres qui ont convaincu Dilma Rousseff à venir présenter elle-même quelques mesures concrètes.

Des mesures concrètes

Parmi elles, «la construction de 16 unités de santé mobiles et 10 centres de santé du travail pour le monde rural et la forêt avant 2012». Dans le domaine de la production agricole, Dilma Rousseff s’est engagée à augmenter «les achats effectués par le gouvernement aux unités de production de l’agriculture familiale pour la fourniture d’aliments aux établissements scolaires, afin d’atteindre, avant fin 2011, le seuil de 30 % d’achat conformément à la loi.» Dans le même esprit, la présidente s’est engagée à «intégrer la production de l’agriculture bio dans le ’Plan Brésil sans Misère’», destiné à l’alimentation des populations en situation d’extrême pauvreté. Autres mesures attendues par les participantes, «le développement du crédit à l’attention des travailleuses rurales», «l’expansion de l’accès aux crèches et du réseau scolaire en milieu rural.» Sans oublier le thème de la violence contre la femme, pour lequel la présidente a annoncé son souhait de voir collaborer le gouvernement et la société civile pour l’élaboration d’un «plan de lutte contre la violence faite aux femmes en milieu rural.»

Une présidente «Marguerite»

Pour les milliers de participantes à cette assemblée de clôture, ces mesures, comme la quinzaine d’autres annoncées par la présidente durant son intervention, vont évidemment dans le bon sens. «Mais nous attendons surtout qu’elles se concrétisent», a expliqué Carmen Foro, la coordinatrice de la 4ème Marche des Marguerites. Un engagement que Dilma Rousseff a pris solennellement devant les milliers de participantes en assurant qu’elle souhaitait intensifier le dialogue avec les femmes du monde rural. «Je suis certaine que ce dialogue est fondamental, a t-elle assuré. Je serai toujours ouverte pour cet échange et vous pouvez être certaines que vous avez une présidente Marguerite.»

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