Népal: L’Eglise catholique salue l’élection du nouveau Premier ministre maoïste

L’Eglise défend la laïcité de l’Etat contre l’extrémisme hindou

Katmandou, 1er septembre 2011 (Apic) Mgr Anthony Francis Sharma, à la tête du vicariat apostolique du Népal à Katmandou, a salué l’élection comme nouveau Premier ministre, dimanche 28 août, de Baburam Bhattarai, numéro deux du Parti maoïste népalais. Grâce au soutien de cinq partis régionaux, il a obtenu 340 voix sur un total de 601 que compte le Parlement du Népal.

Mgr Sharma a exprimé l’espoir que le nouveau Premier ministre pourra trouver des solutions à l’impasse qui empêche l’adoption d’une nouvelle Constitution et qu’il puisse achever le processus de paix après la guerre civile qui a ensanglanté le Népal de 1996 à 2006. Le conflit, qui a abouti à l’abolition de la monarchie, a fait quelque 13’000 morts.

Depuis l’instauration de la république du Népal en 2006, les chefs de gouvernement successifs échouent les uns après les autres à surmonter les blocages politiques. Baburam Bhattarai aura ainsi la lourde tâche de s’atteler à deux dossiers en souffrance: doter le Népal de sa nouvelle Constitution et intégrer dans l’armée régulière 19’000 anciens rebelles maoïstes.

L’Eglise attend du nouveau Premier ministre qu’il tienne sa promesse de défendre la laïcité de l’Etat et de protéger les minorités, rapporte «Eglises d’Asie» (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).

Toujours pas de Constitution

Une fois encore, l’Assemblée Constituante du Népal a réussi à faire repousser la date de remise de la nouvelle Constitution du pays dont l’échéance expirait demain, 31 août. Les députés auront donc trois mois supplémentaires, soit jusqu’au 30 novembre 2011, pour arriver à un consensus. Le nouveau Premier ministre du Népal, Baburam Bhattarai, élu dimanche dernier par le Parlement, s’est engagé formellement – avec l’assurance du report du délai -, à faire aboutir et promulguer la Constitution et à régler la question épineuse du désarmement des combattants maoïstes et de leur intégration dans l’armée régulière du Népal, qui bloque le processus de paix depuis 2008.

Baburam Bhattarai, 57 ans, vice-président du parti maoïste népalais (Unified Communist Party of Nepal-Maoist, UCPN-M), ancien ministre des finances dans le précédent gouvernement maoïste, a obtenu la victoire sur son opposant du Congrès népalais par 340 des 574 suffrages exprimés. Il prend la suite de Jalanath Khanal, chef du Parti marxiste-léniniste unifié (UML), qui a démissionné le 14 août dernier après seulement six mois d’exercice, avouant son impuissance, tout comme ses prédécesseurs, à mettre d’accord les différents partis sur les conditions du processus de paix et les grandes lignes de la future Constitution népalaise.

Le retour des maoïstes au pouvoir n’est pas une surprise

Le retour des maoïstes au pouvoir, après deux ans de tentatives acharnées pour le récupérer, entre grèves générales et menaces de rébellion armée, n’est pas une surprise. En revanche, le programme de «gouvernement de consensus politique» sur lequel s’appuie le nouveau Premier ministre, l’est davantage, note EdA.

Baburam Bhattarai, considéré comme l’idéologue du parti maoïste, s’est construit ces dernières années une image de modéré, tout en se montrant ouvert à une action réformatrice.

Alors que le pays était secoué par la crise provoquée par la proposition de loi anti-conversion qui menaçait gravement les minorités religieuses (1), il a contracté une alliance avec le «Samyukta Loktantrik Madhesi Marcha», un regroupement de partis de la minorité ethnique madhesi, dont le soutien a été la clé de sa victoire du 28 août dernier.

L’Eglise en butte à l’hégémonisme hindou

L’Eglise, qui subit ces derniers temps le retour en force de l’hégémonisme hindou dans un climat de violence et de discrimination (2), s’est montré optimiste mais prudente vis à vis de l’élection du maoïste, lequel se présente comme le champion des minorités et la seule alternative aux menaces hindouistes. Elle a présenté ses félicitations au nouveau Premier ministre par la voix de Mgr Anthony Sharma, vicaire apostolique du Népal. «La population est épuisée par l’impasse politique actuelle et nous prions pour que le Premier ministre puisse s’affranchir des exigences formulées par les différents partis et achever le processus de paix ainsi que celui de la Constitution», a-t-il déclaré au lendemain de l’élection de Baburam Bhattarai.

L’agence d’information vaticane «Fides» cite les propos du Père Silas Bogati, ancien directeur de la Caritas Népal, et membre du groupe ayant remis à la Constituante un rapport en faveur d’un Népal laïc et démocratique. «Le principal défi qui attend le nouveau Premier Ministre», a expliqué le prêtre catholique, est d’unir et de pacifier le pays. «Nous nourrissons de bons espoirs notamment en ce qui concerne la condition des minorités religieuses (et des chrétiens), et en matière de liberté de religion. Avant son élection, Bhattarai nous a déclaré explicitement qu’il était d’accord avec nos positions et qu’il agirait pour que nos droits soient pleinement respectés».

(1) La proposition d’amendement du code pénal (article 160) prévoyait de sanctionner toute tentative de conversion ou de détournement de la religion hindoue «par quelque moyen que ce soit» par une amende de 50’000 roupies (soit 485 euros) et cinq ans de prison. La même sanction était prévue pour tout abattage de bovin pour en consommer la viande, une pratique interdite par l’hindouisme. Les minorités religieuses s’étaient mobilisées pour empêcher le vote, la loi devant être adoptée avant la date butoir de remise de la Constitution, le 31 août 2011. La démission du Premier ministre Khanal (qui avait par ailleurs plaidé en faveur de la laïcité de l’Etat et contre la loi anti-conversion), suivie de la prolongation du délai de remise de la Constitution ont conduit à la suspension provisoire des débats sur l’article 160.

(2) La proposition de loi anti-conversion n’est qu’une des manifestations de l’extrémisme hindou qui n’a fait que croître au Népal ces dernières années, comme en témoignent les récents événements de Khairapur, dans l’Ouest du Népal, où un attentat à la bombe a été déjoué dans l’église catholique dimanche 28 août dernier. L’acte a été revendiqué par la Nepal Defence Army (NDA), un groupe nationaliste hindouiste déjà responsable de l’attentat meurtrier de 2009 dans l’église catholique de l’Assomption à Katmandou et de nombreux autres assassinats et actes de terrorisme. Le NDA a également menacé les chrétiens de nouvelles attaques, se vantant d’avoir été autorisé à se constituer en parti politique légal par le gouvernement, lequel a reconnu avoir mené des négociations avec le groupe terroriste. Dans une déclaration datée du 29 août, Mgr Anthony Sharma a fait part de son indignation : «Nous avons été très patients et, malgré les difficultés, nous avons travaillé de notre mieux au développement de la nation, mais avec cette mauvaise nouvelle [les négociations entre l’Etat et la NDA], nous nous sentons vraiment une minorité de ›sans-voix’». (apic/eda/be)

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