Guatemala: L’Eglise invite les électeurs à être ’responsables’

Le vote est un devoir et un droit

Guatemala, 7 septembre 2011 (Apic) Quinze ans après la fin de la guerre civile, le Guatemala s’apprête à élire un nouveau président, le 11 septembre 2011. Dans un pays marqué par une pauvreté importante et la présence du crime organisé, Otto Pérez Molina, un ancien général suspecté d’avoir participé à des massacres, fait figure de favori. Une campagne que suit attentivement l’Eglise guatémaltèque, qui pousse ses fidèles à voter et se comporter comme des citoyens responsables.

« Inviter publiquement ses compatriotes à ne pas voter ou à voter nul est une attitude inacceptable, négative, antipatriotique et anti citoyenne. Je rappelle en effet que le vote est un devoir qui doit rester secret et un droit qui doit être défendu. » Dans la cathédrale de Guatemala City, le 15 août dernier, soit moins d’un mois avant les élections présidentielles qui se tiendront le 11 septembre prochain, l’archevêque Oscar Vian Morales n’a pas mâché ses mots. Ses déclarations visaient clairement Sandra Torres, l’ex première dame du pays, dont la candidature a récemment été invalidée par la Cour Constitutionnelle. Motif? Cette dernière a divorcé de son mari, le président sortant Álvaro Colom, pour pouvoir poser sa candidature à sa succession. Un acte condamné par l’Instance Suprême. Elle n’a vu là qu’un moyen de détourner la loi guatémaltèque, indiquant que « les membres de la famille d’un président sortant ne peuvent pas se présenter à sa succession. » Une décision qui a poussé Sandra Torres à demander aux électeurs de boycotter le scrutin.

Un candidat favori mais controversé

Dans un pays où 65% de la population (14 millions d’habitants) est catholique, la prise de position ferme de l’archevêque de la capitale et membre du Conseil permanent de la Commission épiscopale a marqué les esprits. Mais elle a aussi indirectement ouvert la porte à une probable victoire d’Otto Pérez Molina, candidat du « Pratido Patriota » et désormais grand favori des élections, avec plus de 40 % des intentions de votes au premier tour. La candidature de cet ancien général de l’Armée est pourtant très controversée. Il cristallise de nombreuses critiques, notamment de la part d’organisations de défense des droits de l’homme. Il est en effet suspecté d’avoir participé à des massacres commis durant la guerre civile. Or, selon la Cour constitutionnelle, les criminels de guerre ne peuvent pas occuper la fonction présidentielle. Pas de quoi disqualifier Otto Pérez Molina, puisque, à ce jour du moins, aucune procédure pénale n’a été ouverte. Le candidat a même joué de son image d’homme à poigne en axant l’essentiel de sa campagne sur la lutte contre le crime organisé, à qui il promet d’avoir la « main dure ». Quitte à faire appel à l’armée.

L’Eglise s’inquiète pour les pauvres et les indigènes

S’il est élu, Otto Pérez Molina devrait mener une politique plus libérale que son prédécesseur Álvaro Colom, estiment les observateurs. Dans un pays où plus de la moitié de la population (56%) vit sous le seuil de pauvreté, l’arrêt de certains programmes de lutte contre ce fléau, mis en place sous la précédente mandature, inquiète. Autre motif d’interrogation, la position du probable futur premier magistrat concernant l’implantation de compagnies minières étrangères, attirées par les importantes réserves d’or et d’argent, notamment sur les terres indigènes. C’est le cas à San Marcos où Monseigneur Alvaro Ramazzini, l’évêque local, dénonce sans relâche les allègements fiscaux très favorables accordés aux compagnies minières et surtout les graves menaces sur l’environnement. « Une mauvaise affaire pour les Guatémaltèques », assure le prélat, menacé de mort pour ses prises de positions en faveur des populations indigènes.

Interrogations sur le financement des campagnes

Quel que soit le résultat de ce scrutin présidentiel, mais aussi législatif et municipal, l’Eglise catholique du Guatemala a tenu à être présente durant toute la campagne pour « renforcer la démocratie dans le pays. » Durant des semaines, les évêques, relayés par les prêtres dans toutes les paroisses du pays, ont demandé aux Guatémaltèques « d’exercer leurs droits pleins et entiers de citoyens, responsables, conscients et bien informés. » Avec une invitation à examiner tout particulièrement les financements des campagnes des différents candidats. « En observant les importants moyens de communication mobilisés par les candidats, a déclaré Mgr Pablo Vizcaíno Prado, évêque de Suchitepéquez-Retalhuleu et Président de la Conférence épiscopale, nous nous demandons d’où proviennent les financements des campagnes. » Une interrogation renforcée par le refus unanime des candidats à révéler leurs sources de financement. Cette attitude a été jugée ’grave’ par l’Eglise qui rappelle que « lors de campagnes électorales précédentes, des rumeurs, fondées ou pas, ont fait état de l’influence financière du narcotrafic et de groupes de pouvoir sur certains candidats. » (apic/jcg/ggc)

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