Dernier volet de la série d’été «politiciens chrétiens»
Berne: Entretien à «cœur ouvert» avec Marianne Streiff, vice-président du PEV
Berne, 15 septembre 2011 (Apic) La foi de Marianne Streiff, c’est son fondement. En «constante conversation avec Dieu», la vice-présidente du Parti évangélique (PEV) et conseillère nationale prend le Christ en exemple, lorsqu’elle fait de la politique. Autour d’un café et d’une madeleine, la Bernoise nous parle de ses convictions, en tant que chrétienne, mais aussi en tant que mère et politicienne.
Apic: Parlez-moi un peu de votre parcours, en tant que croyante?
Marianne Streiff: J’ai grandi dans un foyer chrétien et j’ai reçu une éducation religieuse au travers de l’école du dimanche et du groupe de jeunes. Selon les époques, j’ai été plus ou moins proche de l’Eglise puis, adulte, j’ai pris très consciemment la décision de suivre ce chemin. Cela a beaucoup influencé mes activités. J’ai travaillé avec les femmes de l’Eglise, donné l’école du dimanche pendant plusieurs années, conduit des réunions de prières avec mon mari. J’ai été très active dans l’Eglise puis, j’ai arrêté petit à petit ces engagements en m’impliquant en politique.
Apic: Quelle est la place de votre foi dans votre vie quotidienne?
Marianne Streiff: La foi, c’est mon fondement. J’en vis. Je suis en constante conversation avec Dieu. Savoir que ma famille, mes enfants sont aimés de Dieu et sous sa protection, c’est essentiel pour moi. Je me suis souvent demandée comment on peut vivre sans croire, c’est difficile quand on n’a pas la foi.
Au quotidien, je prie et je lis également la Bible, qui m’aide à comprendre Dieu et sa pensée, mais aussi les êtres humains. Pour moi, il ne s’agit pas d’un livre de recettes, la Bible donne rarement des réponses concrètes.
Apic: Quel rôle joue la foi dans votre engagement politique?
Marianne Streiff: En politique, j’essaie de réfléchir à ce que ferait Jésus. Pour moi, l’amour du prochain, la persistance dans les décisions et l’espoir sont essentiels. Je garde également en vue les «valeurs de vie» (disponibles sous www.valeursdevie.ch) à chaque fois que je suis en contact avec mon prochain ou que je dois prendre une décision.
Mon chemin de vie, je l’ai parcouru comme chrétienne et c’est lui qui m’a mené en politique. Je considère mon engagement comme un devoir envers les générations futures, parce que nous ne sommes pas uniquement responsables de ce que nous faisons, mais aussi de ce que nous laissons faire.
Lorsque j’ai fait ma confirmation, le pasteur m’a dit qu’en tant que chrétien, on ne devait pas assommer les gens avec la Bible mais vivre le christianisme. Pour moi, c’est essentiel, également en politique. Ce n’est pas par les mots que je dois témoigner mais par mes actes.
Apic: Vous êtes plutôt une chrétienne en politique ou une politicienne chrétienne?
Marianne Streiff: Une chrétienne en politique parce que je suis avant tout chrétienne, dans chaque fonction que j’ai occupée au cours de ma vie, mère, enseignante et politicienne. Les décisions que je prends en politique, je les prends sur une base chrétienne, mais je ne fais pas d’évangélisation. C’est ça pour moi la différence avec une politicienne chrétienne.
Apic: Qu’est-ce qui est le plus difficile: être une chrétienne ou une femme en politique?
Marianne Streiff: Dans les deux cas, il s’agit d’un défi. Mais pour moi c’est plus dur d’être une chrétienne, parce que l’héritage chrétien est critiqué de nos jours.
Je travaille depuis longtemps dans des comités avec des hommes et je suis persuadée qu’il faut des femmes en politique. Je pense également que, même si les femmes ont acquis le droit de vote, il leur reste un long chemin à parcourir pour obtenir l’égalité.
Apic: Eprouvez-vous des difficultés à concilier engagement religieux et engagement politique?
Marianne Streiff: Non, c’est plus facile quand on est au PEV, parce que les membres sont tous chrétiens. On est déjà étiquetés, les autres politiciens savent à quoi s’en tenir. Mais ça peut être dur parfois. On peut être critiqués pour nos prises de position, par exemple quand je me suis opposée à la solution des délais.
Apic: Vous ne vous êtes jamais retrouvée en porte-à-faux avec votre parti?
Marianne Streiff: Le PEV représente un large spectre et les différents avis y sont respectés. Mais la question ne se pose pas pour moi, puisque de manière générale je suis en accord avec le programme du parti. Bien sûr, si je devais un jour militer pour l’avortement, cela pourrait devenir un problème.
Apic: En politique, il faut parfois faire des compromis, cela ne vous pose pas de problème?
Marianne Streiff: Pour moi, il y a des choses non négociables, par exemple tout ce qui touche à la vie. Mais il y a beaucoup de questions qui ne trouvent pas leurs réponses dans la Bible. Je ne crois pas que Dieu prévoit tous les détails. Il donne plutôt un but global qu’on peut atteindre par différents chemins. En tant que politicienne, je ne servirais à rien si je m’entête systématiquement et reste campée sur mes positions. Il est nécessaire que je participe à la recherche de solutions.
Apic: On dit souvent que les chrétiens ne sont pas de ce monde. Doivent-ils s’abstenir de tout engagement politique ou au contraire sont-ils particulièrement appelés à ces fonctions?
Marianne Streiff: Jésus était d’après moi une figure hautement politique. Il n’a jamais gardé son avis par devers soi, il a pointé les injustices, s’est engagé pour les faibles. Il a vraiment vécu l’amour du prochain mais il pouvait également être très dur, par exemple en chassant les marchants du temple. La politique, c’est rechercher le bien d’un Etat, Jésus a cherché le bien de l’humanité.
Je pense que les chrétiens devraient suivre cet exemple. Bien entendu, tout le monde ne peut pas s’engager en politique, mais il est essentiel que nous fassions plus souvent entendre notre voix, dans les médias et à l’occasion des votations. Si nous nous taisons, nous laissons à autrui le soin de former l’opinion.
Apic: Quelle place pour la religion dans les partis?
Marianne Streiff: Dans la majorité des partis, la religion n’a pas sa place. Il s’agit d’une affaire privée et je ne pense pas que cela va changer. Au PEV, c’est différent. Nos décisions sont influencées par notre foi, nous prions avant les séances. Mais nous ne faisons pas de prédication.
Apic: Et quelle place sous la coupole fédérale?
Marianne Streiff: Je sais qu’il y a des chrétiens dans tous les partis et je pense qu’au travers de la prière, même en silence, ils peuvent faire changer les choses. Sous la coupole, il y a également les intercesseurs qui prient pour et avec les politiciens. Enfin, tous les mercredis matin pendant les sessions, ceux qui le désirent se réunissent pour une méditation.
Etat Civil / Enfants: Mariée, 3 enfants
Domicile: Köniz (BE)
Profession: Enseignante puis présidente INSOS Suisse (Association de branche nationale des institutions pour personnes avec handicap)
Eglise: Eglise évangélique réformée du canton de Berne
Parti: PEV
Fonction politique: Actuellement conseillère nationale et vice-présidente du PEV. De 1998 à 2010, membre du Grand Conseil bernois et de 2004 à 2009, conseillère communale à Köniz.
Une figure qui l’inspire: Jésus
Une phrase qui l’inspire: «De tout ce que l’homme fait de bon au monde, rien n’est perdu», Albert Schweitzer.
Le bébé médicament: Contre. Lorsqu’il s’agit de la vie d’un enfant, la question est toujours très difficile. Mais je suis contre la sélection assistée d’un embryon sain.
Les minarets: Pour. Les minarets, c’est un symbole et il est inutile de combattre un symbole. L’initiative n’a posé ni la bonne question ni donné la bonne réponse. Le véritable problème, ce ne sont pas les nouvelles religions que l’on trouve en Suisse mais le fait que nous, chrétiens, ne vivons plus notre croyance.
Les centrales nucléaires: Contre. Nous avons la responsabilité de penser aux générations futures. Si quelque chose devait aller mal, les conséquences seraient irrémédiables.
Les 0.7 % du PNB pour l’aide au développement: Pour. Tout va si bien pour nous, nous nous devons d’aider les autres. Je ne rejette pas totalement la proposition du PDC (le Parti démocrate-chrétien propose de limiter l’aide aux pays où les chrétiens sont persécutés, ndlr), mais j’ai également en tête l’exemple de Jésus avec le bon Samaritain. Nous devons vivre l’amour du prochain dans les pays où on ne nous aime pas.
La révision de la loi sur l’assurance-chômage: Pour. Mon expérience avec les jeunes m’a montré qu’ils ont parfois besoin d’une certaine pression pour se motiver. Mais je suis consciente que cette révision est également responsable d’injustices et a fait souffrir des gens. (apic/amc)
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