Visite du pape Benoît XVI en Allemagne du 22 au 25 septembre

Le pape dans son pays natal, entre dialogue et oppositions

Rome, 16 septembre 2011 (Apic) Pour son 3e voyage en Allemagne, du 22 au 25 septembre 2011, Benoît XVI a décidé de ne pas économiser ses forces et s’est imposé un programme extrêmement chargé, où l’on ne compte plus les rendez-vous, les déplacements et les discours.

En plus des traditionnelles étapes que peut comporter une visite officielle – la première dans son pays natal depuis son élection -, le pape a souhaité accorder une grande place au dialogue avec les protestants, qui comptent pour part égale avec les catholiques en Allemagne. Il viendra enfin pour confirmer dans la foi une Eglise faite de nombreuses particularités, à laquelle il est encore très attaché.

Les chiffres liés au 21e voyage apostolique de Benoît XVI donnent le vertige : pas moins de 18 discours – un record dépassé uniquement en 2009 en Terre sainte -, un déplacement en avion pour chacun des quatre jours de cette visite en Allemagne, trois grand-messes et un rythme parfois effréné de rencontres publiques ou privées. Selon le nonce apostolique à Berlin, on peut distinguer trois enjeux pour cette visite, qui correspondent aux trois villes dans lesquelles le pape se rendra.

Visite officielle

Les rencontres avec les autorités civiles allemandes – le président fédéral, la chancelière, le Parlement – à Berlin, à laquelle on peut adjoindre la rencontre avec l’influente Cour constitutionnelle fédérale à Fribourg-en-Brisgau, formeront la partie officielle du voyage. L’étape berlinoise, qui aura lieu essentiellement le 22 septembre, symbolisera la confrontation du pape avec une ville considérée comme libérale, ouverte à l’international, où les catholiques sont issus de l’immigration. En rencontrant les membres du Bundestag, Benoît XVI accomplira un geste exceptionnel. A deux reprises seulement dans l’histoire récente de la papauté, un pontife s’est exprimé devant un Parlement national : Jean-Paul II, à Varsovie et à Rome.

Erfurt, la ville de Luther

Erfurt, où le pape se rendra du 23 au 24 septembre, a une double signification. Le Land de la Thuringe faisait autrefois partie de l’Allemagne de l’Est et l’on y trouve une forte communauté protestante. Nul doute que les ›Ossis’ (les Est-Allemands), et en particulier les membres de l’Eglise évangélique luthérienne, au premier rang desquels la chancelière Angela Merkel, auront été touchés en apprenant que Benoît XVI lui-même a décidé de prolonger son séjour à Erfurt, en y ajoutant un crochet rapide au sanctuaire marial d’Etzelsbach. Ce lieu, a expliqué le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège le 16 septembre, le Père Federico Lombardi, est considéré comme une «île» de l’Eglise catholique au cœur d’une région très sécularisée et même déchristianisée par le communisme.

Fribourg, poumon de l’Eglise catholique

Fribourg-en-Brisgau, 3e et dernière ville que le souverain pontife visitera les 24 et 25 septembre, est l’un des poumons de l’Eglise catholique en Allemagne. Le diocèse est dirigé par le cardinal Robert Zollitsch qui préside également la Conférence épiscopale du pays. Ici, le pape se consacrera presque uniquement à la communauté des fidèles catholiques, à laquelle il affichera son soutien par de nombreuses manifestations : des rencontres avec les séminaristes, puis avec une organisation de laïcs catholiques, une veillée de prière en compagnie des jeunes dans la soirée du 24 septembre, la messe de clôture le lendemain, suivie d’une ultime rencontre avec des catholiques allemands engagés dans l’Eglise et la société.

De ›Wir sind Papst’ au Bundestag

Benoît XVI sera certainement heureux de retrouver ceux qui, il y a un peu plus de six ans, étaient fiers de son élection au trône de Pierre, fierté manifestée par l’expression «Wir sind Papst» (Nous sommes Pape). Toujours prêt à dialoguer avec des interlocuteurs qui ne partagent pas nécessairement ses idées, il sera sûrement attentif aux premiers résultats du «dialogue» instauré récemment par les évêques d’Allemagne au sein de la communauté ecclésiale. Toutefois, selon le représentant du Saint-Siège à Berlin, Mgr Jean-Claude Périsset, «il est peu probable que le pape aborde des questions controversées par partie des membres de l’Eglise», comme celles contenues dans la lettre de 143 théologiens germaniques demandant de profondes réformes dans l’Eglise.

Plus largement devant les journalistes qui l’interrogeaient sur le contenu des discours du pontife allemand, le porte-parole du Vatican a confié ne pas s’attendre «à ce que Benoît XVI entre dans des points de discussion très précis tels que le célibat sacerdotal. «Il se peut qu’il y ait des références dans les discours, a-t-il affirmé, mais en général, j’inviterais toujours à prendre au sérieux l’impulsion que le pape donne de revenir aux fondamentaux plutôt que de se fixer sur des points précis de discussion, précisément pour éviter que l’on pense que l’avenir de l’Eglise dépend du fait que le célibat des prêtres existe ou non, alors que l’avenir de l’Eglise dépendra du fait que l’on croira en Dieu ou pas dans les décennies à venir».

Comme cela a pu arriver à l’approche des déplacements de Benoît XVI à l’étranger, la ›résistance’ s’organise pour manifester son hostilité à la venue du pape. A Berlin, plusieurs dizaines de députés du Bundestag appartenant aux différentes formations de la gauche allemande ont ainsi fait savoir qu’ils n’assisteraient pas au discours très attendu que le souverain pontife prononcera dans l’enceinte du Reichstag dans l’après-midi du 22 septembre. La capitale allemande devrait aussi être le théâtre d’une manifestation d’opposants à la visite du pape qui pourrait attirer jusqu’à 20’000 personnes, selon ses organisateurs. Prévue dans un premier temps à la Porte de Brandebourg, non loin du siège du Parlement, elle devrait finalement être déplacée, sur ordre de la police.

Une Eglise particulière

En se rendant dans son pays, Benoît XVI part ainsi à la rencontre d’une Eglise catholique dont il connaît très bien les particularités, et qui doit en premier lieu soutenir la comparaison avec l’Eglise évangélique luthérienne, dont l’influence est comparable tant numériquement que dans des domaines tels que l’exégèse biblique. Lorsqu’il enseignait la théologie, Joseph Ratzinger était habitué à dialoguer avec ses homologues protestants. Il a entretenu de très bons rapports avec l’ancien évêque luthérien de Munich, Johannes Hanselmann, grande figure du dialogue œcuménique avec qui le cardinal allemand a élaboré la déclaration relative à la doctrine de la justification en 1999.

L’Eglise catholique allemande doit aussi faire face au phénomène du ›Kirchenaustritt’ (sorties d’Eglise), en nette progression depuis les multiples révélations de cas de pédophilie au sein du clergé ces dernières années. Si l’Allemagne a été touchée dans une moindre mesure par ces affaires, il n’en reste pas moins que leurs effets sur l’opinion publique ont été conséquents. A ce titre, on ne peut pas exclure qu’une rencontre avec des victimes de prêtres pédophiles soit ajoutée au programme de Benoît XVI, comme cela est déjà arrivé lors de précédents voyages.

Autre particularité de l’Eglise allemande, la présence d’un laïcat très actif et influent, a précisé le Père Lombardi, invitant à être très attentif au discours que le pape prononcera devant les membres du ›Zentralkomitee der deutschen Katholiken’ (Comité central des catholiques allemands), la principale organisation de laïcs catholiques. De même, insiste-t-on au Vatican, il conviendra d’accorder une grande importance aux homélies que Benoît XVI prononcera au Stade olympique de Berlin, sur la place de la cathédrale d’Erfurt et à l’aérodrome de Fribourg-en-Brisgau. (apic/imedia/cp/mp)

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