Allemagne: Le pape rappelle l’importance de ses racines allemandes
Berlin, 23 septembre 2011 (Apic) Dans quelle mesure Benoît XVI se sent-il Allemand? Que pense-t-il du phénomène des sorties d’Eglise? Et de l’opposition manifestée par certaines Allemands à sa venue? Comment le pape se prépare-t-il à la rencontre avec les réformés? Dans l’avion qui l’emmenait en Allemagne, le Saint-Père a répondu aux questions des journalistes de Radio Vatican et CTV, le 22 septembre 2011.
Permettez-nous de vous poser une question très personnelle. Dans quelle mesure le pape Benoît XVI se sent-il encore Allemand? Et quels sont les aspects où vous voyez encore – ou alors toujours moins -, l’influence de vos origines allemandes?
Benoît XVI: Hölderlin a dit: « La naissance fait plus que tout », et naturellement je le ressens aussi. Je suis né en Allemagne, et la racine ne peut ni ne doit être coupée. J’ai reçu ma formation culturelle en Allemagne, ma langue est l’allemand, c’est la langue dans laquelle mon esprit vit et travaille, et toute ma formation culturelle s’y est déroulée! Lorsque je fais de la théologie, je le fais à partir de la forme intérieure que j’ai apprise dans les universités allemandes et malheureusement je dois admettre que je lis toujours plus de livres en allemand que dans d’autres langues. Pour cela, le fait que je sois allemand est un élément fort de ma façon d’être.
L’appartenance à son histoire, à sa grandeur et à ses faiblesses, ne peut et ne doit pas être effacée. Pour un chrétien, cependant, il y a plus: avec le baptême, il naît à nouveau, il naît dans un nouveau peuple, un peuple qui comprend tous les peuples et toutes les cultures et auquel il appartient désormais, sans pour autant perdre ses origines naturelles. Et lorsque l’on a à assumer une grande responsabilité, comme la mienne, qui est la responsabilité suprême de ce peuple, on s’imprègne toujours davantage de cela. La racine devient un arbre qui s’étend en différentes directions et le fait d’appartenir à cette grande communauté de l’Eglise catholique, à un peuple constitué de tous les peuples, devient encore plus vivante et profonde, elle façonne toute l’existence, sans pour autant renoncer au passé.
Je dirais donc que les origines demeurent, la stature culturelle demeure, tout comme l’amour et la responsabilité particulières, mais insérés et amplifiés dans une appartenance plus grande à la ’civitas Dei’, comme dirait Augustin, dans le peuple de tous les peuples au sein duquel nous sommes tous frères et sœurs.
Ces dernières années, il y a eu en Allemagne une augmentation du nombre de personnes qui sont sorties de l’Eglise, en partie du fait des actes pédophiles commis sur des mineurs par des membres du clergé. Quel est votre sentiment face à ce phénomène? Et que diriez-vous à ceux qui veulent quitter l’Eglise?
Benoît XVI: Nous devons avant tout distinguer les motivations spécifiques de ceux qui se sentent scandalisés par ces crimes qui ont été récemment révélés. Je peux comprendre qu’à la lumière de telles informations, surtout si elles touchent de près les personnes, l’on puisse dire: « Ce n’est plus mon Eglise. L’Eglise était pour moi la force de l’humanisation et de la moralisation. Si les représentants de l’Eglise font le contraire, je ne peux plus vivre avec cette Eglise ». C’est une situation spécifique.
De manière générale, les motivations sont multiples dans le contexte de la sécularisation de notre société. D’habitude, ces sorties sont le dernier pas d’une longue chaîne d’éloignement de l’Eglise. Dans ce contexte, il me semble important de s’interroger, de réfléchir: « Pourquoi suis-je dans l’Eglise? Je suis dans l’Eglise comme dans une association sportive, une association culturelle où je trouve mes intérêts et, si je ne trouve plus de réponse, j’en sors », ou bien faire partie de l’Eglise est une chose plus profonde?
Je dirais qu’il est important de reconnaître qu’être dans l’Eglise ne signifie pas faire partie d’une association mais être dans les filets du Seigneur, qui pêche de bons et de mauvais poissons des eaux de la mort pour les terres de la vie. Et il se peut que, dans ces filets, je me trouve tout près de mauvais poissons, mais il est vrai aussi que je ne m’y trouve pas pour ceux-ci et ceux-là, mais parce que ce sont les filets du Seigneur, qui sont autre chose que toutes les associations humaines, des filets qui atteignent le fondement de mon être.
En parlant avec ces personnes, je pense que nous devons aller au fond de la question: qu’est-ce que l’Eglise? Qu’est-ce que la diversité? Pourquoi suis-je dans l’Eglise, malgré des scandales et des choses humaines terribles? Et ainsi renouveler la conscience de la spécificité du fait d’être l’Eglise du peuple, de tous les peuples, qui est peuple de Dieu, et apprendre ainsi à supporter aussi les scandales et à travailler contre ces scandales tout en étant dans ces grands filets du Seigneur.
Ce n’est pas la première fois que des groupes de personnes se montrent opposées à votre venue dans un pays. La relation entre l’Allemagne et Rome est traditionnellement critique, aussi dans le milieu catholique lui-même. Les thèmes controversés sont connus depuis longtemps: préservatif, eucharistie, célibat. Des parlementaires allemands ont également adopté une position critique. Avec quels sentiments vous rendez-vous maintenant dans votre patrie et vous adresserez-vous aux Allemands?
Benoît XVI: Avant toute chose, je dirais qu’il est normal, dans une société libre et à une époque sécularisée, qu’il existe des avis contre une visite du pape. Il est juste d’exprimer – je respecte chacun -, cette contrariété: cela fait partie de notre liberté et nous devons prendre acte du fait que le sécularisme mais aussi l’opposition au catholicisme sont forts dans notre société. Lorsque ces oppositions se manifestent de façon civile, il n’y a rien à dire contre.
D’un autre côté, il est vrai aussi qu’il y a une grande attente et beaucoup d’amour envers le pape. En Allemagne, il existe plusieurs dimensions de cette opposition: la vieille opposition entre culture germanique et romane, les contrastes de l’histoire, et puis nous sommes le pays de la Réforme, qui a accentué ces contrastes. Mais il y a aussi un grand consensus autour de la foi catholique, une conviction croissante que nous avons besoin de convictions, d’une force morale pour notre époque. Nous avons besoin d’une présence de Dieu pour notre époque. Aussi, à côté de l’opposition, que je trouve naturelle et à laquelle il faut s’attendre, il y a beaucoup de personnes qui m’attendent avec joie, qui attendent une fête de la foi, le fait d’être ensemble, et qui attendent la joie de connaître Dieu et de vivre ensemble dans l’avenir, car Dieu nous tient par la main et nous montre la route. C’est pour cela que je me rends avec joie dans mon Allemagne et je suis heureux de porter le message du Christ sur ma terre.
Vous allez visiter Erfurt, l’ancien couvent du réformateur Martin Luther. Les chrétiens évangéliques et les catholiques en dialogue avec eux se préparent à commémorer le cinquième centenaire de la Réforme. Avec quel message et quelles pensées vous préparez-vous à la rencontre? Votre voyage doit-il être vu aussi comme un geste fraternel envers les frères et les sœurs séparés de Rome?
Benoît XVI: Quand j’ai accepté l’invitation en Allemagne, il était évident pour moi que l’œcuménisme avec nos amis protestants devait être un point fort et central de ce voyage. Nous vivons dans une époque sécularisée, comme je l’ai déjà dit, où les chrétiens ont ensemble la mission de rendre le message de Dieu présent, le message du Christ, de faire que croire soit possible, d’aller de l’avant avec ces grandes idées, avec la vérité. Et c’est pour cela qu’ensemble, catholiques et protestants, sont un élément fondamental pour notre époque, même si nous ne sommes pas du tout unis institutionnellement et même si de grands problèmes demeurent, des problèmes sur les fondements de la foi dans le Christ, dans le Dieu trinitaire et dans l’Homme comme image de Dieu.
Nous sommes unis, et montrer au monde cela, approfondir cette unité, est essentiel dans ce moment de l’histoire. Pour cela, je suis très reconnaissant à nos amis, frères et sœurs, protestants, qui ont rendu possible un signe très significatif: la rencontre dans le monastère où Luther a commencé son chemin théologique, la prière dans l’Eglise où il a été ordonné prêtre et le fait de pouvoir parler ensemble de notre responsabilité de chrétiens à notre époque. Je suis très heureux de pouvoir montrer ainsi cette unité fondamentale, le fait que nous sommes des frères et des sœurs qui travaillons ensemble pour le bien de l’humanité, annonçant le joyeux message du Christ, du Dieu qui a un visage humain et qui parle avec nous. (apic/imedia/mm/amc)
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