Interview du patriarche de Bagdad, Mgr Raphaël I Bidawid

APIC – INTERVIEW

«Nous espérons contre toute espérance qu’il y aura la paix»

Bagdad, 11janvier(APIC) «Nous espérons contre toute espérance qu’il y aura la paix dans le Golfe, nous avons confiance que Dieu ne nous délaissera

pas, car il y a un risque de destruction totale», a déclaré vendredi à

l’agence APIC Mgr Raphaël I Bidawid, patriarche de Babylone des Chaldéens,

à Bagdad, après l’échec de la rencontre de Genève. Mgr Bidawid doit partir

samedi à la tête d’une délégation d’Eglises pour une mission «pour la paix»

qui le mènera au Vatican, au COE à Genève, à Bonn, au Parlement européen à

Strasbourg, à Paris, à Londres, à Washington et à l’ONU à New York.

En tenant à ne pas faire de distinctions entre Irakiens, chrétiens ou

non, le patriarche catholique déclare que «comme l’ensemble de la population, nous avons peur que la guerre éclate, nous sommes tous inquiets».

Mais le chef de l’Eglise chaldéenne espère que la solution pacifique finira

par s’imposer. Il place beaucoup d’espoir en l’arrivée samedi à Bagdad du

secrétaire général de l’ONU Javier Perez de Cuellar, qui serait porteur

d’un message du pape Jean Paul II.

Les Eglises d’Irak en «mission de paix»

Mgr Raphaël I Bidawid dirigera ces prochains jours une délégation des

Eglises d’Irak composée notamment de l’archevêque arménien orthodoxe Avak

Asadourian et du métropolite assyrien (nestorien) Georges Sliwa, dans le

but de visiter les principaux centres chrétiens et les grandes organisations ecclésiastiques en Europe et aux Etats-Unis, comme le Vatican, le

Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève, les Conférences épiscopales

et les Conseils d’Eglises des pays qui ont envoyé des troupes dans la région du Golfe (France, Allemagne, Angleterre, Etats-Unis, etc.) ainsi que

des personnalités politiques. «Nous serons porteurs d’un message de paix»,

souligne-t-il.

Le risque d’une destruction totale, pas de retrait total du Koweit

Le prélat irakien, qui passe pour un partisan du régime, pense que l’annexion du Koweit «est en principe définitive de la part de l’Irak, d’après

les déclarations du président Saddam Hussein et de son gouvernement». A son

avis, il n’y a pas de retrait à espérer, «en tous cas pas un retrait complet». Il se déclare cependant bien d’accord que l’on respecte le droit international, «à condition que les résolutions du Conseil de sécurité concernant les Territoires occupés soient appliquées par Israël, celles concernant le Liban par la Syrie, celles concernant Chypre par la Turquie,

etc.». Le patriarche de Babylone attend des actions de solidarité de la

part des peuples d’Occident, et pas seulement de la part des chrétiens,

«parce que l’on sait qu’une guerre, dans notre situation, ce serait la destruction totale, et pas seulement une guerre traditionnelle».

Il ne s’agit pas d’une guerre entre la chrétienté et l’islam

Après le Congrès des responsables chrétiens pour la paix, organisé en

décembre à Bagdad par l’Eglise chaldéenne, la situation des chrétiens s’est

améliorée, affirme le patriarche. «Dans le petit peuple, dit-il, on a reproché aux chrétiens que les troupes occidentales qui risquaient de nous

attaquer étaient composées aussi de chrétiens, mais ce Congrès chrétien

pour la paix a permis de bien expliquer ce que veut dire occidental – Américain, Français, Anglais ou Italien – et ce que veut dire chrétien, ce qui

n’est pas la même chose. Ici, chez nous, les gens commencent maintenant à

douter si vraiment l’Occident est encore chrétien».

Les chrétiens, au début, ont été accusés d’être des «agents de l’impérialisme, de l’Occident» et ont subi des attaques. Mais maintenant, conclut-il, à part les fanatiques qui ne savent pas distinguer entre un occidental et un chrétien, la population a compris qu’il ne s’agissait pas

d’une guerre entre la chrétienté et l’islam, «mais, comme on dit chez nous,

d’une guerre contre le colonialisme et l’impérialisme». (apic/be)

Propos recueillis par Jacques Berset

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