Mgr Hans Gerny, évêque des catholiques chrétiens de Suisse (050996)

APIC- Interview

«Sans exigences, une Eglise ne peut survivre»

Par Joseph Bossart, de l’Agence APIC

Berne, 5septembre(APIC) «L’ordination des femmes est une question qui

porte en elle un formidable potentiel de division», estime Mgr Hans Gerny,

59 ans, évêque des catholiques-chrétiens de Suisse depuis dix ans. A la

veille du «christkatholischer Kirchentag», la journée de l’Eglise

catholique-chrétienne qui aura lieu samedi 8 septembre à Olten, il aborde

les problèmes actuels de son Eglise, le sacerdoce des femmes, le

recrutement de nouveaux membres, les difficultés des Eglises dans un monde

en mouvement. Interview d’un pasteur engagé.

APIC: L’Eglise catholique-chrétienne ne compte que 14’000 membres. Ne

craignez-vous pas pour la survie de votre Eglise?

Mgr Hans Gerny: Il est de plus en plus difficile de trouver des personnes

qualifiées pour prendre des responsabilités dans notre Eglise. La

difficulté se produit lorsqu’une Eglise compte trop peu de personnes

socialement fortes pour porter les plus faibles. Une Eglise doit conserver

un profil clair et ne pas essayer de «manger à tous les râteliers».

APIC: Une Eglise au profil clair n’est-elle pas le contraire d’une Eglise

proche des gens?

HG: Une Eglise ne peut survivre sans exigences. Aussi bien sur le plan

éthique que sur le plan de la préparation aux sacrements. Nous devrions

être plus courageux. Mais pour une minorité comme la nôtre, le courage est

plus difficile car des peurs surgissent. Pouvons-nous encore perdre des

croyants, alors que nous sommes déjà si peu nombreux? On ne peut poser des

exigences que si l’on a quelque chose à offrir. Et sur ce point les Eglises

sont déficitaires aujourd’hui.

APIC: Quels sont vos soucis concrets actuellement?

HG: L’enracinement des jeunes générations dans les communautés et les

églises a manifestement diminué. Les jeunes croyants s’engagent beaucoup

moins ou alors plus volontiers au WWF ou auprès d’organisations similaires.

La situation de diaspora de notre Eglise m’inquiète également. Mon autre

souci porte sur les jeunes générations: comment les motiver pour qu’elles

s’engagent comme prêtres dans notre Eglise? Toute une génération de prêtres

a disparu en quelques années.

APIC: Envisagez-vous d’engager des prêtres à temps partiel ?

HG: Pour les ministères à temps partiel, nous voulons des théologiens

formés qui exercent un second emploi et non des prêtres «à la petite

semaine». Le premier avantage est d’ordre financier, car les petites

communautés ne peuvent supporter matériellement un plein salaire. Second

avantage: les personnes travaillant à l’extérieur permettent à l’Eglise de

sortir de son domaine clos et de se confronter à d’autres réalités.

APIC: Vos prêtres peuvent se marier. Une raison pour des prêtres

catholiques-romains de passer dans votre Eglise?

HG: Il arrive, mais pas très souvent, que des prêtres catholiques-romains

nous rejoignent. Mais passer chez nous simplement pour pouvoir se marier

n’est pas un motif suffisant. Le célibat est une affaire disciplinaire sans

rapport avec la foi. La conversion à une Eglise est un acte de foi. Les

difficultés liées au célibat sont comparables aux difficultés de la

fidélité conjugale: les deux sont à mettre en lien avec la capacité en

notre époque à rester fidèle à un engagement pris dans ses jeunes années.

La vie célibataire a des avantages non négligeables: certains de nos

prêtres vivent le célibat pour des raisons diverses.

APIC: L’Eglise catholique-chrétienne d’Allemagne a ordonné pour la première

fois des femmes, à Pentecôte. Qu’en pensent les catholiques-chrétiens de

Suisse?

HG: Notre synode national a décidé de ne pas introduire l’ordination des

femmes dans une démarche isolée, mais en responsabilité commune avec les

autres Eglises catholiques-chrétiennes. Car la question porte en elle un

formidable potentiel de division. C’est pourquoi elle nécessite le

consensus de toute l’Eglise. Actuellement l’Union d’Utrecht qui regroupe

les Eglises catholiques-chrétiennes d’Europe et d’Amérique du Nord a engagé

une grande discussion à ce sujet: l’ordination des femmes a-t-elle quelque

chose à voir avec la foi – position des Eglises américaines – ou n’est-ce

qu’un problème de droit canonique, comme l’estiment les Eglises allemandes?

APIC: L’ordination des femmes peut-elle régler la question du

renouvellement?

HG: La question principale est de savoir comment l’Evangile doit être

répandu dans le monde. L’argument d’ordonner les femmes pour résoudre le

problème de la relève me paraît inapproprié. Car dire «nous ordonnons des

femmes car il n’y a plus d’hommes», c’est créer une nouvelle discrimination

à l’égard des femmes. (apic/traduction B. Litzler)

ENCADRE

14’000 catholiques-chrétiens en Suisse

Les catholiques-chrétiens de Suisse sont environ 14’000, encadrés par

une trentaine de prêtres. Le nord-ouest de la Suisse (Vallée de Laufon,

Bâle, Fricktal) et le pied du Jura de Bienne à Aarau ainsi que les villes

de Bâle, Berne et Zurich constituent des lieux de forte implantation de

cette Eglise. D’importantes communautés de diaspora existent également dans

les cantons de Zurich, des Grisons, du Tessin et de Genève.

Les premiers catholiques-chrétiens (ou vieux-catholiques) se sont élevés

contre le dogme de l’infaillibilité pontificale, proclamé au Concile

Vatican I en 1870. Exclus de l’Eglise catholique romaine, ils organisèrent

en 1872 leur propre Eglise en Suisse. En 1876, le Conseil fédéral les

autorisa à fonder un diocèse suisse.

Les Eglises catholiques-chrétiennes rassemblent 100’000 fidèles dans le

monde, grâce à leur fusion avec l’Eglise d’Utrecht, autre Eglise séparée de

Rome au XVIIIe siècle. Elles comptent aujourd’hui quinze évêchés à travers

le monde.

L’organe législatif suprême de l’Eglise suisse, structurée

démocratiquement sur le principe épiscopal-synodal, est le synode national.

Il élit le synode et le conseil synodal comme organe exécutif.

(apic/job/bl)

Des photos de Mgr Hans Gerny sont à votre disposition auprès de l’Agence

CIRIC à Lausanne (Jean-Claude Gadmer) Tél: 021/ 617.76.13 Fax: 021/

617.76.14.

5 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Interview du patriarche de Bagdad, Mgr Raphaël I Bidawid

APIC – INTERVIEW

«Nous espérons contre toute espérance qu’il y aura la paix»

Bagdad, 11janvier(APIC) «Nous espérons contre toute espérance qu’il y aura la paix dans le Golfe, nous avons confiance que Dieu ne nous délaissera

pas, car il y a un risque de destruction totale», a déclaré vendredi à

l’agence APIC Mgr Raphaël I Bidawid, patriarche de Babylone des Chaldéens,

à Bagdad, après l’échec de la rencontre de Genève. Mgr Bidawid doit partir

samedi à la tête d’une délégation d’Eglises pour une mission «pour la paix»

qui le mènera au Vatican, au COE à Genève, à Bonn, au Parlement européen à

Strasbourg, à Paris, à Londres, à Washington et à l’ONU à New York.

En tenant à ne pas faire de distinctions entre Irakiens, chrétiens ou

non, le patriarche catholique déclare que «comme l’ensemble de la population, nous avons peur que la guerre éclate, nous sommes tous inquiets».

Mais le chef de l’Eglise chaldéenne espère que la solution pacifique finira

par s’imposer. Il place beaucoup d’espoir en l’arrivée samedi à Bagdad du

secrétaire général de l’ONU Javier Perez de Cuellar, qui serait porteur

d’un message du pape Jean Paul II.

Les Eglises d’Irak en «mission de paix»

Mgr Raphaël I Bidawid dirigera ces prochains jours une délégation des

Eglises d’Irak composée notamment de l’archevêque arménien orthodoxe Avak

Asadourian et du métropolite assyrien (nestorien) Georges Sliwa, dans le

but de visiter les principaux centres chrétiens et les grandes organisations ecclésiastiques en Europe et aux Etats-Unis, comme le Vatican, le

Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève, les Conférences épiscopales

et les Conseils d’Eglises des pays qui ont envoyé des troupes dans la région du Golfe (France, Allemagne, Angleterre, Etats-Unis, etc.) ainsi que

des personnalités politiques. «Nous serons porteurs d’un message de paix»,

souligne-t-il.

Le risque d’une destruction totale, pas de retrait total du Koweit

Le prélat irakien, qui passe pour un partisan du régime, pense que l’annexion du Koweit «est en principe définitive de la part de l’Irak, d’après

les déclarations du président Saddam Hussein et de son gouvernement». A son

avis, il n’y a pas de retrait à espérer, «en tous cas pas un retrait complet». Il se déclare cependant bien d’accord que l’on respecte le droit international, «à condition que les résolutions du Conseil de sécurité concernant les Territoires occupés soient appliquées par Israël, celles concernant le Liban par la Syrie, celles concernant Chypre par la Turquie,

etc.». Le patriarche de Babylone attend des actions de solidarité de la

part des peuples d’Occident, et pas seulement de la part des chrétiens,

«parce que l’on sait qu’une guerre, dans notre situation, ce serait la destruction totale, et pas seulement une guerre traditionnelle».

Il ne s’agit pas d’une guerre entre la chrétienté et l’islam

Après le Congrès des responsables chrétiens pour la paix, organisé en

décembre à Bagdad par l’Eglise chaldéenne, la situation des chrétiens s’est

améliorée, affirme le patriarche. «Dans le petit peuple, dit-il, on a reproché aux chrétiens que les troupes occidentales qui risquaient de nous

attaquer étaient composées aussi de chrétiens, mais ce Congrès chrétien

pour la paix a permis de bien expliquer ce que veut dire occidental – Américain, Français, Anglais ou Italien – et ce que veut dire chrétien, ce qui

n’est pas la même chose. Ici, chez nous, les gens commencent maintenant à

douter si vraiment l’Occident est encore chrétien».

Les chrétiens, au début, ont été accusés d’être des «agents de l’impérialisme, de l’Occident» et ont subi des attaques. Mais maintenant, conclut-il, à part les fanatiques qui ne savent pas distinguer entre un occidental et un chrétien, la population a compris qu’il ne s’agissait pas

d’une guerre entre la chrétienté et l’islam, «mais, comme on dit chez nous,

d’une guerre contre le colonialisme et l’impérialisme». (apic/be)

Propos recueillis par Jacques Berset

11 janvier 1991 | 00:00
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Apic-Interview

Jacques Berset, Agence APIC

Rencontre avec Pierre Jeanne,

des Missions Etrangères de Paris

«L’Eglise de Chine est passée par le feu purificateur de la persécution»

(Hong Kong/APIC) Depuis une quinzaine d’année à Hong Kong, le Père Pierre

Jeanne, des Missions Etrangères de Paris, travaille actuellement comme

chercheur associé au «Holy Spirit Study Center», à Aberdeen, Hong Kong. Observateur de la vie des communautés chrétiennes de Chine populaire, le P.

Jeanne vient de passer un an à Shanghai pour étudier le mandarin, la langue

officielle chinoise. Il parle également le cantonnais, langue parlée à Hong

Kong et dans le sud de la Chine. Pour lui, l’Eglise de Chine à beaucoup à

dire aux chrétiens de l’Occident, parce qu’ «elle est passée par le feu

purificateur de la persécution».

P. Jeannne : L’Eglise de Chine à beaucoup à nous dire : que nous n’avons

pas à avoir peur des pressions politiques, des injustices, de la pauvreté

ou du vieillissement dans nos propres rangs (le clergé). Il y a en Chine un

certain nombre de choses qui sont effectivement des contraintes et des

désavantages, mais qui, dans une perspective de foi, peuvent nous permettre

de purifier notre propre foi et d’aller de l’avant. Et je pense que l’Eglise de Chine, qui est passée par le feu purificateur de la persécution durant ces dures années, est en train d’en récolter les fruits.

APIC : Nous avons assisté à plusieurs messes en Chine, lors de dimanches

ordinaires, comme par exemple à Beitang, l’église du St-Sauveur, à Pékin.

Cette Eglise chinoise, dans sa liturgie, nous paraît bien étrange; on se

croirait reporté trente ans en arrière !

P. Jeanne : C’est une liturgie qui date d’avant Vatican II. C’est la première chose qui frappe : le prêtre tourne le dos aux fidèles et récite les

prières en latin, à voix basse. On ne peut pas dire pour cela que l’assistance soit passive. Je suis frappé par la dévotion de tous ces gens qui

participent, à genoux, le chapelet à la main. Ils prient tous ensemble. On

peut entendre leurs prières. Elles ont été composées il y a très longtemps

dans chaque région, par les missionnaires qui ont annoncé l’Evangile à

l’époque. Il y a des prières qui sont très anciennes et très belles. C’est

une liturgie préconciliaire, mais avec une saveur locale. Quand on entend

ces chants, on a parfois l’impression d’être dans une pagode.

APIC : Il y a cependant des liturgies qui sont organisées dans des maisons

particulières, car un certain nombre de fidèles catholiques ne veulent pas

participer aux liturgies dans les églises réouvertes avec l’accord du

gouvernement…

P. Jeanne : Ces églises réouvertes sont en fait prises en charge par l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC). Cette association

prétend faire le lien entre le gouvernement et l’Eglise, ou plutôt sensibiliser les chrétiens aux bienfaits du socialisme. Un certain nombre de gens

acceptent cette association, mais beaucoup aussi la refusent et préfèrent

ne pas entrer dans ces églises ouvertes officiellement. Alors ils invitent

des prêtres à venir chez eux, dans leur maison, pour organiser des petites

liturgies domestiques. Le mot «Eglise clandestine» est un petit peu fort

quand même, mais c’est certainement des gens qui tiennent à se tenir à

l’écart.

Des sacrements valides

Dans les campagnes, dans les villages, on voit les familles venir à la

messe avec les enfants. Il y a des jeunes couples aussi. On voit que la foi

chrétienne est restée très vivante dans les familles. Il y a donc des gens

qui fréquent les églises ouvertes malgré l’Association patriotique. Ils

pensent que les sacrement qui sont donnés dans ces églises sont valides, et

ils ont raison. Ils pensent qu’il faut savoir passer par-dessus certaines

difficultés, notamment le fait que certains prêtres soient proches du

parti, le fait qu’ils soient parfois assez politisés…. et le fait que

l’APCC contrôle un certain nombre d’activités religieuses.

Des évêques sous haute surveillance

La situation des évêques est particulièrement difficile, car ce sont les

gens les plus surveillés dans l’Eglise, puisqu’ils ont le pouvoir dans les

diocèses. Ils ne sont pas tous membres de l’APCC. Certains ont adhéré à

l’APCC à une certaine époque, puis ont regretté cette décision. Ils ont

voulu en sortir quand ils ont vu qu’ils avaient été pris au piège. Et en

fait, on ne leur a pas permis d’en sortir. Mais je pourrais dire que de

coeur, ils n’en font plus partie. Il y a aussi ceux qu’on a inscrits dans

l’APCC sans leur demander leur avis. On a mis leur nom sur une liste.

Il y a encore ceux qui ont jugé à une certaine époque que c’était le

seul moyen de sauver les meubles et qu’il fallait faire des concessions.

Mais ils les ont faites à contre-coeur. Dans l’APCC, il y a toutes sortes

de gens qui y sont pour des motifs assez différents. On ne peut pas dire

qu’il y a unanimité autour de ce que le gouvernement propose.

Reconnaissance secrète du Vatican

Le Vatican reconnaît secrètement un certain nombre d’évêques membres de

l’APCC. Il y a eu des régularisations de situation. Ce que je peux dire,

c’est qu’il y a des évêques qui ont demandé à Rome de régulariser leur situation et Rome a accepté et ces évêques sont maintenant dans une situation

toute à fait normale par rapport à l’Eglise. Ils ne sont ni excommuniés ni

schismatiques. Pour l’Eglise de Chine, c’est une situation tout à fait différente de celle du mouvement de Mgr Lefebvre.

Ce qui distingue les deux situations, c’est assez simple : du point de

vue de la foi, on peut dire que l’Eglise de Chine n’a pas de différences

avec le reste de l’Eglise universelle. Mais il y a une pression politique

assez forte sur l’ensemble de l’Eglise. Pour ce qui est de Mgr Lefebvre, on

peut dire qu’il n’y a pas de pressions politiques directes, mais des problèmes de foi graves qui le séparent lui et son mouvement du reste de

l’Eglise catholique. Pour l’Eglise de Chine, il ne faut pas oublier cette

pression politique exercée constamment : certaines personnes peuvent se

permettre de tenir et de résister, mais d’autres ont beaucoup plus de mal.

Quand on a fait de la prison pendant des années, quand on a été gardés des

années durant par des agents du gouvernement, il est certain qu’il y a des

moments ou l’on a envie de céder, d’avoir un peu la paix, et on accepte

ainsi des conditions anormales.

Depuis le temps que je suis en Chine et que je rencontre des prêtres

chinois, je n’ai jamais pu m’entretenir seul à seul; le prêtre est toujours

avec son secrétaire… et ce dernier n’est pas seulement là pour prendre

des notes ! Et malgré cette situation de liberté restreinte pour l’Eglise,

c’est extraordinaire de voir qu’elle grandit et se développe. Je dirais que

l’Eglise est même florissante… On a l’impression d’assister en ce moment

à un nouveau printemps de l’Eglise catholique en Chine. C’est ce qui donne

le plus d’espérance pour l’avenir. Quand je vois cette foi profondément enracinée, quand je vois ce qu’ils ont été capables de subir et qu’ils subissent encore, je me dis que pour l’avenir, on n’a pas à se faire de bile,

l’Esprit Saint est à l’oeuvre ! (apic/be)

(Les photos des reportages sur la Chine sont disponibles à l’Agence CIRIC,

tél. 021/27 52 50, à Lausanne, ou chez Jean-Claude Gadmer/CIRIC, tél. 022

34 52 01, à Genève).

6 janvier 1989 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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