L’Angola reçoit dans quelques jours la visite du pape (010692)

APIC-DOSSIER

Un vaste pays, marqué par la colonisation portugaise

et par une cruelle guerre civile de quinze ans

Rome, 1erjuin(APIC) Jean Paul II effectuera sa neuvième visite en Afrique

du 4 au 10 juin prochain. Quatre mois après son voyage au Sénégal, en Gambie et en Guinée, il se rendra pour la première fois en Angola et à Sao Tomé et Principe, une petite République formée de deux îles situées dans

l’Océan Atlantique, à l’ouest de l’Afrique.

Invité depuis 1988, le pape se rend en Angola à un moment crucial de

l’histoire de ce pays martyr. Entre les accords de paix de mai 91 et les

élections prévues pour les 29 et 30 septembre 1992.

Ce vaste pays d’Afrique centrale, à mi-chemin entre l’Equateur et le

tropique du Capricorne, est baigné par l’océan Atlantique, à l’ouest. Il a

comme voisins: le Zaïre, au nord et au nord-est, la Zambie à l’est, et la

Namibie au sud. L’Angola a souvent été victime de convoitises suscitées par

sa richesse. Le fleuve et le pays Zaïre séparent l’enclave pétrolifère de

Cabinda du reste de l’Angola.

D’une superficie de 1’246’700 km2, il compte un peu plus de 10 millions

d’habitants, parmi lesquels près de la moitié sont âgés de moins quinze

ans. Le pays dispose potentiellement de grandes richesses. Ses réserves de

pétrole sont considérables, mais actuellement l’or noir n’est exploité que

dans l’enclave de Cabinda. Le sol contient beaucoup de diamants et il est

suffisamment fertile pour donner des produits d’exportation (café, cacao)

et de consommation interne. La côte maritime est riche en poissons. Mais la

guerre civile a destructuré toute l’économie le pays.

Plus de cinq siècles de dépendance

Le colonialisme du Portugal est antérieur de près d’un siècle à celui de

l’Espagne. Petit pays de deux millions d’habitants à l’époque, le Portugal

s’est lancé dans l’aventure maritime et ses explorateurs ont longé les côtes africaines. Diogo Câo atteint l’embouchure du Zaïre en 1482 et découvre

le puissant Royaume du Congo. Les premiers contacts furent positifs, mais

ensuite, les colons portugais de Sao Tomé (île située dans le golfe de Guinée au large du Gabon) eurent besoin de main d’oeuvre pour leurs plantations et achetèrent des ouvriers noirs au Congo. Ce fut le début du commerce esclavagiste qui fournit pendant plusieurs siècles des travailleurs non

seulement à Sao Tomé mais aussi dans les plantations du Brésil. Ces esclaves provenaient du royaume du Congo, puis du royaume plus méridional de Kibumdu dont le « ngola » (roi) donna son mom à la colonie de l’Angola. Jusqu’à

la fin du 19e siècle, l’Angola fut littéralement pillé de sa main d’oeuvre

saine. Des études sérieuses (cf. Vivant Univers no 286, 1973 p. 7), affirment qu’au total, l’Angola a fourni plus de trois millions d’hommes aux colonisateurs du Brésil.

Une cruelle guerre civile

Très tôt colonisé, l’Angola n’obtint son

indépendance qu’en 1975. Le

pays fut ensuite le théâtre d’une guerre « civile » dans laquelle les grandes

puissances ont joué un grand rôle, à cause notamment de la richesse du pays

et de l’influence de ses voisins (l’Angola jouxte le Zaïre qui exportait

une partie de son cuivre par le chemin de fer de Benguela-Lobito et la Namibie que l’Afrique du Sud gardait jalousement comme bouclier).

Au moment de l’indépendance, trois groupes politiques s’opposaient. Le

MPLA ( qui prendra le pouvoir), animé par des intellectuels « marxistes »; Le

FNLA, allié de Mobutu, mais qui s’évanouit peu à peu; enfin l’UNITA de Jonas Savimbi. Pendant plus de quinze ans, le pouvoir officiel, d’étiquette

marxiste, soutenu par l’URSS et par Cuba, subit les assauts de la guérilla

de l’Unita, encouragée par les Etats-Unis, L’Afrique du Sud et Kinshasa.

L’évolution géo-politique (notamment l’indépendance de la Namibie et l’implosion du monde marxiste) aboutirent en mai 1991 à une réconciliation nationale, que « Le Monde Diplomatique » (mai 1992) estime « imposée par les

puissances extérieures ». Pour le cardinal Alexandre do Nascimento, archevêque de Luanda, « les puissances extérieures doivent cesser leur ingérence et

nous laisser résoudre nos problèmes entre Angolais ». Les armes se sont tues, mais selon le mot des évêques dans une lettre pastorale récente, « on

est encore loin de la paix des coeurs ».

Quoi qu’il en soit des aléas politiques, le pays a énormément souffert

de cette guerre civile. On avance le chiffre de 300’000 tués. Outre les militaires, plusieurs dizaines de milliers de civils, hommes, femmes et enfants. Conséquences de cette guerre: taux élevé de mortalité, non-scolarisation, et un nombre important d’orphelins devenant « enfants des rues ».

Quant aux infrastructures, elles ont été détruites pour un montant estimé à

30 milliards de dollars. Les voies de communication restent impraticables

parce que minées. De son côté, le monde rural vit topujours dans une grande

insécurité.

Et l’Eglise?

Le christianisme, présent en Angola depuis les origines de la colonisation a produit des fruits très divers: dés le premier siècle de l’évangélisation, il y eut un évêque congolais, dom Henrique (+1531) qui résida à

Mbanza Congo. Jean Paul II passera à cet endroit et ne manquera pas sans

doute d’évoquer cette première évangélisation de l’Afrique centrale. Pourtant, cette mission ne donna pas de résultats durables: il s’agissait surtout d’une influence portugaise et côtière et les pratiques esclavagistes

contredisaient les principes chrétiens.

Au moment de l’indépendance de l’Angola, l’Eglise avait encore un visage

très portugais, mais ce sont surtout les options marxistes du gouvernement

qui provoquèrent un conflit entre l’Eglise et l’Etat.

Depuis lors, un réel effort d’indigénisation et d’approfondissement a

été fait par l’Eglise angolaise. Le 500e anniversiare de l’implantation du

christianisme a été célébré dignement et a donné lieu à l’organisation d’un

symposium sur l’évangélisation. Après le départ des Portugais, le nombre de

prêtres a connu une chute libre. Actuellement ils ne sont que 328 (121 diocésains et 207 religieux), mais la communauté chrétienne peut compter sur

les services de nombreux laïcs. La proportion des catholiques avoisine les

50%.

Dans la situation sociale actuelle, l’Eglise pourrait jouer un rôle important. Elle jouit d’un bon capital de confiance et fait l’objet d’une

certaine séduction. Ainsi, l’Etat lui a restitué tous les biens ecclésiatiques saisis depuis l’indépendance.

Sao Tomé et Principe

Ce petit archipel de 970 km2 est indépendant depuis 1975 et compte une

population de 120’000 habitants. En 1990, un changement de régime politique

s’est déroulé dans la paix et la démocratie. Au plan religieux, la population est catholique à 90 %. Sao Tomé est le siège d’un diocèse et son évêque fait partie de la Conférence épiscopale d’Angola et Sao Tomé ». (apiccip/ba)

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