APIC – Interview
« Je préfère écouter plutôt que parler »
Brigitte Muth-Oelschner, agence APIC
Fribourg, 7février(APIC) Avec à peine 43 ans, Mgr Jean-Georges Vogel,
nouvel évêque de Bâle, dont l’élection a été annoncée jeudi dernier, sera
le plus jeune membre de la Conférence épiscopale. Celui qui a choisi comme
devise « la foi par l’écoute » recevra l’ordination épiscopale le lundi de
Pâques à la cathédrale St-Ours de Soleure. Jusqu’à cette date, Mgr Vogel ne
parlera en principe pas publiquement. Il a néanmoins accepté de donner une
interview à l’agence APIC.
APIC: Le processus pastoral actuellement en cours dans le diocèse de Bâle
basé sur les trois principes « voir – juger -agir » est considéré comme un
exemple dans le monde germanophone. Ce concept est-il pour vous un « programme de gouvernement? »
Mgr Jean-Georges Vogel: Ce concept à l’élaboration duquel j’ai participé,
sera travaillé cette année dans tous les cours de formation continue et par
là sera connu dans tous les décanats. J’espère vivement que les expériences
rassemblées ainsi invitent à poursuivre le travail avec cet instrument. Les
trois étapes « Voir -juger -agir » nous permettent d’abord d’analyser
fondamentalement les problèmes existants avant de chercher des solutions.
APIC: Mais ce travail mené en groupe n’est-il pas trop exigeant au point de
vue du temps et parfois aussi trop minutieux?
JGV: Cela peut apparaître ainsi, mais je ne vois pas d’autres possibilités
pour un travail qui ne veut pas rester superficiel. Nous devons trouver la
manière d’apprendre ensemble. Si ce processus interne ne donne rien nous
préparerons sans doute un autre papier, mais cela ne changera pas notre
agir.
APIC: On trouve dans l’Eglise des gens qui restent attachés à une forme de
piété qui fait plutôt vibrer les valeurs touchant les sentiments. L’Eglise
post-conciliaire en tient-elle compte?
JGV: C’est une question importante dont il faudra s’occuper à l’avenir. Les
valeurs ne peuvent se transmettre que dans des communautés qui les vivent
et les propagent. Cela ne sert à rien de lire un livre de prescritions morales. Les valeurs doivent être transmises par un contact humain, direct. A
ce propos il me semble important de former des communautés avec des jeunes
au sein des paroisses ou des décanats.
APIC: Avez-vous des exemples concrets?
JGV: Il existe de nombreux modèles divers dans les paroisses et j’aimerais
les connaître. Mais très concrétement, dans ma paroisse Ste-Marie à Berne,
nous avons mis sur pied avec la paroisse protestante un projet de semaine
biblique avec les enfants. Nous expérimentons comment le message et les figures bibliques peuvent être assimilés. Cela ressort de l’agir et de l’expérience communautaire.
APIC: En tant que futur évêque de Bâle, vous avez déjà pris position sur la
place des femmes dans l’Eglise. Que comptez-vous faire pour ces femmes
’bonnes catholiques’ qui souvent après des années de déception quittent
discrètement l’Eglise?
JGV: C’est un problème très grave et je sais qu’il concerne beaucoup de
femmes. Grave parce-qu’il s’agit souvent de blessures, c’est pourquoi ces
femmes se retirent. Je n’ai pas de recette éprouvée. Jusqu’à maintenant
j’ai essayé d’écouter les voix de ces femmes et de les prendre au sérieux.
J’espère beucoup que cela changera avec le temps. Pour moi l’écoute est importante. Je préfère écouter plutôt que parler.
APIC: Comme ancien sous-directeur du séminaire, la formation des prêtres
vous tient à coeur?
JVG: Dans tous les cas le contact avec les étudiants sera pour moi un point
clé. Je désire être le plus souvent possible avec eux et les connaître un
peu plus personnellement afin qu’ils sentent l’intérêt que je leur porte, à
eux, et à leur cheminement.
APIC: Vous serez évêque de Bâle, mais aussi évêque de l’Eglise universelle.
Comment l’être à un moment où les Suisses ont tendance à se « regarder le
nombril »?
JGV: Je vois effectivement un grand danger dans cette attitude. Je trouve
très important d’avoir des contacts avec l’Eglise universelle. Je ne pense
pas seulement à Rome mais aussi aux diocèses voisins. Notre diocèse doit se
sentir en communion avec les Eglises de l’Est et celles du tiers monde afin
d’élargir notre regard. Sinon nous parlerons bientôt de « sonderfall » pour
le diocèse de Bâle.
APIC: En général on dit que les structures et l’exercice du pouvoir transforment les hommes. Allez-vous changer?
JGV: Reposez-moi la question dans dix ans. Néanmoins c’est une chose qui
donne à penser et pour laquelle j’ai un peu peur. Je vois surtout la possiblité de collaborer suffisammment bien avec des personnes qui puissent me
dire franchement: « Tu n’es plus Jean-Georges Vogel ».
APIC: Comment occuper vous vos loisirs?
JGV: J’aime bien me promener. Cela me fait du bien de me déplacer en pleine
nature. J’espère pouvoir continuer à le faire.
APIC: Vos déclarations donnent l’impression que vous insistez sur la notion
d’évêque frère de la communauté plutôt que d’accentuer la notion de père.
Vous insistez sur l’esprit d’équipe?
JGV: Oui, je me trouve soumis à une tension. D’un côté, je veux être vraiment un frère qui fait le chemin avec ses frères. D’un autre, je ne peux
pas me dérober à mes responsabilités. J’espère beaucoup que dans la manière
dont je prendrai les décisions on sente clairement que je vis cette fraternité. (apic/oe/mp)
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