Le P. Legrand exprime des craintes et un espoir pour l’oecuménisme
Paris, 1erjuin(APIC) La lettre apostolique du pape Jean Paul II «Ordinatio sacerdotalis» aura de lourdes conséquences sur le dialogue avec les autres Eglises chrétiennes. Tel est l’avis exprimé dans «La Croix» par le Père Hervé Legrand, professeur à l’Institut Catholique de Paris, interrogé
par Bruno Chenu. Le dominicain garde l’espoir, et il met en garde contre la
tentation de minimiser ou d’exagérer la portée du document. Cela serait,
dit-il, désobéir au Magistère en ne respectant pas le véritable poids qu’il
a voulu donner à sa prise de parole.
Aux yeux du P. Legrand, de sérieuses tensions avec les protestants et
les anglicans sont à prévoir. Plus profondément, «c’est le statut même du
dialogue officiel, noué depuis Vatican II avec l’ensemble des Eglises de la
Réforme, qui risque d’être questionné», dit-il. Si les catholiques doivent
penser, avec le pape, que l’Eglise ne peut ordonner des femmes prêtres, en
raison de sa «constitution divine», les autres Eglises ne vont-elles pas en
conclure que l’Eglise catholique ne peut plus envisager «l’unité visible»
avec elles, telles qu’elles sont?
Le P. Legrand observe qu’à travers la Déclaration de la Congrégation
pour la Doctrine de la foi de 1976, Paul VI n’avait pas engagé définitivement l’autorité du Magistère papal, et que «cette fois c’est fait, mais
sans recours à l’autorité dernière». Cette réserve risque malheureusement
de ne pas être immédiatement perçue par les chrétiens de la Réforme, si
bien que «pour faciliter la réception exacte de ce document, il importe
donc beaucoup que les protestants se rendent compte rapidement qu’il n’est
pas la promulgation d’un nouveau dogme».
Le P. Legrand s’en explique: le pape rend publique sa décision par une
Lettre apostolique, type de document que les Actes du Saint-Siège classent
toujours après les encycliques. Aux critères ordinaires d’interprétation
des documents du magistère, il ne s’agit pas d’une décision infaillible. Il
est très probable, dit-il, que l’enseignement proposé par la lettre «Ordinatio sacerdotalis» appartienne à une catégorie de vérité, prévue par la
nouvelle profession de foi de 1989, que le P. U. Betti, consulteur de la
Congrégation pour la doctrine de la Foi et recteur du Latran, appelle «les
vérités qui sont proposées par l’Eglise de manière définitive, mais non pas
comme divinement révélées». Le théologien n’en conclut pas que le prochain
pape pourrait revenir sur cet enseignement. Il ajoute: «Je ne peux pas non
plus minimiser le document sous prétexte qu’il n’est pas infaillible.
Sans se leurrer sur ce qui précède et sans leurrer nos frères de la Réforme, il reste nécessaire de constater que catholiques, anglicans et luthériens notamment ont pu se donner l’unité visible comme but de leurs dialogues officiels, tout en étant parfaitement conscients, de part et d’autre, de ce que représentent la primauté de juridiction du pape et son magistère infaillible; ce sont là des dogmes et des dogmes qui concernent la
constitution divine de l’Eglise.» Le P. Legrand poursuit: «Pourquoi, dès
lors, la lettre «Ordinatio sacerdotalis», qui n’a certainement pas aux yeux
de Jean-Paul II le même poids dogmatique que les définitions de Vatican I,
devrait-elle changer le statut ou même ralentir un dialogue qui a plus progressé au cours du dernier quart de siècle que durant les quatre siècles
précédents?
Si nous tenons en commun qu’une nouvelle réception de Vatican I est possible, a fortiori cela devrait l’être aussi, selon des voies connues de
Dieu, d’un document de bien moindre portée dogmatique, comme la lettre.» Le
théologien de l’Institut Catholique de Paris garde donc espoir. Et il croit
à la sincérité du voeu exprimé dans le commentaire qui accompagne la lettre, à savoir que le document «donne l’occasion à tous les chrétiens d’approfondir l’intelligence de l’origine et de la nature théologique du ministère épiscopal et sacerdotal conféré par le sacrement de l’Ordre». Et le P.
Legrand de conclure: «Tout commentaire catholique qui minimiserait ou exagérerait la portée de cette lettre ne renforcerait pas l’espoir. De surcroît, il serait également une désobéissance au magistère en ne respectant
pas le véritable poids qu’il a voulu donner à sa prise de parole. (apiccip/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/france-ordinatio-sacerdotalis-010694/