LA SITUATION DIFFICILE DES NON-MUSULMANS A SARAJEV0 ENI-94-0054çF
catholique romain de Sarajevo, la capitale bosniaque est devenue «une ville
entièrement sous contrôle musulman», ce qui place les habitants non
musulmans dans une situation difficile.
«Le gouvernement de la ville a interdit l’alcool à la demande des chefs
musulmans. Les écoliers doivent apprendre l’arabe comme première langue
étrangère, à la place de l’anglais, du franc,ais ou de l’allemand», a
expliqué l’archevêque Vinko Puljic lors d’une interview accordée au
correspondant de l’ENI.
L’archevêque Puljic a réclamé les mêmes droits pour tous les groupes
ethniques de Bosnie-Herzégovine.
«Ce qúil nous faut, c’est un système politique qui permette à chaque
communauté ethnique de préserver son identité», a-t-il déclaré.
Le cardinal Puljic a également dit au journaliste qúil croyait que les pays
occidentaux étaient «assez contents» de voir la guerre se poursuivre dans
les Balkans.
La Fédération des musulmans et des croates en Bosnie, même si elle n’est
«pas une solution heureuse», est «la seule qui ait un certain avenir», a
dit l’archevêque. Selon lui, le succès de celle-ci dépendra de son
acceptation par les autorités militaires et civiles locales, et de la
pression des Etats-Unis, qui ont élaboré ce plan au début de l’année.
«C’est peut-être parce que j’ai le coeur brisé que je m’exprime ainsi, mais
j’ai l’impression que les pays occidentaux sont assez contents que cette
guerre se poursuive», a souligné l’archevêque.
L’annulation de la visite du pape Jean-Paul II à Sarajevo en septembre a
provoqué un «nouveau sentiment d’insécurité», a ajouté l’archevêque qui
estime peu «réaliste» d’envisager une visite du pape à Sarajevo dans un
proche avenir.
Il a déclaré ignorer les raisons qui ont poussé le patriarche Pavle,
responsable de l’Eglise orthodoxe serbe, à inviter le pape à participer à
des prières oecuméniques pour la paix à Sarajevo, au printemps dernier.
«Je crois pour ma part qúune telle rencontre devrait être soigneusement
préparée – et surtout si c’était pour en retirer des avantages pratiques
devant une assistance nombreuse», a continué l’archevêque Puljic. «Ce ne
devrait pas être juste une réunion de responsables religieux, mais une
démarche destinée à influencer le cours des événements.»
L’archevêque Puljic, âgé 49 ans, originaire de Banja-Luka, nommé à la tête
de l’archidiocèse catholique romain de Bosnie en décembre 1990, a prédit
qúil serait difficile pour les musulmans de Sarajevo d’accepter une
invitation orthodoxe, étant donné qúils «reprochent aux évêques serbes de
collaborer avec les agresseurs et de ne pas condamner les crimes de guerre
commis par les Serbes».
Il a précisé que les politiciens musulmans locaux avaient appuyé le refus
de l’imam Mustafa Ceric, chef musulman de la capitale bosniaque, d’assister
à une rencontre de prières à l’aéroport avec le patriarche orthodoxe russe,
Alexis II, et le cardinal Franjo Kuharic de Zagreb en mai dernier.
«Il est difficile de dire jusqúà quel point cette attitude reflète
l’opinion publique des musulmans de Sarajevo», a poursuivi l’archevêque,
«mais cette rencontre n’était rien de plus qúune occasion de prendre des
photos et, de toute fac,on, elle n’a débouché sur aucun résultat pratique.»
L’archevêque Puljic a ajouté que les responsables religieux ne pouvaient
avoir qúune influence «restreinte sur les politiciens et les chefs
militaires». Les responsables religieux «n’ont aucun média à leur
disposition, et leurs voix ne peuvent être entendues», a-t-il dit.
Il croit que des progrès pourraient être accomplis si chaque partie
acceptait de recommencer à partir «de là o# nous sommes d’accord, dans le
respect des traditions, des valeurs et des besoins de l’autre».
«Si nous reconnaissons et acceptons nos bases communes, nous arriverons à
régler les problèmes qui nous divisent.» (649 mots)
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