Varsovie, le 28 octobre (ENIçJonathan Luxmoore) – Pour l’archevêque

LA SITUATION DIFFICILE DES NON-MUSULMANS A SARAJEV0 ENI-94-0054çF

catholique romain de Sarajevo, la capitale bosniaque est devenue «une ville

entièrement sous contrôle musulman», ce qui place les habitants non

musulmans dans une situation difficile.

«Le gouvernement de la ville a interdit l’alcool à la demande des chefs

musulmans. Les écoliers doivent apprendre l’arabe comme première langue

étrangère, à la place de l’anglais, du franc,ais ou de l’allemand», a

expliqué l’archevêque Vinko Puljic lors d’une interview accordée au

correspondant de l’ENI.

L’archevêque Puljic a réclamé les mêmes droits pour tous les groupes

ethniques de Bosnie-Herzégovine.

«Ce qúil nous faut, c’est un système politique qui permette à chaque

communauté ethnique de préserver son identité», a-t-il déclaré.

Le cardinal Puljic a également dit au journaliste qúil croyait que les pays

occidentaux étaient «assez contents» de voir la guerre se poursuivre dans

les Balkans.

La Fédération des musulmans et des croates en Bosnie, même si elle n’est

«pas une solution heureuse», est «la seule qui ait un certain avenir», a

dit l’archevêque. Selon lui, le succès de celle-ci dépendra de son

acceptation par les autorités militaires et civiles locales, et de la

pression des Etats-Unis, qui ont élaboré ce plan au début de l’année.

«C’est peut-être parce que j’ai le coeur brisé que je m’exprime ainsi, mais

j’ai l’impression que les pays occidentaux sont assez contents que cette

guerre se poursuive», a souligné l’archevêque.

L’annulation de la visite du pape Jean-Paul II à Sarajevo en septembre a

provoqué un «nouveau sentiment d’insécurité», a ajouté l’archevêque qui

estime peu «réaliste» d’envisager une visite du pape à Sarajevo dans un

proche avenir.

Il a déclaré ignorer les raisons qui ont poussé le patriarche Pavle,

responsable de l’Eglise orthodoxe serbe, à inviter le pape à participer à

des prières oecuméniques pour la paix à Sarajevo, au printemps dernier.

«Je crois pour ma part qúune telle rencontre devrait être soigneusement

préparée – et surtout si c’était pour en retirer des avantages pratiques

devant une assistance nombreuse», a continué l’archevêque Puljic. «Ce ne

devrait pas être juste une réunion de responsables religieux, mais une

démarche destinée à influencer le cours des événements.»

L’archevêque Puljic, âgé 49 ans, originaire de Banja-Luka, nommé à la tête

de l’archidiocèse catholique romain de Bosnie en décembre 1990, a prédit

qúil serait difficile pour les musulmans de Sarajevo d’accepter une

invitation orthodoxe, étant donné qúils «reprochent aux évêques serbes de

collaborer avec les agresseurs et de ne pas condamner les crimes de guerre

commis par les Serbes».

Il a précisé que les politiciens musulmans locaux avaient appuyé le refus

de l’imam Mustafa Ceric, chef musulman de la capitale bosniaque, d’assister

à une rencontre de prières à l’aéroport avec le patriarche orthodoxe russe,

Alexis II, et le cardinal Franjo Kuharic de Zagreb en mai dernier.

«Il est difficile de dire jusqúà quel point cette attitude reflète

l’opinion publique des musulmans de Sarajevo», a poursuivi l’archevêque,

«mais cette rencontre n’était rien de plus qúune occasion de prendre des

photos et, de toute fac,on, elle n’a débouché sur aucun résultat pratique.»

L’archevêque Puljic a ajouté que les responsables religieux ne pouvaient

avoir qúune influence «restreinte sur les politiciens et les chefs

militaires». Les responsables religieux «n’ont aucun média à leur

disposition, et leurs voix ne peuvent être entendues», a-t-il dit.

Il croit que des progrès pourraient être accomplis si chaque partie

acceptait de recommencer à partir «de là o# nous sommes d’accord, dans le

respect des traditions, des valeurs et des besoins de l’autre».

«Si nous reconnaissons et acceptons nos bases communes, nous arriverons à

régler les problèmes qui nous divisent.» (649 mots)

R

28 octobre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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