Joseph Zisyadis, Conseiller d’Etat vaudois (210896)

APIC – interview

Chrétien et marxiste… En attendant de redevenir pasteur

Jacqueline Forster-Zigerli, pour l’agence APIC

Lausanne, 21août(APIC) Il s’engage à developper l’enseignement religieux

à l’école. Il redeviendra peut-être pasteur un jour… se dit marxiste. Et

tend à le démontrer en versant les deux-tiers de son salaire à la caisse de

son Parti. Joseph Zisyadis est un Conseiller d’Etat vraiment atypique. Activiste religieux, militant révolutionnaire, assis aujourd’hui dans un fauteuil gouvernemental. Rencontre avec un homme au parcours original.

APIC: Vous êtes revenu à 40 ans dans l’Université que vous aviez quitté il

y a 18 ans. Pour y passer une licence en théologie. Pourquoi?

Joseph Zisyadis: Je comptais terminer mes études à l’âge de 22 ans. Mais

j’ai commencé à travailler comme pasteur de rue à Paris. Une activité qui

m’a complètement absorbé. Cela correspondait à mon caractère et à mon tempérament: vouloir accomplir ma tâche à fond et oublier le reste autour de

moi. Le thème de mon mémoire de licence, christianisme et marxisme, m’a néanmoins toujours préoccupé. C’est un fil rouge dans ma vie. C’est pour cela

que j’ai voulu terminer mes études.

Il y a une seconde raison: Je n’imagine pas demeurer un politicien toute

ma vie. Je n’exclus pas de reprendre un jour un poste de pasteur.

APIC: Les scénarios dénoncés par Marx son aujourd’hui à nouveau d’une brûlante actualité: pertes des postes de travail, remplacement de l’homme par

la machine, maximalisation du profit aux dépends du salarié. N’est-ce pas

là une actualité qui vous a motivé?

JZ: Non pas directement. En tant que croyant j’ai adhéré très tôt au Parti

du travail qui se base sur des principes athées. Cette opposition m’a toujours fasciné. Je n’ai jamais cessé de m’interroger sur ces questions.

APIC: Comment peut-on être théologien chrétien et membre du Parti du travail? N’y a-til pas contradiction?

JZ: Dans les années 20 ou 30, cela aurait été une contradiction. Cette époque est aujourd’hui dépassée. Pensez uniquement à la théologie de la libération en Amérique latine. Ces gens mènent un combat politique engagé. En

même temps ils reconnaissent dans le marxisme la possibilité de remettre en

question leur propre foi et de la renouveler. Ce que le marxisme m’a aussi

permis de faire. J’ai toujours questionné ma foi «traditionnelle» et je reconnais que les théories de Marx dans le domaine de la critique de la société sont tout à fait fondées.

APIC: Votre travail de licence s’intitule: «Confrontation entre christianisme et marxisme: Etat des lieux». Expliquez-nous…

JZ: Il y a des points de rencontres. Par exemple la fraternité humaine.

Aussi bien dans le christianisme que dans le marxisme, il y a la volonté de

fonder une communauté humaine où chacun puisse avoir sa place. Personne ne

doit être détruit par des pouvoirs extérieurs comme l’économie. L’homme se

situe au centre. Un autre point de convergence est l’utopie. Les deux modes

de pensée contiennent une anticipation de l’avenir. Les deux souhaitent un

monde réconcilié, sans différence de classes.

Le changement d’orientation entre la société et l’individu m’a aussi intéressé. Par le changement de la société, Marx voulait amener une amélioration pour l’individu. Mais on peut aussi voir la chose de manière inverse.

APIC: D’où est né l’intérêt que vous portez aux questions de foi et de

théologie?

JZ: Cela tient à l’histoire de ma vie. Je suis né à Istanbul, fils de parents grecs. En 1963, nous avons immigré en Suisse où nous nous sommes convertis au protestantisme. Je suis devenu théologien parce que je suis chrétien. Cette foi m’a aussi conduit à la politique. La foi peut changer l’individu. La politique peut changer la société

APIC: Ancien pasteur de rue à Paris, restaurateur à Lausanne, Conseiller

national, aujourd’hui Conseiller d’Etat. Où se situe le théologien dans

tout cela?

JZ: Le théologien a toujours été présent. Je me suis aussi engagé dans divers milieux d’Eglise. Malheureusement je n’ai plus le temps de le faire.

Aujourd’hui la poésie m’accompagne constamment et me conduit à la méditation. En particulier les poèmes de Pablo Neruda et des auteurs grecs.

APIC: Beaucoup de gens ont perdu la foi, même s’ils semblent chercher un

sens à leur vie…

JZ: Notre société manque d’un message spirituel. Cela commence déjà à

l’école. Qu’est ce qui est offert dans les courts de religion? Une information approfondie sur les religions mondiales, sur les sectes; une discussion sur les questions spirituelles manquent. Cela n’étant pas fait, les

gens se tournent de plus en plus vers des groupes douteux. C’est pourquoi

je m’engage pour une éducation religieuse intensive à l’école.

APIC: En tant que Conseiller d’Etat vous faites partie de la classe «dominante». Comment le marxiste Zisyadis vit-il cela?

JZ: Très bien. Pour moi il n’y a pas d’opposition. C’est le peuple qui m’a

élu. Certes je me suis engagé pour mon élection. Je crois vraiment en mes

idées. Je veux les mettre en pratique. Mon poste n’est pas un oreiller de

paresse. Ce n’est pas non plus pour moi une question de carrière. Je le

vois en premier lieu comme un service à la communauté. De mon traitement de

Conseiller d’Etat, je ne garde que 6’000 francs par mois, les 14’000 autres

francs vont dans la caisse du Parti du travail. (apic/mp)

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