APIC- Interview
«Sans exigences, une Eglise ne peut survivre»
Par Joseph Bossart, de l’Agence APIC
Berne, 5septembre(APIC) «L’ordination des femmes est une question qui
porte en elle un formidable potentiel de division», estime Mgr Hans Gerny,
59 ans, évêque des catholiques-chrétiens de Suisse depuis dix ans. A la
veille du «christkatholischer Kirchentag», la journée de l’Eglise
catholique-chrétienne qui aura lieu samedi 8 septembre à Olten, il aborde
les problèmes actuels de son Eglise, le sacerdoce des femmes, le
recrutement de nouveaux membres, les difficultés des Eglises dans un monde
en mouvement. Interview d’un pasteur engagé.
APIC: L’Eglise catholique-chrétienne ne compte que 14’000 membres. Ne
craignez-vous pas pour la survie de votre Eglise?
Mgr Hans Gerny: Il est de plus en plus difficile de trouver des personnes
qualifiées pour prendre des responsabilités dans notre Eglise. La
difficulté se produit lorsqu’une Eglise compte trop peu de personnes
socialement fortes pour porter les plus faibles. Une Eglise doit conserver
un profil clair et ne pas essayer de «manger à tous les râteliers».
APIC: Une Eglise au profil clair n’est-elle pas le contraire d’une Eglise
proche des gens?
HG: Une Eglise ne peut survivre sans exigences. Aussi bien sur le plan
éthique que sur le plan de la préparation aux sacrements. Nous devrions
être plus courageux. Mais pour une minorité comme la nôtre, le courage est
plus difficile car des peurs surgissent. Pouvons-nous encore perdre des
croyants, alors que nous sommes déjà si peu nombreux? On ne peut poser des
exigences que si l’on a quelque chose à offrir. Et sur ce point les Eglises
sont déficitaires aujourd’hui.
APIC: Quels sont vos soucis concrets actuellement?
HG: L’enracinement des jeunes générations dans les communautés et les
églises a manifestement diminué. Les jeunes croyants s’engagent beaucoup
moins ou alors plus volontiers au WWF ou auprès d’organisations similaires.
La situation de diaspora de notre Eglise m’inquiète également. Mon autre
souci porte sur les jeunes générations: comment les motiver pour qu’elles
s’engagent comme prêtres dans notre Eglise? Toute une génération de prêtres
a disparu en quelques années.
APIC: Envisagez-vous d’engager des prêtres à temps partiel ?
HG: Pour les ministères à temps partiel, nous voulons des théologiens
formés qui exercent un second emploi et non des prêtres «à la petite
semaine». Le premier avantage est d’ordre financier, car les petites
communautés ne peuvent supporter matériellement un plein salaire. Second
avantage: les personnes travaillant à l’extérieur permettent à l’Eglise de
sortir de son domaine clos et de se confronter à d’autres réalités.
APIC: Vos prêtres peuvent se marier. Une raison pour des prêtres
catholiques-romains de passer dans votre Eglise?
HG: Il arrive, mais pas très souvent, que des prêtres catholiques-romains
nous rejoignent. Mais passer chez nous simplement pour pouvoir se marier
n’est pas un motif suffisant. Le célibat est une affaire disciplinaire sans
rapport avec la foi. La conversion à une Eglise est un acte de foi. Les
difficultés liées au célibat sont comparables aux difficultés de la
fidélité conjugale: les deux sont à mettre en lien avec la capacité en
notre époque à rester fidèle à un engagement pris dans ses jeunes années.
La vie célibataire a des avantages non négligeables: certains de nos
prêtres vivent le célibat pour des raisons diverses.
APIC: L’Eglise catholique-chrétienne d’Allemagne a ordonné pour la première
fois des femmes, à Pentecôte. Qu’en pensent les catholiques-chrétiens de
Suisse?
HG: Notre synode national a décidé de ne pas introduire l’ordination des
femmes dans une démarche isolée, mais en responsabilité commune avec les
autres Eglises catholiques-chrétiennes. Car la question porte en elle un
formidable potentiel de division. C’est pourquoi elle nécessite le
consensus de toute l’Eglise. Actuellement l’Union d’Utrecht qui regroupe
les Eglises catholiques-chrétiennes d’Europe et d’Amérique du Nord a engagé
une grande discussion à ce sujet: l’ordination des femmes a-t-elle quelque
chose à voir avec la foi – position des Eglises américaines – ou n’est-ce
qu’un problème de droit canonique, comme l’estiment les Eglises allemandes?
APIC: L’ordination des femmes peut-elle régler la question du
renouvellement?
HG: La question principale est de savoir comment l’Evangile doit être
répandu dans le monde. L’argument d’ordonner les femmes pour résoudre le
problème de la relève me paraît inapproprié. Car dire «nous ordonnons des
femmes car il n’y a plus d’hommes», c’est créer une nouvelle discrimination
à l’égard des femmes. (apic/traduction B. Litzler)
ENCADRE
14’000 catholiques-chrétiens en Suisse
Les catholiques-chrétiens de Suisse sont environ 14’000, encadrés par
une trentaine de prêtres. Le nord-ouest de la Suisse (Vallée de Laufon,
Bâle, Fricktal) et le pied du Jura de Bienne à Aarau ainsi que les villes
de Bâle, Berne et Zurich constituent des lieux de forte implantation de
cette Eglise. D’importantes communautés de diaspora existent également dans
les cantons de Zurich, des Grisons, du Tessin et de Genève.
Les premiers catholiques-chrétiens (ou vieux-catholiques) se sont élevés
contre le dogme de l’infaillibilité pontificale, proclamé au Concile
Vatican I en 1870. Exclus de l’Eglise catholique romaine, ils organisèrent
en 1872 leur propre Eglise en Suisse. En 1876, le Conseil fédéral les
autorisa à fonder un diocèse suisse.
Les Eglises catholiques-chrétiennes rassemblent 100’000 fidèles dans le
monde, grâce à leur fusion avec l’Eglise d’Utrecht, autre Eglise séparée de
Rome au XVIIIe siècle. Elles comptent aujourd’hui quinze évêchés à travers
le monde.
L’organe législatif suprême de l’Eglise suisse, structurée
démocratiquement sur le principe épiscopal-synodal, est le synode national.
Il élit le synode et le conseil synodal comme organe exécutif.
(apic/job/bl)
Des photos de Mgr Hans Gerny sont à votre disposition auprès de l’Agence
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