Copenhague: aider les victimes de la torture à revivre (180893)

APIC – Dossier

Le Centre de réadaptation et de recherche pour les victimes de la torture

Fribourg, 18août (Maurice Page/APIC) Les médecins soignant des réfugiés

chiliens et grecs à la fin des années 70, s’aperçurent qu’au delà des séquelles physiques, les conséquences psycholiques de la torture étaient

souvent beaucoup plus graves et beaucoup plus durables. Les organisations

de défense des droits de l’homme ont cherché calors les moyens de venir en

aide à ces victimes. La création en 1982 à Copenhague du Centre de réadaptation et de recherche pour les victimes de la torture fut une première

dans ce domaine. Le numéro d’avril 1993 de la revue du Haut-Commissariat

pour les réfugiés « Réfugiés » relate l’activité du centre danois.

Aujourd’hui le CRT occupe 80 personnes et les chercheurs ont pu venir en

aide à des survivants de la torture provenant de 47 pays. En 10 ans, le

Centre a accumulé une expérience irremplaçable et la plus grande bibliothèque du monde sur le sujet.

Le groupe danois a commencé son travail à partir de rien. Aucune étude

médicale systématique n’avait alors été consacrée à l’évaluation des séquelles physiques et psychologiques de la torture. La première découverte

fut que la torture est non seulement insupportable, perverse et abjecte,

mais qu’elle continue de hanter les survivants pendant des années. Il importait donc de trouver le moyen de leur venir en aide.

La seconde constatation fut que la torture ne visait pas prioritairement

à obtenir des renseignements, mais plutôt à briser la personnalité de la

victime. Les cibles des tortionnaires sont en effet de préférence de fortes

personnalités, des individus qui ont la force de combattre l’oppression,

syndicalistes, politiciens, défenseurs des droits de l’homme, membres de

minorités ethniques etc. Mais la découverte capitale de toutes ces recherches a été que les bourreaux ont tort d’affirmer que leurs victimes sont

brisées pour toute leur vie. On peut les aider.

De terribles sentiments de culpabilité

Curieusement, la torture peut engendrer de terribles sentiments de culpabilité. Simplement par exemple par le fait d’avoir survécu alors que

d’autres sont morts ou encore par le fait d’avoir livré des informations

qui ont pu nuire à d’autres personnes. Les victimes peuvent présenter des

troubles les plus divers: anxiété, trous de mémoire, dépression, manque de

respect de soi, dédoublement de la personnalité, cauchemars, maux de tête, troubles sexuels ou simplement une fatigue excessive.

Dès sa création, le CRT a eu pour objectif de rééduquer ces personnes et

d’informer les responsables de la santé sur la manière de traîter les victimes de sévices. L’intérêt suscité par cette démarche a permis la création

en 1988 du Conseil international de réadaptation pour les victimes de la

torture (CIRT) pour élargir cette démarche sur le plan international.

Au CRT, le travail de rééducation repose sur quelques principes de base.

Le traitement des symptômes physiques et psychologiques doit être simultané. Il s’agit ensuite de respecter l’individu et de lui inspirer confiance,

en évitant par exemple toute situation qui pourrait lui rappeler un interrogatoire, telle une longue attente dans un local fermé; ou encore en expliquant exactement des traitements tels qu’un électrocardiogramme, un encéphalogramme ou un acte chirurgical. Enfin un strict secret professionnel

doit être garanti.

J’étais une victime, je suis un survivant

Le modèle de psychothérapie développé au CRT part du postulat que la

victime doit être capable d’affronter et de surmonter ses traumatismes en

ramenant ses émotions à la conscience, en les réintégrant comme un événement du passé. La première phase consiste à reconstituer l’histoire du patient et à expliquer comment les signes et les symptômes du corps et de

l’esprit peuvent être liés à la mémoire de la torture. Le survivant commence à évoquer sa vie avant la torture et parvient graduellement au jour de

l’arrestation. Dans la phase émotive, alors que le patient se souvient des

séances de torture, la présence des émotions refoulées devient claire. Dans

la phase de réintégration, le survivant envisage progressivement ses épreuves sous un jour nouveau. Il comprend que ses réactions étaient celle d’un

être humain normal. Il devient capable alors d’évoquer ses tortures sans

ressentir de bouleversement émotionnel.

Après une trentaine de séances en moyenne, le survivant parvient à retrouver un comportement normal. Dans certains cas cependant, cette démarche

thérapeutique n’est pas posible. On s’oriente alors vers un traitement

d’appoint basé sur l’intrégration sociale, la formation, les langues,

l’éducation artistique, le jeu, ou encore une thérapie familiale ou de

groupe. Très souvent ces diverses formes de traitement se complètent.

« Je regarde l’avenir avec espérance plutôt qu’avec désespoir. Je n’oublierai peut-être jamais, mais je n’ai pas besoin de me souvenir constamment. J’étais une victime, je suis un survivant », écrit dans un poème Frank

Ochberg, un médecin américain qui résume ainsi parfaitement le programme

d’éducation du CRT. (apic/mp)

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