APIC – Interview
des soeurs de l’Annonciation de Bobo, au Burkina Faso (150893)
La vie religieuse n’est pas un refuge
Alexis Dembelé pour l’agence APIC
San/Mali, 15août(APIC) « Non, la vie religieuse en Afrique n’est pas un
refuge », telle est la conviction de APIC – Interview depuis un an des Soeurs de l’Annonciation de Bobo au Burkina Faso.
Soeur Marie-Cécile insiste sur une formation humaine et spirituelle solide
pour une vie religieuse enracinée dans le quotidien des Africains.
APIC: Parlez nous de la fondation de la Congrégation des soeurs de l’Annonciation de Bobo.
Soeur Marie-Cécile: C’est un institut de droit diocésain, fondé en 1944 par
Mgr André Dupond, un évêque missionnaire français. Les premières professes
étaient au nombre de cinq. Nos formatrices ont été les soeurs blanches de
1945 à 1966. En 1968, nous avons pris notre autonomie par l’élection de la
première supérieure générale africaine, Soeur Marie-Bernadette. Je suis
moi-même dans la communauté depuis 1957.
APIC: Comment se porte la Congrégation aujourd’hui?
Sr M.C: Elle se développe. Présentement, nous sommes 156 religieuses, la
moitié d’aînées, la moitié de jeunes. Les débuts ont été difficiles. Il
était inconcevable il y a quelques années que des filles burkinabées, maliennes ou ivoiriennes quittent comme cela la maison pour se faire religieuses. Beaucoup de familles s’en étonnaient. Certaines ont rejeté leur
fille comme traîtresse parce qu’elle ne mettrait pas d’enfants au monde.
Aujourd’hui avec le développement de la foi chrétienne, les parents acceptent plus facilement de laisser partir leur fille pour le service du Seigneur. Dans notre institut, le nombre des professions est remonté sensiblement après 1975, avec un maximum de 16 engagées en 1985. Depuis lors, nous
accueillons chaque année 7 à 10 jeunes filles. Cette évolution nous surprend de façon agréable.
APIC: Quelle formation donnez-vous à ces candidates?
Sr M.C: Nous tenons à ce que les jeunes soient d’abord formées humainement.
Ainsi nous leur faisons suivre, comme pour les autres jeunes filles de leur
âge, des cours classiques. Celles qui penchent vers la technique, la couture, la cuisine, le tricot, trouvent aussi leur filière. Au bout de quatre
ans, la jeune fille demande à entrer au postulat ou fait un autre choix.
Pour toutes ces aspirantes, nous insistons sur la formation chrétienne
de base: la vie de prière, la vie sacramentelle, les vertus théologales.
Chaque classe est suivie par une religieuse. La vie d’équipe est effective
à travers les animations.
APIC: Ne vous accuse-t-on pas de prendre de très jeunes filles et de vouloir à tout prix qu’elles deviennent soeurs?
Sr M.C: C’est une option pour nous qui travaillons pour la promotion de la
jeunesse. A partir de 12 ans et même avant, on peut déjà sentir une vocation. Nous voulons aider celles qui sont de bonne volonté pour pouvoir répondre à un appel. A lieu de laisser ces jeunes dans leur milieu où il est
difficile d’être formé humainement et spirituellement, nous les accueillons.
APIC: Quelles sont les activités des religieuses?
Sr M.C: Selon nos constitutions, nous sommes des soeurs africaines, fondées
dans une Eglise locale. Nous venons en appui aux agents pastoraux. Comme
Marie de l’Annonciation, notre objectif est de donner Jésus au monde. Nous
n’avons pas d’oeuvre spécifique, nous accomplissons les tâches que les divers diocèses nous confient: centres ménagers, collèges, catéchèse, centres
de santé, protection des mères et des enfants, promotion de la femme…
APIC: Quel sont les domaines prioritaires?
Sr M.C: La formation de nos religieuses est une urgence. Plus de trente
soeurs sont aux études en Europe ou ici en Afrique. Il y a de plus en plus
besoin d’assitantes sociales, mais les domaines de la théologie et du secrétariat sont importants aussi.
APIC: En 1994 se tiendra le synode romain sur la vie religieuse. Comment
vous y préparez vous?
Sr M.C: Les Occidentaux pensent parfois que c’est une promotion sociale
pour nous d’entrer dans la vie religieuse ou un moyen d’échapper au joug de
l’homme. Non ce n’est pas un refuge. Comme religieuses africaines, nous
avons des défis à relever. L’Africain est profondément religieux et généreux. Ces raisons font que les vocations fleurissent en Afrique. Et il
existe des communautés chrétiennes capables de les soutenir et de les cultiver. Notre désir est d’arriver à inculturer la vie religieuse. Afin
d’être dans notre peau. Il ne s’agit pas pour nous de vivre au rabais, mais
de répondre à quelque chose de concret, à l’attente de nos commmunautés.
APIC: Que signifie cette inculturation?
Sr M.C: Prenons un exemple. Au cours des cérémonies de voeux perpétuels,
nous essayons de faire comprendre à nos parents, à nos Eglises qu’une religieuse n’est pas celle qui part pour un service quelconque pour prendre
plus tard sa retraite. Elle s’est engagée publiquement, comme on le fait
pour un mariage, pour se consacrer à Dieu. Elle n’est pas une vieille fille, elle s’est réservée pour le Christ. Celle qui fait ses voeux, comme la
nouvelle marié, reçoit dans une corbeille la croix, signe de souffrance et
de joie, et la Bible, nourriture du chrétien. Consacrer notre vie à Dieu
signifie renoncer à la maternité. Ce qui est très difficile pour une Africaine. Moi-même quand je retournais dans mon village, les gens me demandaient: « Quand vas-tu enfin prendre mari? Tu te promènes toujours sans enfant. » En célébrant les cérémonies de voeux perpétuels dans les paroisses
d’origine, les gens réalisent mieux que nous sommes engagées. (apic/ad/mp)
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