Paris: Les aéroports, lieux d’échange entre peuples et cultures

APIC interview

Pas d’accès direct aux demandeurs d’asile en France

Jean-Claude Noyé correspondant de l’APIC à Paris

Paris, 29 septembre 2002 (APIC) L’association internationale des chapelains de l’aviation civile a récemment tenu à Paris son 32e congrès. Venus de cinquante aéroports, 110 aumôniers ont partagé leur expérience à partir du thème «L’aéroport, frontière ou plutôt lieu d’échange entre les peuples et les cultures.» Le Père Jacques Fournier, en fonction à Roissy, regrette que les aumôniers n’aient pas un accès direct aux demandeurs d’asile dans les aéroports français.

Pour le Père Jacques Fournier, les aéroports vivent des situations contrastées tant au plan de l’accueil (79 millions de passagers à Heathrow contre «seulement» 9 millions à Indianapolis), que des réalités culturelles et spirituelles environnantes. A l’aéroport de Roissy, par exemple, 100’000 personnes travaillent sur une surface équivalente au tiers de celle de Paris.

APIC: Un aéroport, c’est aussi un lieu où débarquent nombre de demandeurs d’asile. Que pouvez-vous pour eux ?

J.F: Ces demandeurs d’asile débarquent non en zone française mais dans ce qui est considéré comme une zone internationale où ils sont bloqués. Ils sont hébergés temporairement dans un lieu éloigné de Roissy-Charles de Gaulle. Certains demandent des Bibles ou une aide spirituelle mais nous ne pouvons leur rendre visite que si on nous sollicite expressément. Ce qui est fort rare. Nous le regrettons mais c’est ainsi. En Suisse, par contre, les aumôniers ont accès partout, y compris dans les zones de transit où les demandeurs d’asile attendent d’être fixés sur leur sort.

APIC: En quoi consiste votre ministère?

J.F: C’est surtout un ministère relationnel, d’accueil, d’écoute au quotidien. Mais nous sommes aussi intégrés à part entière dans les cellules de crise et nous recevons aussi bien une famille qui entre de vacances avec le cercueil d’un proche que les familles des victimes en cas d’accident comme ce fut le cas après le crash du Concorde. Nous sommes aussi sollicités parfois par le personnel de l’aéroport ou le personnel naviguant. A cet égard, je me félicite de la présence dans notre équipe de religieuses vers lesquelles vont plus facilement le personnel féminin pour parler de difficultés conjugales ou autres.

APIC: Quelle est la dimension oecuménique de cette activité pastorale?

J.F: Elle est omniprésente. Chaque jour, un temps de prière oecuménique ou une célébration eucharistique sont organisés à midi. Les chapelles, ouvertes de cinq heures du matin jusqu’à minuit, sont très fréquentées comme lieux de silence, de ressourcement et de prière par des chrétiens de toutes confessions. Quand mon collègue protestant célèbre l’office le dimanche, nombre de catholiques y assistent. De même, quand c’est moi qui célèbre, je ne fais pas de distinction entre les uns et les autres.

APIC: Et qu’en est-il du dialogue interreligieux?

J.F: Il tisse aussi notre quotidien dans le dialogue avec les personnes de toutes nationalités et religions que nous accueillons en respectant les convictions de chacun. Sans chercher à être des prédicants mais plutôt comme des témoins qui veulent aider chacun à vivre l’essentiel de sa conscience personnelle et de sa foi.

Le dialogue interreligieux s’offre spontanément à nous dans les centres spirituels qui, comme à Roissy, abritent, à côté de la petite chapelle, une petite synagogue et une petite salle de prière pour les musulmans. Cette juxtaposition de lieux de culte est préférable aux salles polyvalentes, de fait vidées de symboles religieux parce que, aux yeux de beaucoup de croyants, ceux-ci s’excluent mutuellement. Enfin et exceptionnellement, nous organisons aussi une cérémonie interreligieuse, comme après la catastrophe du Concorde.

APIC: Les aumôneries d’aéroports sont-elles des lieux d’Eglise prophétiques?

J.F: Oui, en ce sens que nous rencontrons des chrétiens de toutes cultures et nationalités. Quand un Philippin traduit en espagnol mon homélie, c’est l’Eglise universelle qui se manifeste.

Notre pleine intégration à la vie quotidienne d’un aéroport, notre proximité à la fois active et discrète aussi bien des manutentionnaires que des responsables d’escale et des directions aéroportuaires, annonce sans doute aussi une Eglise proche de tous et respectueuse des consciences. Comme je l’écrivais dans le SNOP, le bi-mensuel de l’épiscopat, «Repérés comme des gens de religion ou des «hommes de Dieu», nous annonçons une Eglise multiforme: Samaritain sur la route de Jéricho, diacre Philippe sur la route de Gaza.» JCN

Encadré

Aumôniers présents dans 1342 aéroports

L’IACAC est une association à caractère oecuménique, où siègent un délégué du Vatican et un délégué du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Elle est actuellement présidée par Wlater Meier, aumônier protestant à Zurich. Ses membres, prêtres, pasteurs, religieuses et laïcs chrétiens, rejoints sur quelques plate-formes portuaires par des rabbins, imams et des religieux bouddhistes, sont présents dans 132 aéroports. Quatre-vingt d’entre eux sont à plein temps, cent-trente à temps partiel et deux cent sont des bénévoles.

En 2001, les aéroports où ils sont présents ont vu transiter 1,225 milliards de passagers et 10 millions de salariés y ont travaillé, sans compter le personnel navigant. L’aéroport Roissy-Charles de Gaulle a accueilli 4,22 millions de passagers, 690’000 personnes y travaillent et 690 entreprises sont situées à proximité. Un prêtre, un rabbin, deux religieuses et plusieurs laïcs constituent «l’équipe religieuse». (apic/jcn/bb)

29 septembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Soeur Marie-Cécile Toé, supérieure générale

APIC – Interview

des soeurs de l’Annonciation de Bobo, au Burkina Faso (150893)

La vie religieuse n’est pas un refuge

Alexis Dembelé pour l’agence APIC

San/Mali, 15août(APIC) «Non, la vie religieuse en Afrique n’est pas un

refuge», telle est la conviction de APIC – Interview depuis un an des Soeurs de l’Annonciation de Bobo au Burkina Faso.

Soeur Marie-Cécile insiste sur une formation humaine et spirituelle solide

pour une vie religieuse enracinée dans le quotidien des Africains.

APIC: Parlez nous de la fondation de la Congrégation des soeurs de l’Annonciation de Bobo.

Soeur Marie-Cécile: C’est un institut de droit diocésain, fondé en 1944 par

Mgr André Dupond, un évêque missionnaire français. Les premières professes

étaient au nombre de cinq. Nos formatrices ont été les soeurs blanches de

1945 à 1966. En 1968, nous avons pris notre autonomie par l’élection de la

première supérieure générale africaine, Soeur Marie-Bernadette. Je suis

moi-même dans la communauté depuis 1957.

APIC: Comment se porte la Congrégation aujourd’hui?

Sr M.C: Elle se développe. Présentement, nous sommes 156 religieuses, la

moitié d’aînées, la moitié de jeunes. Les débuts ont été difficiles. Il

était inconcevable il y a quelques années que des filles burkinabées, maliennes ou ivoiriennes quittent comme cela la maison pour se faire religieuses. Beaucoup de familles s’en étonnaient. Certaines ont rejeté leur

fille comme traîtresse parce qu’elle ne mettrait pas d’enfants au monde.

Aujourd’hui avec le développement de la foi chrétienne, les parents acceptent plus facilement de laisser partir leur fille pour le service du Seigneur. Dans notre institut, le nombre des professions est remonté sensiblement après 1975, avec un maximum de 16 engagées en 1985. Depuis lors, nous

accueillons chaque année 7 à 10 jeunes filles. Cette évolution nous surprend de façon agréable.

APIC: Quelle formation donnez-vous à ces candidates?

Sr M.C: Nous tenons à ce que les jeunes soient d’abord formées humainement.

Ainsi nous leur faisons suivre, comme pour les autres jeunes filles de leur

âge, des cours classiques. Celles qui penchent vers la technique, la couture, la cuisine, le tricot, trouvent aussi leur filière. Au bout de quatre

ans, la jeune fille demande à entrer au postulat ou fait un autre choix.

Pour toutes ces aspirantes, nous insistons sur la formation chrétienne

de base: la vie de prière, la vie sacramentelle, les vertus théologales.

Chaque classe est suivie par une religieuse. La vie d’équipe est effective

à travers les animations.

APIC: Ne vous accuse-t-on pas de prendre de très jeunes filles et de vouloir à tout prix qu’elles deviennent soeurs?

Sr M.C: C’est une option pour nous qui travaillons pour la promotion de la

jeunesse. A partir de 12 ans et même avant, on peut déjà sentir une vocation. Nous voulons aider celles qui sont de bonne volonté pour pouvoir répondre à un appel. A lieu de laisser ces jeunes dans leur milieu où il est

difficile d’être formé humainement et spirituellement, nous les accueillons.

APIC: Quelles sont les activités des religieuses?

Sr M.C: Selon nos constitutions, nous sommes des soeurs africaines, fondées

dans une Eglise locale. Nous venons en appui aux agents pastoraux. Comme

Marie de l’Annonciation, notre objectif est de donner Jésus au monde. Nous

n’avons pas d’oeuvre spécifique, nous accomplissons les tâches que les divers diocèses nous confient: centres ménagers, collèges, catéchèse, centres

de santé, protection des mères et des enfants, promotion de la femme…

APIC: Quel sont les domaines prioritaires?

Sr M.C: La formation de nos religieuses est une urgence. Plus de trente

soeurs sont aux études en Europe ou ici en Afrique. Il y a de plus en plus

besoin d’assitantes sociales, mais les domaines de la théologie et du secrétariat sont importants aussi.

APIC: En 1994 se tiendra le synode romain sur la vie religieuse. Comment

vous y préparez vous?

Sr M.C: Les Occidentaux pensent parfois que c’est une promotion sociale

pour nous d’entrer dans la vie religieuse ou un moyen d’échapper au joug de

l’homme. Non ce n’est pas un refuge. Comme religieuses africaines, nous

avons des défis à relever. L’Africain est profondément religieux et généreux. Ces raisons font que les vocations fleurissent en Afrique. Et il

existe des communautés chrétiennes capables de les soutenir et de les cultiver. Notre désir est d’arriver à inculturer la vie religieuse. Afin

d’être dans notre peau. Il ne s’agit pas pour nous de vivre au rabais, mais

de répondre à quelque chose de concret, à l’attente de nos commmunautés.

APIC: Que signifie cette inculturation?

Sr M.C: Prenons un exemple. Au cours des cérémonies de voeux perpétuels,

nous essayons de faire comprendre à nos parents, à nos Eglises qu’une religieuse n’est pas celle qui part pour un service quelconque pour prendre

plus tard sa retraite. Elle s’est engagée publiquement, comme on le fait

pour un mariage, pour se consacrer à Dieu. Elle n’est pas une vieille fille, elle s’est réservée pour le Christ. Celle qui fait ses voeux, comme la

nouvelle marié, reçoit dans une corbeille la croix, signe de souffrance et

de joie, et la Bible, nourriture du chrétien. Consacrer notre vie à Dieu

signifie renoncer à la maternité. Ce qui est très difficile pour une Africaine. Moi-même quand je retournais dans mon village, les gens me demandaient: «Quand vas-tu enfin prendre mari? Tu te promènes toujours sans enfant.» En célébrant les cérémonies de voeux perpétuels dans les paroisses

d’origine, les gens réalisent mieux que nous sommes engagées. (apic/ad/mp)

16 août 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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