APIC – Interview
Une interview du père James Puglisi
Compostelle, 4août(APIC) Le père James Puglisi, franciscain de l’Atonement, a présenté à l’agence CIP les enjeux de la 5e Conférence mondiale de
la Commission Foi et Constitution du COE. Professeur de théologie oecuménique dans plusieurs facultés ecclésiastiques à Rome et à Venise, le père Puglisi est actuellement le directeur du « Centro Pro Unione », dédié à la promotion et à la documentation de l’oecuménisme.
J.P.: La rencontre de Compostelle aura comme thème « Vers une koinonia
dans la foi, la vie et le témoignage ». Ce thème reprend trois filières qui
ont été longuement travaillées par Foi et Constitution et qui ont été synthétisées en trois documents. La vie sacramentelle de l’Eglise, qui a été
exposée par le fameux texte de Lima en 1982 sur « Baptême, eucharistie et
ministère ». Un deuxième aspect concerne la confession de la foi: il a trouvé expression dans le document « Confesser la foi unique », agréé à Budapest
en 1988 (revu en 1991 à Rome). Le 3e document concerne « L’unité de l’Eglise
et le renouveau de la communauté humaine » et il a été agréé en 1990. Donc,
les trois documents recouvrent la vie, la foi et le témoignage de l’Eglise.
Ces documents ont été réunis dans un texte de travail qui a été rédigé à
Dublin en 1992 et qui sera revu à Compostelle. On attend de la Conférence
la vérification du niveau de convergence existant. Il est important de souligner qu’il s’agit d’un projet ambitieux, qui touche à l’essence même de
l’Eglise, dans la foi qu’elle proclame, dans sa vie sacramentelle et dans
son témoignage d’évangélisation. C’est ce que l’Eglise est, croit et fait.
C’est ce qu’on exprime joliment avec trois mots d’origine grecque, qu’on
retrouve déjà dans la Bible et chez les Pères: koinonia (communion), martyria (témoignage) et diakonia (service).
A mon avis, le point le plus important est cette nouvelle insistance sur
l’unité visible au service du témoignage, qu’on retrouve depuis une décennie, et qui représente un retour à la rencontre d’Edimbourg en 1910. Cette
redécouverte du caractère visible de l’Eglise est due en partie à la participation des Eglises orthodoxe et catholique au mouvement oecuménique. Elle
tire sa source de la théologie trinitaire, qui est le modèle de l’Eglise,
un modèle qui n’est pas seulement théorique, mais doit aussi entrer de façon concrète dans la vie des Eglises.
Quelle est la position de l’Eglise catholique en la matière?
Nous venons de voir que la dernière Conférence mondiale de la Commission
Foi et Constitution date d’il y a trente ans. A Montréal, il n’y avait que
des observateurs catholiques. Depuis 1963, des changements importants sont
survenus, notamment l’engagement de l’Eglise catholique à tous ses niveaux
dans le mouvement oecuménique, surtout grâce au document conciliaire « Unitatis redintegratio ». Bien que l’Eglise catholique ne soit pas membre du
COE, elle est membre officiel de la Commission Foi et Constitution avec 12
théologiens (sur 120) et elle en appuie pleinement le travail.
C’est ce qui a été réaffirmé maintes fois par Jean Paul II, notamment
lorsqu’il a reçu la Commission ou des groupes de ses membres en 1981, à la
veille du document de Lima, puis, en 1989, l’équipe qui préparait le document sur la Confession de la foi, et tout récemment, en 1991, lorsque la
Comité permanent s’est réuni à Rome pour préparer justement la 5e Conférence mondiale. Chaque fois le pape a eu des paroles d’encouragement pour le
travail de Foi et Constitution, dans une perspective qui était déjà présente dans son discours de 1979 au Secrétariat pour l’unité des chrétiens:
« Encouragez le dialogue et la collaboration au service du témoignage du
christ. Ce témoignage commun est incomplet tant que nous sommes en désaccord sur la foi que nous devons proclamer. C’est là l’importance actuelle
de l’unité pour l’évangélisation ».
La constitution de Foi et Constitution met en relief ces mêmes thèmes:
« Le début de la Commission est de proclamer l’unicité de l’Eglise de JésusChrist, d’appeler les Eglises à l’unité visible, dans une seule foi, dans
une seule communion eucharistique, qui s’exprime dans la liturgie et dans
la vie commune dans le Christ pour que le monde croie ».
Nous pouvons dire que l’Eglise catholique appuie pleinement les buts et
le travail de Foi et Constitution. Lorsque, comme toutes les Eglises, elle
a donné sa réponse officielle au document de Lima de 1982, elle l’a fait
dans un texte très nuancé, qui se réjouit pleinement de l’accord atteint
pour le baptême, émet quelques objections concernant l’eucharistie et exprime des réserves assez fortes sur des ministères, mais s’est exprimée
dans un esprit positif et engagé. (Nous rappelons que les réponses des
Eglises au document de Lima ont rempli 6 volumes, qui en font un événement
oecuménique unique de ces dernières années, certainement le plus saillant
depuis Vatican II.)
L’Eglise catholique est toujours présente également dans le projet concernant la cohérence de la foi apostolique.
Je voudrais finir en rappelant que le thème de la koinonia-communion a
été repris par l’assemblée du COE de Canberra en 1991. Il y est affirmé
notamment que la koinonia est un don et une vocation pour l’Eglise, qu’elle
doit être visible et reconnaissable. L’assemblée s’explique en quatre
points principaux que nous retrouvons dans le document de Dublin: 1. Une
confession commune de la foi apostolique; 2. Une vie sacramentelle commune
dans laquelle on entre par un baptême unique et qu’on célèbre ensemble dans
la seule koinonia eucharistique; 3. Une vie commune dans laquelle les membres et les ministres sont réconciliés et reconnus de façon réciproque; 4.
Une mission commune de témoignage à toutes les nations de l’Evangile de Jésus-Christ, au service de toute la création. Il s’agit donc d’une réaffirmation du caractère visible de la vie et de l’action chrétienne qui rejoint
une des constantes de l’ecclésiologie catholique. (apic/cip/cb)
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