Entretien avec Mgr Paul Josef Cordes à son retour de Terre Sainte
APIC Interview
Le «globe-trotter» de l’aide vaticane explore la situation
Propos recueillis à Rome par Antoine Soubrier.
Mgr Paul Josef Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum, était en Israël ces derniers jours, après avoir passé une semaine en Ouganda, fin octobre. Cet évêque allemand d’une soixantaine d’années continue ainsi de parcourir le monde au nom de Jean Paul II, distribuant aux peuples touchés par la guerre, une catastrophe naturelle ou la maladie, une aide financière.
L’APIC a rencontré ce «globe-trotter» de l’aide vaticane, à l’heure où l’armée israélienne réoccupait Bethléem, en Cisjordanie, parachevant l’occupation de quasiment toute la Cisjordanie, à l’heure aussi où ce même armée, forte de ses blindés, entourait une nouvelle fois la basilique de la Nativité, à près d’un mois de la célébration de Noël.
Au-delà des sommes d’argent apportées, le responsable de la «charité du pape» souligne la volonté de Jean Paul II de soutenir tous les projets visant à rétablir la paix ou à faire respecter les droits de l’homme. Interview!
APIC: Vous revenez tout juste d’Israël, où vous avez remis 400’000 dollars au nom du pape et où vous avez rendu visite à des autorités politiques palestiniennes et israéliennes, ainsi qu’à la communauté chrétienne locale.
Mgr Paul Josef: Je suis en effet parti à Jérusalem à la demande de Jean Paul II, afin de remettre le fruit de la récolte du 14 décembre dernier à l’occasion de la journée de jeûne demandée par le pape pour la paix dans le monde et plus particulièrement au Moyen-Orient. A travers ce geste, il a voulu montrer une nouvelle fois sa proximité avec les chrétiens de ce pays, et en même temps, les encourager à ne pas quitter leur territoire. Pour cela, le pape a personnellement voulu participer au financement de la construction d’une maison d’accueil pour les chrétiens palestiniens, à Bethléem. Cet édifice sera tenu par les franciscains et aura pour objectif de soutenir les familles tentées par l’émigration. D’autres sommes d’argent ont été versées à la custodie de Terre Sainte, à la Caritas de Jérusalem, ou encore à l’université catholique de Bethléem, qui compte 30% d’élèves catholiques, sur un total de 3’000 élèves à majorité musulmane. C’est dans ce genre de lieux que l’on prépare la paix et c’est pour cela que Jean Paul II les encourage.
APIC: Quelle situation avez-vous trouvé sur place ?
Mgr Paul Josef: Ce voyage m’a permis de constater que l’on peut toujours se rendre en Terre Sainte, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Effectivement on parle tous les jours ou presque d’attentats venant de part et d’autres, mais l’image que ces informations donnent de la situation générale est faussée. Le quotidien des personnes que j’ai croisées n’était pas aussi dangereux que ce que l’on nous affirme. De plus, la dépression toujours croissante des chrétiens sur place est en partie due au fait que plus aucun pèlerin ne se rend sur place, par peur. Comment voulez-vous que les chrétiens israéliens et palestiniens, pris en plus entre deux feux, se sentent soutenus dans cette situation?
APIC: De nouvelles élections sont programmées en janvier pour trouver un successeur à Ariel Sharon. Peut-on espérer des changements?
Mgr Paul Josef: A cause des attentats qui se perpétuent chaque jour, il y a le risque que la droite israélienne se renforce et que l’on continue sur la même lancée. Si les Palestiniens étaient raisonnables, ils freineraient leurs actions pour ne pas tenter les Israéliens de se mouvoir encore plus vers l’extrême droite. Mais la haine est tellement ancrée dans les esprits qu’à chaque attentat, elle ne peut que devenir plus forte et nourrir l’état d’esprit dépressif de la population. Mais en dehors de ces élections, il faut que les chrétiens sachent qu’ils ont un rôle important à jouer. Devant l’islam et le judaïsme, ils doivent vivre et proclamer le pardon et l’amour à l’ennemi, enseignement si clair et si singulier de Jésus Christ. J’ai pu rencontrer des responsables politiques des deux côtés, qui sont formels pour dire qu’ils attendent beaucoup d’eux.
APIC: Serait-il nécessaire de créer une circonscription ecclésiastique pour les catholiques de langue hébraïque?
Mgr Paul Josef: Nous avons longuement parlé de leur situation, au cours de mon séjour. Je ne pense pas que ce soit le moment de diviser les chrétiens de Terre Sainte sur le plan juridique, les tensions étant déjà si nombreuses dans le pays. Eux-mêmes comprennent bien que les Palestiniens catholiques ont besoin d’un soutien plus important.
APIC: Comment Jean Paul II suit-il la situation ?
Mgr Paul Josef: J’ai déjà été invité par le pape qui m’a demandé de lui faire un compte-rendu du voyage. Il suit de très près la situation au Moyen- Orient. Lorsque j’irai le voir, ces prochains jours, je mettrai toutefois en avant l’existence d’autres situations dramatiques, en Afrique en particulier. Je lui proposerai notamment de consacrer la collecte du carême 2004 aux malades du sida en Afrique.
APIC: Vous étiez en Ouganda, avant votre voyage en Israël. Quel bilan avez- vous fait, un ans après y avoir donné une aide financière du pape ?
Mgr Paul Josef: Le bilan est très positif. Un tiers du service médical étant entre les mains des chrétiens, nous n’avions pas eu de difficultés à trouver des projets dans lesquels nous pouvions nous investir. Un an après, ces derniers portent déjà beaucoup de fruits.
Par exemple ?
Mgr Paul Josef: Nous avions financé, par exemple, la construction de nouveaux locaux dans un dispensaire tenu par les soeurs de Mère Teresa. A l’inauguration de ces bâtiments, nous avons senti combien les Ougandais sont reconnaissant envers cette aide, bien sûr, mais surtout envers le geste du pape qui est une manière pour lui de leur dire qu’il ne les oublie pas.
Un autre projet que nous avons soutenu est celui de l’aménagement d’un camp de réfugiés du nord du pays, à Kamapala. La responsable de ce camp fait un travail extraordinaire depuis quelques années pour ces personnes dont un grand nombre est atteint du virus du Sida. Elle a aussi fait, avec l’aide des autres bénévoles, un travail pastoral immense. J’ai ainsi eu la joie, au cours de mon séjour, de baptiser 60 enfants provenant de ce camp.
APIC: De quoi ont besoin les Ougandais, principalement ?
Mgr Paul Josef: Ces gens-là n’attendent pas un programme technique préparé par des spécialistes, mais veulent surtout être écoutés. C’est l’aspect humain d’une aide qui les touche. Et c’est à ce niveau que les chrétiens jouent un rôle très important. Récemment, deux médecins d’un hôpital du pays sont morts, l’un du sida et l’autre du virus ebola. Tous deux étaient des chrétiens fortement engagés.
Les Ougandais ont pris conscience qu’il fallait construire des projets à long terme, et ne plus s’occuper seulement des problèmes ponctuels. Je pense qu’il est important que l’on en finisse avec la stratégie du court terme, qui consiste à ne s’intéresser qu’aux grandes catastrophes. Celles- ci rapportent de l’argent aux organisations internationales car elles leur font de la publicité. Il faut s’occuper des vraies raisons qui persistent. Cela ne concerne pas seulement l’Ouganda, mais aussi toute l’Afrique. Ce continent n’est pas assez dans notre vision occidentale. Nous sommes trop intéressés par les pays qui font les grands titres des politiques américaines et internationales. (apic/as/p)
Compostelle: l’enjeu de la Conférence de Foi et Constitution (040893)
APIC – Interview
Une interview du père James Puglisi
Compostelle, 4août(APIC) Le père James Puglisi, franciscain de l’Atonement, a présenté à l’agence CIP les enjeux de la 5e Conférence mondiale de
la Commission Foi et Constitution du COE. Professeur de théologie oecuménique dans plusieurs facultés ecclésiastiques à Rome et à Venise, le père Puglisi est actuellement le directeur du «Centro Pro Unione», dédié à la promotion et à la documentation de l’oecuménisme.
J.P.: La rencontre de Compostelle aura comme thème «Vers une koinonia
dans la foi, la vie et le témoignage». Ce thème reprend trois filières qui
ont été longuement travaillées par Foi et Constitution et qui ont été synthétisées en trois documents. La vie sacramentelle de l’Eglise, qui a été
exposée par le fameux texte de Lima en 1982 sur «Baptême, eucharistie et
ministère». Un deuxième aspect concerne la confession de la foi: il a trouvé expression dans le document «Confesser la foi unique», agréé à Budapest
en 1988 (revu en 1991 à Rome). Le 3e document concerne «L’unité de l’Eglise
et le renouveau de la communauté humaine» et il a été agréé en 1990. Donc,
les trois documents recouvrent la vie, la foi et le témoignage de l’Eglise.
Ces documents ont été réunis dans un texte de travail qui a été rédigé à
Dublin en 1992 et qui sera revu à Compostelle. On attend de la Conférence
la vérification du niveau de convergence existant. Il est important de souligner qu’il s’agit d’un projet ambitieux, qui touche à l’essence même de
l’Eglise, dans la foi qu’elle proclame, dans sa vie sacramentelle et dans
son témoignage d’évangélisation. C’est ce que l’Eglise est, croit et fait.
C’est ce qu’on exprime joliment avec trois mots d’origine grecque, qu’on
retrouve déjà dans la Bible et chez les Pères: koinonia (communion), martyria (témoignage) et diakonia (service).
A mon avis, le point le plus important est cette nouvelle insistance sur
l’unité visible au service du témoignage, qu’on retrouve depuis une décennie, et qui représente un retour à la rencontre d’Edimbourg en 1910. Cette
redécouverte du caractère visible de l’Eglise est due en partie à la participation des Eglises orthodoxe et catholique au mouvement oecuménique. Elle
tire sa source de la théologie trinitaire, qui est le modèle de l’Eglise,
un modèle qui n’est pas seulement théorique, mais doit aussi entrer de façon concrète dans la vie des Eglises.
Quelle est la position de l’Eglise catholique en la matière?
Nous venons de voir que la dernière Conférence mondiale de la Commission
Foi et Constitution date d’il y a trente ans. A Montréal, il n’y avait que
des observateurs catholiques. Depuis 1963, des changements importants sont
survenus, notamment l’engagement de l’Eglise catholique à tous ses niveaux
dans le mouvement oecuménique, surtout grâce au document conciliaire «Unitatis redintegratio». Bien que l’Eglise catholique ne soit pas membre du
COE, elle est membre officiel de la Commission Foi et Constitution avec 12
théologiens (sur 120) et elle en appuie pleinement le travail.
C’est ce qui a été réaffirmé maintes fois par Jean Paul II, notamment
lorsqu’il a reçu la Commission ou des groupes de ses membres en 1981, à la
veille du document de Lima, puis, en 1989, l’équipe qui préparait le document sur la Confession de la foi, et tout récemment, en 1991, lorsque la
Comité permanent s’est réuni à Rome pour préparer justement la 5e Conférence mondiale. Chaque fois le pape a eu des paroles d’encouragement pour le
travail de Foi et Constitution, dans une perspective qui était déjà présente dans son discours de 1979 au Secrétariat pour l’unité des chrétiens:
«Encouragez le dialogue et la collaboration au service du témoignage du
christ. Ce témoignage commun est incomplet tant que nous sommes en désaccord sur la foi que nous devons proclamer. C’est là l’importance actuelle
de l’unité pour l’évangélisation».
La constitution de Foi et Constitution met en relief ces mêmes thèmes:
«Le début de la Commission est de proclamer l’unicité de l’Eglise de JésusChrist, d’appeler les Eglises à l’unité visible, dans une seule foi, dans
une seule communion eucharistique, qui s’exprime dans la liturgie et dans
la vie commune dans le Christ pour que le monde croie».
Nous pouvons dire que l’Eglise catholique appuie pleinement les buts et
le travail de Foi et Constitution. Lorsque, comme toutes les Eglises, elle
a donné sa réponse officielle au document de Lima de 1982, elle l’a fait
dans un texte très nuancé, qui se réjouit pleinement de l’accord atteint
pour le baptême, émet quelques objections concernant l’eucharistie et exprime des réserves assez fortes sur des ministères, mais s’est exprimée
dans un esprit positif et engagé. (Nous rappelons que les réponses des
Eglises au document de Lima ont rempli 6 volumes, qui en font un événement
oecuménique unique de ces dernières années, certainement le plus saillant
depuis Vatican II.)
L’Eglise catholique est toujours présente également dans le projet concernant la cohérence de la foi apostolique.
Je voudrais finir en rappelant que le thème de la koinonia-communion a
été repris par l’assemblée du COE de Canberra en 1991. Il y est affirmé
notamment que la koinonia est un don et une vocation pour l’Eglise, qu’elle
doit être visible et reconnaissable. L’assemblée s’explique en quatre
points principaux que nous retrouvons dans le document de Dublin: 1. Une
confession commune de la foi apostolique; 2. Une vie sacramentelle commune
dans laquelle on entre par un baptême unique et qu’on célèbre ensemble dans
la seule koinonia eucharistique; 3. Une vie commune dans laquelle les membres et les ministres sont réconciliés et reconnus de façon réciproque; 4.
Une mission commune de témoignage à toutes les nations de l’Evangile de Jésus-Christ, au service de toute la création. Il s’agit donc d’une réaffirmation du caractère visible de la vie et de l’action chrétienne qui rejoint
une des constantes de l’ecclésiologie catholique. (apic/cip/cb)



