Maurice Page, agence Apic
Etats-Unis: 3e voyage du pape Jean Paul II (040893)
Une Eglise secouée par la crise et les scandales
Fribourg, 4août(APIC) Lors de son 58e voyage à l’étranger, le pape Jean
Paul II, après avoir visité La Jamaïque et le Mexique, se rendra pour la
troisième fois aux Etats-Unis du 12 au 15 août, où il participera à la 8e
Journée mondiale de la jeunesse. Si cette visite de trois jours se limite à
la ville de Denver, et sera consacrée particulièrement à la rencontre avec
les jeunes, elle n’en revêt pas moins un caractère important dans un pays
où l’Eglise catholique est secouée par une crise profonde et par plusieurs
scandales. Par ailleurs, le pape rencontrera pour la première fois le président Bill Clinton.
L’Eglise catholique aux Etats-Unis reste une composante importante de la
vie sociale, elle regroupe environ 30% de la population soit quelque 60
millions de fidèles. Selon une enquête réalisée en 1991, les catholiques
restent très attachés à leur religion: plus de 40% sont pratiquants, 68%
d’entre eux font confiance à l’institution ecclésiale et 64% pensent que
l’Eglise à une compétence en matière sociale.
Une Eglise en crise cependant avec la chute du nombre des vocations sacerdotales et de vifs débats internes sur la place de la femme, le rôle des
théologiens, la morale conjugale ou l’enseignement de la catéchèse. Sans
parler ici des violents scandales d’ordre sexuel qui ont éclaté récemment à
propos d’évêques et de prêtres. Jean Paul II ne s’est pas fait faute de
condamner parfois assez sévèrement cette crise morale lors des dernières
visites d’évêques américains à Rome, rappelant que «la selectivité dans
l’adhésion à l’enseignement directif de l’Eglise est incompatible avec la
foi d’un bon catholique».
Une Eglise pleine de vitalité malgré tout et qui fait preuve de courage
et de dynamisme dans le domaine social, dans la lutte contre la pauvreté,
dans la dénonciation du racisme, dans le refus de l’avortement et de la
peine de mort. L’action des Eglises dans le domaine social est
indispensable aux Etats-Unis, tant les carences du système étatique sont
flagrantes. Dans un pays qui compte 35,7 millions de personnes vivant audessous du seuil de pauvreté (environ 9’500 francs suisses/an), les évêques
rappelaient en décembre 1992: «Nous ne pouvons parler d’un vrai progrès
aussi longtemps qu’il y aura dans notre société autant de préjugés contre
les pauvres, ou si l’on continue à présenter de faux motifs pour justifier
la réduction des aides sociales. En vérité ces mesures anti-sociales frappent les miséreux sans qu’ils puissent exercer la moindre influence politique». Une Eglise qui commence à s’ouvrir aux communautés minoritaires et
indigènes avec la nomination en 1986 puis en 1990 des deux premiers évêques
indiens, ou celle de Mgr Terry Steib, premier évêque noir de Memphis, en
avril dernier, ou encore avec une lettre pastorale demandant en 1992 pardon
aux Indiens pour le racisme des Américains de souche européenne.
Une Eglise dynamique aussi par le doublement en quelques années du nombre de ses diacres permanents, aujourd’hui au nombre de 11’000.
Progrès insuffisant cependant pour pallier la baisse du nombre de
prêtres qui atteindra 26% durant les dix prochaines années. Pour Mgr
Rembert Weakland, archevêque de Milwaukee, l’admission d’hommes mariés au
sacerdoce catholique pourrait bien être la seule possibilité pour l’Eglise
catholique d’assurer sa survie. La question de l’accès des femmes au
sacerdoce est également au centre d’un débat qui divise l’épiscopat
américain depuis maintenant une décennie. En novembre 1992, la quatrième
version de la «lettre pastorale sur la femme» a été rejetée. La majorité
des évêques estimant qu’elle avait été par trop édulcorée par une
intervention du Vatican. Point que Jean Paul II a repris, il y a quelques
jours en recevant un groupe d’évêques américains: «le sacerdoce ministériel
n’a rien à voir avec le pouvoir compris comme privilège ou domination.» Le
pape a en outre insisté pour que soit sauvegardée la distinction «entre les
droits humains et civils et les droits, les devoirs, les ministères et les
fonctions que les individus ont dans l’Eglise».
Jean Paul II, lors des dernières visites ad limina, a aussi réclamé des
évêques «un enseignement clair, sans équivoque et uni, de la foi et de la
morale catholique». Une réponse indirecte à la «déclaration de Washington»
par laquelle 431 théologiens américains remettaient en cause en 1990 l’attitude de la Curie romaine dans le domaine de la recherche doctrinale.
Dans un pays où le taux de divorces, d’avortements, de grossesses chez
les adolescentes et de pauvreté chez les enfants, sont parmis les plus élevés du monde, le pape ne manquera certainement pas de rappeler la doctrine
de l’Eglise dans le domaine de la morale familiale. Au moment où certains
évêques remettent plubliquement en cause l’enseignement de Paul VI condamnant les moyens artificiels de contraception dans son encyclique «Humanae
vitae», dont on fête le 25e anniversaire.
Visite à Bill Clinton
Ce voyage au Etats-unis sera aussi pour Jean Paul II l’occasion de rencontrer pour la première fois le président Bill Clinton. La réprobation
formelle de Jean Paul II face à la guerre du Golfe et à l’attitude américaine face à l’Irak n’avait guère été suivie. La hiérarchie catholique américaine se contentant d’un patriotisme plus ou moins affirmé. Du MoyenOrient à la Bosnie, en passant par la Somalie, les deux hommes ne manqueront pas de discuter quelques-uns des problèmes de la planète. (apic/mp)
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