Rome: Premier bilan de l’année jubilaire

APIC Dossier

150 célébrations liturgiques et près de 30 millions de pèlerins

Rome, 20 décembre 2000 (APIC) Entre 24 et 32 millions de pèlerins à Rome, 150 célébrations liturgiques en rapport avec le Jubilé, dont 80 en présence du pape. Le bilan de l’Année jubilaire est qualifié de positif par les responsables. A moins de deux semaines de la conclusion de l’an 2000, l’APIC dresse le bilan des 12 mois écoulés, avec les temps forts comme celui des JMJ.

Au soir du 24 décembre 1999, la grande interrogation pour le déroulement de l’année sainte concernait la santé de Jean Paul II. Si les signes de sa maladie de Parkinson toujours évidents chez le pape ­ tremblement des mains et visage assez figé ­, en plus de ses difficultés à se déplacer, allaient lui permettre de répondre aux multiples rendez-vous. Un doute aujourd’hui levé, puisque le pape a pu être présent à tous les rendez-vous annoncés par le Comité central pour le grand Jubilé. Tout au long de l’année, Jean Paul II a donc pu présider deux audiences par semaine au lieu d’une, celle du samedi ayant été ajoutée à celle du mercredi. La plupart ont eu lieu en plein air sur la Place Saint-Pierre, permettant d’accueillir ainsi une moyenne de 40’000 pèlerins à chaque fois, alors qu’on en avait compté une moyenne de 15’ 000 par audience en 1999.

Le pape aura été présent à chaque célébration jubilaire, le dimanche matin, pour des cérémonies d’environ deux heures et demie, présidant ainsi plus de 80 de l’ensemble des 150 liturgies jubilaires organisées à Rome. Le froid et la pluie n’auront donc pas semblé le gêner, même lors du jubilé des familles le 15 octobre. Il aura sans doute davantage souffert de la chaleur au mois d’août lors des Journées mondiales de la jeunesse, mais sans conséquences apparentes. Le calendrier de l’année sainte ne l’aura pas empêché en outre d’improviser quelques excursions de détente en montagne, la dernière connue étant celle du 12 décembre. Ce jour-là en effet, le pape est arrivé en fin d’après-midi dans un couvent de religieux italiens Passionnistes de Toscane, après une excursion dans la montagne proche, le >, à quelque 200 kms au nord de Rome.

Le jubilé et le repentir

L’originalité de ce jubilé de l’an 2000 aura sans doute été l’importance accordée aux célébrations spécialement organisées à l’intention de catégories particulières de pèlerins: malades, artistes et artisans, migrants, prêtres et nonces, agriculteurs, malades, migrants, sportifs et travailleurs, scientifiques, journalistes, personnes âgées ou handicapés. Une trentaine de cérémonies célébrées par le pape ont été organisées le dimanche à leur intention, concluant à chaque fois pour eux plusieurs jours de réflexions, colloques, démarches pénitentielles et autres célébrations dans les basiliques de Rome.

A ces rendez-vous officiels se sont ajoutés tout au long de l’année des pèlerinages ponctuels de groupes plus restreints ­ et essentiellement italiens – comme ceux des fabriquants de pizzas, des chauffeurs de taxis, des motards ou des musiciens des fanfares municipales, des banquiers et des juristes, des jeunes sortis de la drogue ou des footballeurs… Par ailleurs, des pèlerinages d’Eglises catholiques particulières se sont succédés à Rome tout au long de l’année: maronites, syriens catholiques, grec-catholiques de Roumanie, Arméniens…

Au terme de l’année, il apparaît que ces journées auront surtout été l’occasion d’invitations au repentir, Jean Paul II insistant à chaque fois sur l’importance de la conversion personnelle, en l’adaptant à ses auditoires variés. La > qu’il a lui-même célébrée dans la basilique Saint-Pierre le 12 mars 2000 a été un exemple sur ce point, et restera dans les annales comme l’un des sommets de l’année sainte. Ce jour-là en effet, le pape et les cardinaux demandèrent publiquement pardon pour les péchés commis au cours de l’histoire de l’Eglise, concernant notamment les divisions des chrétiens et les comportements ayant fait souffrir les juifs.

Sur les traces du Christ

Cette célébration du 12 mars devait par ailleurs rester dans les mémoires du monde juif, puisque la phrase prononcée par Jean Paul II ce jour-là à leur sujet fut celle qu’il déposa quelques jours plus tard, le 26 mars, sur le mur des Lamentations à Jérusalem. Le pape concluait ainsi ce qu’il avait voulu être un pèlerinage sur les traces du Christ à l’occasion du jubilé, et qui l’avait conduit pendant sept jours à parcourir la Terre Sainte, de la Jordanie à Israël en passant par les territoires palestiniens. Un mois plus tôt, du 24 au 26 février, il s’était rendu en Egypte dans la même intention, pour commémorer cette fois la figure de Moïse par sa visite au monastère grec-orthodoxe du Mont Sinaï.

A côté de cet > demandé aux chrétiens tout au long de l’année, Jean Paul II a voulu rendre hommage au cours du jubilé aux chrétiens ayant au contraire fait honneur à l’Eglise. C’est dans cet esprit que quatre cérémonies de béatification et trois cérémonies de canonisation ont été organisées. Deux d’entre elles auront été l’objet de contestations: celle du 3 septembre, à cause de la béatification du pape Pie IX – en plus de celles de Jean XXIII et Don Marmion -, et celle du 1er octobre, lorsque 120 martyrs tués en Chine ont été canonisés le jour-même de la fête nationale chinoise. La cérémonie fut présentée par le gouvernement chinois comme une >.

Une autre cérémonie restera par ailleurs dans les chroniques de l’année sainte, celle de la béatification des petits bergers de Fatima le 13 mai 2000, le pape s’étant rendu au Portugal pour l’occasion. Ce jour-là en effet, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, annonça solennellement, en présence de 600’000 personnes, que le pape avait décidé de faire connaître le contenu du >. Celui-ci, centré sur les souffrances des chrétiens du XXème siècle, avec une allusion pouvant évoquer l’attentat subi par Jean Paul II le 13 mai 1981 ­ fut effectivement publié le 26 juin, avec un commentaire du cardinal Joseph Ratzinger.

Porte sainte

Avec cette commémoration des martyrs, la seule manifestation oecuménique de relief de l’année aura été l’ouverture de la porte sainte de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs le 18 janvier, avec une vingtaine de délégations chrétiennes non catholiques. La cérémonie avait frappé les esprits ce jour-là, dans la mesure où le pape avait franchi la porte avec l’archevêque anglican de Canterbury George Carey, et un représentant du patriarcat orthodoxe de Constantinople.

Malgré ces deux célébrations, l’aspect oecuménique de l’année sainte sera donc finalement resté assez limité par rapport à ce que Jean Paul II avait souhaité dans sa lettre >, publiée en 1994. Beaucoup retiendront en revanche la publication, le 5 septembre, de la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi >, comme un événement peu propice à un rapprochement des chrétiens.

La déclaration avait pour but de réaffirmer la conviction de l’Eglise catholique que le salut apporté aux hommes est l’oeuvre exclusive du Christ, Dieu fait homme. Elle voulait mettre en garde contre des tentations de relativisme chez les catholiques eux-mêmes, notamment dans leur dialogue avec les croyants des autres religions. Mais l’aspect surtout relevé fut le chapitre concernant >. Dans l’esprit du pape, l’un des aspects importants du texte était d’insister sur le fait que le centre du jubilé était le Christ, comme l’avait fait le Congrès eucharistique international qui avait rassemblé à Rome près de 300 000 personnes au mois de juin précédent.

Justice et paix

Tout au long de l’année, enfin, Jean Paul II aura insisté sur l’importance de la solidarité et de l’attention à porter aux pauvres et aux marginalisés. Lui-même reçut le 15 juin à sa table 200 pauvres, pour un déjeuner organisé dans la salle Paul VI du Vatican. C’est dans cette perspective également que le pape répéta à plusieurs reprises ses appels en faveur de la réduction de la dette des pays pauvres, dans le cadre d’une participation de leurs gouvernements aux efforts de la communauté internationale entrepris en leur faveur. Un séminaire d’étude fut organisé à ce sujet au Vatican au début du mois de décembre par le Conseil >.

Dans le même esprit, le pape a invité les gouvernements à accorder des gestes de clémence aux prisonniers, visant à les encourager, par un allégement de leur peine à valeur symbolique, dans leurs efforts de réhabilitation face à la société. Il insista spécialement sur ce point lors du jubilé des prisons du 9 juillet. Ce jour-là, il se rendit en effet dans la prison de >, située à quelques centaines de mètres du Vatican, pour célébrer la messe au milieu d’environ 70 détenus.

Le 19 décembre, à deux semaines de la clôture de l’année sainte, l’agence romaine pour le jubilé annonçait une arrivée massive de pèlerins pour les célébrations de Noël, du changement d’année, et de l’Ephipanie le 6 janvier. Le président de l’agence, Luigi Zanda, a toutefois d’ores et déjà qualifié l’ensemble du jubilé de > pour la ville de Rome. Les investissements réalisés en vue du jubilé lui ont permis de faire >, a-t-il souligné, que ce soit au niveau de l’hygiène urbaine, de la sécurité ou des transports. Selon lui, l’année sainte a été l’occasion d’une > entre le Saint-Siège et la ville de Rome. (apic/imed/Antoine Soubrier et Caroline Boüan/pr)

20 décembre 2000 | 00:00
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APIC – Dossier

Maurice Page, agence Apic

Etats-Unis: 3e voyage du pape Jean Paul II (040893)

Une Eglise secouée par la crise et les scandales

Fribourg, 4août(APIC) Lors de son 58e voyage à l’étranger, le pape Jean

Paul II, après avoir visité La Jamaïque et le Mexique, se rendra pour la

troisième fois aux Etats-Unis du 12 au 15 août, où il participera à la 8e

Journée mondiale de la jeunesse. Si cette visite de trois jours se limite à

la ville de Denver, et sera consacrée particulièrement à la rencontre avec

les jeunes, elle n’en revêt pas moins un caractère important dans un pays

où l’Eglise catholique est secouée par une crise profonde et par plusieurs

scandales. Par ailleurs, le pape rencontrera pour la première fois le président Bill Clinton.

L’Eglise catholique aux Etats-Unis reste une composante importante de la

vie sociale, elle regroupe environ 30% de la population soit quelque 60

millions de fidèles. Selon une enquête réalisée en 1991, les catholiques

restent très attachés à leur religion: plus de 40% sont pratiquants, 68%

d’entre eux font confiance à l’institution ecclésiale et 64% pensent que

l’Eglise à une compétence en matière sociale.

Une Eglise en crise cependant avec la chute du nombre des vocations sacerdotales et de vifs débats internes sur la place de la femme, le rôle des

théologiens, la morale conjugale ou l’enseignement de la catéchèse. Sans

parler ici des violents scandales d’ordre sexuel qui ont éclaté récemment à

propos d’évêques et de prêtres. Jean Paul II ne s’est pas fait faute de

condamner parfois assez sévèrement cette crise morale lors des dernières

visites d’évêques américains à Rome, rappelant que «la selectivité dans

l’adhésion à l’enseignement directif de l’Eglise est incompatible avec la

foi d’un bon catholique».

Une Eglise pleine de vitalité malgré tout et qui fait preuve de courage

et de dynamisme dans le domaine social, dans la lutte contre la pauvreté,

dans la dénonciation du racisme, dans le refus de l’avortement et de la

peine de mort. L’action des Eglises dans le domaine social est

indispensable aux Etats-Unis, tant les carences du système étatique sont

flagrantes. Dans un pays qui compte 35,7 millions de personnes vivant audessous du seuil de pauvreté (environ 9’500 francs suisses/an), les évêques

rappelaient en décembre 1992: «Nous ne pouvons parler d’un vrai progrès

aussi longtemps qu’il y aura dans notre société autant de préjugés contre

les pauvres, ou si l’on continue à présenter de faux motifs pour justifier

la réduction des aides sociales. En vérité ces mesures anti-sociales frappent les miséreux sans qu’ils puissent exercer la moindre influence politique». Une Eglise qui commence à s’ouvrir aux communautés minoritaires et

indigènes avec la nomination en 1986 puis en 1990 des deux premiers évêques

indiens, ou celle de Mgr Terry Steib, premier évêque noir de Memphis, en

avril dernier, ou encore avec une lettre pastorale demandant en 1992 pardon

aux Indiens pour le racisme des Américains de souche européenne.

Une Eglise dynamique aussi par le doublement en quelques années du nombre de ses diacres permanents, aujourd’hui au nombre de 11’000.

Progrès insuffisant cependant pour pallier la baisse du nombre de

prêtres qui atteindra 26% durant les dix prochaines années. Pour Mgr

Rembert Weakland, archevêque de Milwaukee, l’admission d’hommes mariés au

sacerdoce catholique pourrait bien être la seule possibilité pour l’Eglise

catholique d’assurer sa survie. La question de l’accès des femmes au

sacerdoce est également au centre d’un débat qui divise l’épiscopat

américain depuis maintenant une décennie. En novembre 1992, la quatrième

version de la «lettre pastorale sur la femme» a été rejetée. La majorité

des évêques estimant qu’elle avait été par trop édulcorée par une

intervention du Vatican. Point que Jean Paul II a repris, il y a quelques

jours en recevant un groupe d’évêques américains: «le sacerdoce ministériel

n’a rien à voir avec le pouvoir compris comme privilège ou domination.» Le

pape a en outre insisté pour que soit sauvegardée la distinction «entre les

droits humains et civils et les droits, les devoirs, les ministères et les

fonctions que les individus ont dans l’Eglise».

Jean Paul II, lors des dernières visites ad limina, a aussi réclamé des

évêques «un enseignement clair, sans équivoque et uni, de la foi et de la

morale catholique». Une réponse indirecte à la «déclaration de Washington»

par laquelle 431 théologiens américains remettaient en cause en 1990 l’attitude de la Curie romaine dans le domaine de la recherche doctrinale.

Dans un pays où le taux de divorces, d’avortements, de grossesses chez

les adolescentes et de pauvreté chez les enfants, sont parmis les plus élevés du monde, le pape ne manquera certainement pas de rappeler la doctrine

de l’Eglise dans le domaine de la morale familiale. Au moment où certains

évêques remettent plubliquement en cause l’enseignement de Paul VI condamnant les moyens artificiels de contraception dans son encyclique «Humanae

vitae», dont on fête le 25e anniversaire.

Visite à Bill Clinton

Ce voyage au Etats-unis sera aussi pour Jean Paul II l’occasion de rencontrer pour la première fois le président Bill Clinton. La réprobation

formelle de Jean Paul II face à la guerre du Golfe et à l’attitude américaine face à l’Irak n’avait guère été suivie. La hiérarchie catholique américaine se contentant d’un patriotisme plus ou moins affirmé. Du MoyenOrient à la Bosnie, en passant par la Somalie, les deux hommes ne manqueront pas de discuter quelques-uns des problèmes de la planète. (apic/mp)

4 août 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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