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L’espérance qui ne trompe pas
Gabrielle Brodrecht Agence APIC
Soleure, 25octobre(APIC) Tenant en main un instant son anneau épiscopal
épiscopal, je suis étonnée de le sentir si lourd. Quelques mots sont gravés
sur cette bague hexagonale: « Serviteur de votre joie ». C’est la devise
épiscopale que s’est donné Otto Wüst, évêque de Bâle: « Au service de votre
joie ». Elle est parfois elle aussi lourde à porter.
Depuis longtemps l’évêque s’est habitué au poids de son anneau, il ne le
remarque plus du tout. C’est dans son propre corps qu’Otto Wüst ressent le
poids de son service. Ce n’est pas sans raisons que lors de ses dix ans
d’épiscopat en automme 1992 on l’a remercié pour l’engagement qu’il a mené
jusqu’à la limite de ses forces physiques et « assez souvent au-delà ».
Sa tâche lui tient très à coeur: Otto Wüst n’appartient pas à ce genre
de personne trop sûres d’elles-mêmes et qui répandent un optimisme bon marché en un tournemain. Ce sont plutôt la bonté, une profonde humanité et la
simplicité qui le caractérisent à l’image de ceux qui ont une grande dimension intérieure. Connaître soi-même ce que signifient les soucis, la peur,
les peines, le rend sans doute plus crédible dans sa tâche. Celui qui connaît les ténèbres peut d’autant mieux apporter la lumière dans le coeur des
hommes.
Pour l’évêque, tout s’oriente vers l’espoir et la joie fondés sur le
Christ, vers lesquels il veut diriger ceux que l’amertume et le désespoir
menacent, ceux qui vivent dans la lassitude et la résignation. Auprès par
exemple des personnes qui souffrent des tensions dans l’Eglise: « C’est le
devoir d’un évêque de toujours appeler à l’espoir. » L’espérance est un thème central pour Otto Wüst: « Elle est si essentielle que j’en parle
pratiquement dans chaque prédication et discussion. »
Faire rayonner cette espérance et la rendre saisissable pour tous est
une des préoccupations de l’évêque. C’est aussi pour lui-même une occasion
de s’interroger s’il peut encore vivre avec une conviction totale cette devise qui lui est « tombée dessus » au moment de son élection comme évêque auxiliaire. Depuis des années déjà un passage de la Bible l’accompagnait:
« Nous ne cherchons pas à vous imposer ce que vous devez croire, mais nous
coopérons à votre joie (2 Cor, 1,24) » Offrir cela aux autres n’est pas toujours facile à faire dans les souffrances et les déceptions.
Souffrance et déception ne sont pas étrangères à l’évêque, elles lui.
lui font comprendre et partager ce que vivent les autres. La sensibilité et
l’amour du prochain sont inscrits sur son visage. Il cite volontiers une
autre parole biblique qui le porte comme sa prière: « la détresse produit la
persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée
l’espérance et l’espérance ne trompe pas (Rom 5,3) ».
L’espérance ne trompe pas non plus lorsque la détresse porte le nom de
doute, de crainte lors d’une décision, avant une prédication ou un discours. Ce qui n’est certainement pas un signe de bêtise ni de prétention.
Avec une vraie joie et sans vanité, l’évêque se doit de reconnaître que cela se passent finalement presque toujours bien. Les fidèles lui font souvent savoir combien ils sont heureux de célébrer avec lui.
Construire des ponts
Mgr Wüst inspire confiance, on pressent qu’il vous écoute et qu’on peut
lui parler. Dialoguer et construire des ponts sont pour Otto Wüst deux tâches essentielles au moment où dans l’Eglise on creuse tant de fossés. Autre point d’insistance la collaboration entre l’Eglise universelle et
l’Eglise locale. S’il n’apprécie guère qu’on parle de « voie particulière »
pour le diocèse de Bâle, il est néanmoins très préoccupé par l’autonomie de
l’Eglise locale.
Il n’aurait jamais rêvé qu’un jour il serait évêque d’un million de catholiques répartis dans plus de 500 paroisses dans dix cantons, qu’il serait
évêque du plus grand diocèse de Suisse. « Grand Dieu non, j’étais un homme
timide et tranquille ».
De l’époque où il a étudié à l’Université pontificale grégorienne à Rome
– jusqu’au doctorat – l’amour de l’art et du sud lui est resté. Même si
aujourd’hui il ne peut plus voyager et si au lieu de randonnées en montagne
il doit se contenter de promenades dans le jardin.
Période heureuse dans la Ville sainte où il pouvait vivre la grandeur de
l’Eglise universelle. Beaucoup d’évêques et de cardinaux se rendaient en
visite au Germanicum. L’occasion pour Otto de jouer dans l’orchestre des
étudiants. Aujourd’hui la musique le charme toujours que, même s’il n’a
plus ressorti son violon depuis des dizaines d’années. Il doit dormir quelque part dans le grenier de la maison de ses parents à Sursee. Otto Wüst
est né dans ce village près de Lucerne en 1926. Cinquième enfant d’une famille croyante, dont la vie était rythmée par les fêtes de l’Eglise, Otto
décide de devenir prêtre non pas seulement par « tradition catholique » mais
avoue avoir « grandi tout naturellement dans cette vocation ». Très tôt il a
su quelle voie il allait prendre. L’influence des organisations de jeunesse
et l’exemple de certains prêtres furent aussi déterminants dans ce choix.
Otto Wüst ne fut jamais curé d’un paroisse, il a été vicaire à Berne,
puis secrétaire général de l’Association des catholiques suisses, recteur
du séminaire de Soleure, vicaire épiscopal, puis évêque auxiliaire en 1976.
Il fut le premier à occuper ce poste depuis la « refondation » du diocèse de
Bâle en 1828. Ce diocèse, qui dans son histoire a connu de nombreux conflits, constitue aujourd’hui uniquement par sa taille un défi incroyable
pour un évêque. Otto Wüst fut aussi un des membres fondateurs de l’Action
de Carême.
Eveiller la joie
Otto Wüst qui connaissait de près le travail de son prédécesseur Mgr Anton Hänggi hésita avant de répondre à l’appel à l’épiscopat. Ce qu’il
disait alors à propos de ses objectifs est encore valable aujourd’hui:
éveiller la joie de la présence de l’Eglise, montrer son visage humain, encourager la co-responsabilité des laïcs, s’engager pour une Eglise vivante
et ne jamais devenir un manager ou un bureaucrate. « Je n’en serais d’ailleurs pas du tout capable », dit-il en riant de lui-même lui qui ne s’accorde aucun talent d’organisateur. » Dieu merci j’ai pour cela une excellente
chancelière. »
La communauté du palais épiscopal, en face du château de Steinbrugg, à
Soleure lui est indispensable. « Tout seul je ne le supporterais pas ». A la
question de ce qui lui fait particulièrment plaisir, il répond spontanément: « La rencontre avec les gens. » Proclamer l’amour de Dieu aux hommes
est le sens de la vie dans son pèlerinage vers Dieu. (apic/gbr/mp)
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