Marie-Joëlle ou l’histoire d’une rencontre qui sauve

APIC – Témoignage

Par Pierre Rottet, agence APIC

Issue d’un ménage brisé, abusée des années durant par son beau-père, prise

dans les rêts de la drogue, chutes et rechutes. Marie-Joëlle Blanc a 46

ans; elle a rencontré le Christ grâce à des amis. Abîmée par la vie, au bénéfice d’une rente invalidité, elle parcourt aujourd’hui les rues de Fribourg pour aider son prochain dans la détresse. Portrait de cette habitante

de Givisiez.

L’abus de la drogue, voire de l’alcool pendant de longues années n’ont

en rien altéré les traits d’un visage gracieux et allongé surmonté de longs

cheveux noirs. Dans l’appartement d’une personne convalescente qu’elle

s’emploie à nettoyer, Marie-Joëlle évoque avec « son protégé » la nuit de Noël à venir. Tout un symbole, pour elle qui s’est un jour sentie renaître en

découvrant le Christ. « Le seul qui n’abandonnera jamais personne », glisset-elle en préparant le café.

Le drame de l’enfance de Marie-Joëlle, qu’elle évoque pour l’APIC, c’est

aussi celui de milliers d’enfants. Son vécu d’adolescente puis de femme?

Sans doute pas différent de celui de tant d’autres êtres. La poisse qui

colle aux basques, le difficile engrenage des revers qui mènent à la chute,

les mochetés quotidiennes, la table sans pain, les mains sans travail, la

maladie…, la drogue, la marginalisation. L’histoire de Marie-Joëlle? Somme toute aussi et sans doute celle d’une légion de femmes et d’hommes croisés dans la rue sans même les apercevoir. Portrait d’une détresse annoncée,

puis d’une « résurrection » née de la volonté de s’en sortir. De sortir du

trou après la découverte, un jour, que la foi retrouvée peut parfois faire

des miracles.

Française d’origine née en 1947 près d’Annecy, Marie-Joëlle a deux ans

lorsque sa mère se sépare de son père. La famille, qui vit à Genève, se

disloque bientôt. Avec son frère et sa soeur, Marie-Joëlle est brinquebalée

d’une pension à l’autre, d’une famille à une connaissance, d’un lieu de

fortune à un domicile momentané, séparée du frère, loin de la frangine. Le

manège du non retour continue. Jusqu’à l’âge de 10 ans. Sa mère alors remariée décide de la reprendre.

A l’amertume d’un foyer brisé, à la tristesse d’une rupture brutale avec

un père, vient bientôt s’ajouter la frustration d’une affection maternelle

refusée. Pire, les reproches pleuvent sur la gamine « coupable de trop ressembler à son paternel ». Pire? Joëlle ne se doutait pas qu’elle était loin

du compte, des désillusions et des lâchetés. De l’horreur. Son beau-père

abuse sexuellement de la fillette et de sa soeur. Le mutisme, la peur… Le

manège durera 9 ans.

Du droit de rêver à l’engrenage de la drogue

Marie-Joëlle a alors 19 ans. L’écoeurement n’empêche pas les rêves de

l’adolescente. Qui prennent on s’en doute la forme du prince charmant,

qu’elle croit rencontrer sous la forme d’un gosse de 19 ans. Le mariage la

même année, sous prétexte, car tous deux sont mineurs, d’être enceinte,

puis la naissance d’une fille avec deux mois de retard par rapport à l’annonce faite aux parents. Son désir était de fonder un foyer et d’avoir une

vraie vie de famille. Mais la réalité se charge tantôt de détruire son rêve: le divorce… 16 mois après.

La jeune mère n’en continue pas moins à croire que tout peut changer.

C’est qu’elle a plus d’une corde à son arc, Marie-Joëlle, avec son métier

de vendeuse, avec le certificat d’aide coiffeuse, qu’elle obtient ensuite,

ou encore plus tard grâce au job de dactylo-réceptionniste. La thérapie par

le travail… la nécessité en fait de tenter d’oublier le mal subi et de

refermer des blessures enfouies en elle. Mais de nouveaux revers s’ajoutent

encore, tous ressentis comme autant de rêves brisés. Le pas de Marie-Joëlle

déjà esquissé en direction de la marginalisation se fait plus définitif.

D’autant plus facilement que le monde de l’époque vit à l’heure de la « révolution hippie » à laquelle Genève n’échappe pas. Le « tremplin » idéal, somme toute, pour la jeune fille qui se précipite dans l’infernale spirale de

la drogue.

Un joint de « H », le LSD ensuite… et le classique engrenage des amphétamines, des champignons hallucinogènes, de l’opium… L’alcool et les somnifères, les médicaments puis la première piqûre de morphine, la seconde…

Pas facile de s’en sortir, de s’extirper d’une « faune » composée de quelques

paumés déjà marqués par la drogue. Surtout si l’on recueille dans son « appart’ » un plus perdu que soi, un de ces gars pour qui l’univers s’arrête au

monde imaginaire qu’il s’est forgé. « Il s’appelait Dan et ne devait venir

que pour quelques jours… Il est devenu plus tard mon mari et le père de

mes deux autres enfants », confie aujourd’hui Marie-Joëlle.

Tout est possible pour qui veut s’en sortir…

Dan ne fut pas le tournant espéré dans sa vie. Le hasard d’une rencontre

d’un soir allait pourtant le lui offrir, ce virage, sous la forme d’une retrouvaille…, d’un ami nommé Fernand. Une connaissance de son village

français natal. Un théologien catholique nanti d’une foi suffisamment forte

pour être transmise à Marie-Joëlle. Une lente découverte pour une conversion qui devait changer sa vie. Elle en parle et témoigne aujourd’hui: « Je

serais cuite si je perdais la foi en Dieu. La découverte du Christ m’a tout

apporté… on ne retourne pas en arrière lorsqu’on a connu ça ».

Cette transformation, ce cheminement vers la religion, vers la foi et

une confiance retrouvée, Marie-Joëlle l’a consignée dans une brochure éditée en 1976. « Il était important de pouvoir témoigner de ce que j’avais vécu, de montrer et prouver à ceux qui, comme moi, tombent dans le gouffre de

la drogue qu’il est possible de se sortir des pires choses de la vie…

parce que tout est possible à l’homme s’il le veut. Mon but était aussi de

dire que par la foi en Dieu, on s’en sort encore mieux », explique-t-elle

avec un sourire qui en dit long sur sa confiance retrouvée. Et qui lui permet aujourd’hui de venir en aide, d’apporter son soutien ou tout simplement

sa présence aux marginaux, aux ignorés et aux rejetés de la société, aux

démunis ou autres paumés de la vie qu’elle connaît bien pour avoir un jour

été l’une des leurs. « Ils ont besoin de savoir que les autres les aiment

aussi, même s’ils sont dans la difficulté ».

Rien ne lui sera pourtant épargné. De son mariage avec Dan en 76 vont

naître deux enfants, un fils en 1977, une fille deux ans plus tard. La drogue, pense-t-elle, n’est plus pour elle qu’un mauvais souvenir. Les contacts et les heures de conversation avec Fernand semblent apporter à tous

deux la solidité morale dont ils avaient besoin. L’appui nécessaire pour

puiser dans la foi la force d’aller de l’avant. « Je pensais que Dan et moi

marchions ensemble. Je me suis trompée. La conversion de mon mari était

trop artificielle… je le voyais lentement retomber, jusqu’au jour ou j’ai

constaté que rien ne tenait plus entre lui et moi ».

Un premier déménagement de Genève à Lausanne, puis un second à Fribourg.

Six ans après leur mariage, les premières grosses difficultés refaisaient

surface: la panique pour Marie-Joëlle, puis l’angoisse et enfin la rechute.

Dans la drogue, l’alccol et les médicaments. La séparation, le divorce et

la perte de la garde des enfants… le couperet de la justice, tranchant

comme l’opinion publique et insensible à la douleur.

Une année de doute, de « zone » dans les rues de Fribourg… pour finalement remonter à nouveau la pente. Les contacts écrits entretenus avec Fernand lui sont d’un grand secours. Et les retraites périodiquement faites à

Hauterive depuis 1984 contribueront à asseoir et à raffermir sa foi. Grâce

notamment à Frère Emmanuel, devenu pour elle un véritable guide spirituel.

Et un ami à travers les chants religieux qu’il édite et compose. Une forme

d’expression que Marie-Joëlle a depuis belle lurette déjà expérimentée en

accompagnant à la guitare les quelque 200 chansons qu’elles a écrites et

composées.

Du moral, Marie-Joëlle a en aujourd’hui à revendre, malgré le dernier

coup dur subit en début d’année: le suicide de son ex-mari. Une collaboration au « Tremplin », une autre pour apporter à domicile les repas chaud de

la Croix-Rouge, des repas et surtout une présence réconfortante qu’elle assure pour des enfants momentanément (?) séparés de leur mère, des ménages

chez des personnes âgées ou malades… Active et bénévole chaque jour de

la semaine, Marie-Joëlle n’hésite pas à s’approcher des services sociaux de

la ville pour présenter un « cas » ramassé dans la rue. Les paumés et les

marginalisés, les clochards les alcoolos ne sont pas oubliées pour leur offrir un mot ou une présence. Une disponibilité. Même si le temps lui manque

parfois… et qu’elle aimerait faire plus encore: « j’ai appris que l’Eglise

manquait de bénévoles laïcs prêts à offrir leur service dans les différents

domaines sociaux. Je ne demande pas mieux que de me mettre à disposition.

Et aussi d’aider plus efficacement encore les jeunes qui traînent dans les

rues, soumis qu’ils sont, pour certains d’entre eux du moins, aux tentations de la drogue ».

Ses modèles ont pour noms l’abbé Pierre, Mère Teresa… ou encore Guy

Gilbert, le prêtre des loubards. Les situations difficiles rencontrées aujourd’hui dans la rue lui sont proches. Marie-Joëlle les a vécues une à une

sinon toutes à elle seule. Pour s’en sortir finalement. Pas seule, dit-elle

en souriant et en observant un tableau contenant une scène biblique.. Mais

c’est là une autre histoire. (apic/pr)

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