APIC – Interview
Bilan de six premiers mois d’épiscopat
Jean-Paul Federneder, Agence APIC
Dans le but de contribuer à résoudre les tensions persistantes dans le diocèse de Coire et à rétablir la pleine communion ecclésiale, le pape Jean
Paul II a nommé deux évêques auxiliaires que Mgr Wolfgang Haas «intégrera
pleinement dans la direction du diocèse», annonçait le 4 mars la Conférence
des évêques suisses. Les deux nouveaux élus, le jésuite Peter Henrici et le
religieux marianiste Paul Vollmar, ont été ordonnés évêques le 31 mai dernier, lundi de Pentecôte, en l’abbatiale d’Einsiedeln. Bilan des six premiers mois d’épiscopat de Mgr Paul Vollmar.
Au début d’une nouvelle année liturgique, à la veille d’une nouvelle année
civile, c’est le temps des bilans. Mgr Vollmar, depuis son ordination épiscopale, vient de vivre six mois comme évêque auxiliaire de Coire. Il a accepté d’évoquer pour l’APIC quelques uns des problèmes auxquels il doit
faire face dans son ministère.
APIC:Avant de faire un court bilan de cette expérience, pouvez-vous nous
dire s’il existe un apprentissage pour devenir évêque ?
MgrVollmar:Il y a une semaine, on m’a dit: on ne naît pas évêque. Donc il
faut faire un apprentissage, mais il n’y a pas d’école de formation à
l’épiscopat, pour apprendre à vivre et agir comme évêque. Je crois que
c’est l’expérience de la vie qui le montre. De là l’avantage d’avoir des
évêques-accompagnateurs qui montrent comment faire et qui sont des exemples
d’évêques pour tous.
APIC:Vous avez été plongé sans grande préparation dans ce ministère…
MgrVollmar:Cette affirmation mérite rectification. Au séminaire de Sion,
on m’avait souvent répété: un provincial, c’est un évêque. Les questions et
les problèmes qu’un évêque doit résoudre sont des questions de personnes:
chercher des gens pour telle et telle paroisse, rechercher des solutions à
des problèmes personnels. Cette fonction est aussi celle d’un provincial.
De ce fait, c’est une continuation. je peux même considérer le provincialat
comme une préparation au ministère d’évêque.
APIC:Ces six mois comme évêque auxiliaire du diocèse de Coire, les
avez-vous vécus comme un temps d’apprentissage ?
MgrVollmar:Je ne le crois pas, parce que je me sentais un peu seul. Dans
un apprentissage, des personnes initient à une tâche, des personnes qui
guident et entourent. Pratiquement, j’ai dû chercher personnellement les
moyens et les personnes susceptibles de m’aider.
APIC:Quels ont été durant cette période vos joies d’évêque auxiliaire ?
MgrVollmar:C’est surtout la confiance que l’on m’a accordée: une confiance illimitée des prêtres, des confrères évêques et des fidèles. La plupart
des gens que j’ai rencontrés m’ont manifestement exprimé une confiance, une
très grande confiance. Actuellement, après bien des déceptions de leur part
– ils pensaient que tout allait changer – ils voient qu’il faut de la
patience.
La confiance n’a cependant pas diminué, les gens disent qu’ils espèrent.
Nous constatons qu’il y a aussi des changements positifs. Lesquels ? Les
invitations à la confirmation, par exemple, à parler, à prendre contact
avec les décanats, les prêtres. On cherche réellement le contact, le dialogue.
APIC:Au commencement de votre épiscopat, nous vous êtes proposé de mener
un style de dialogue avec les gens. Dans quels domaines avez-vous réussi à
l’instaurer ?
MgrVollmar:Ma vie consiste en des voyages, des prises de contact avec les
prêtres, les fidèles. Partout, dans les régions où je suis responsable, je
cherche à vivre sur place des expériences avec le peuple de Dieu. Je suis
responsable du canton des Grisons et de la Suisse primitive – le canton de
Schwyz fait partie de la région dont s’occupe l’autre évêque auxiliaire,
Mgr Peter Henrici – et le Liechtenstein.
APIC:Vous avez aussi, dans le cadre de la Conférence des évêques suisses,
les dicastères de la pastorale du tourisme et des séminaires. Recevez-vous
là aussi le même accueil ?
MgrVollmar:Si je voulais accepter toutes les invitations, j’aurais en
même temps au moins quatre proprositions de réunions. Souvent je dois
refuser, n’ayant pas la possibilité matérielle d’y participer.
APIC:Vous venez d’évoquer vos joies, surtout celle de la confiance que
l’on vous accorde. Et les difficultés auxquelles vous vous heurtez ?
MgrVollmar:C’est surtout au niveau du contact avec les prêtres, les assistants pastoraux, les diacres permanents, en un mot avec tous ceux qui
sont intégrés d’une certaine manière dans l’Eglise et la pastorale de
l’Eglise. Je dois malheureusement constater que beaucoup de ces personnes
sont malades. Elles portent en elles des blessures, d’énormes blessures,
pas tellement au niveau intellectuel, mais au niveau affectif.
Ces blessures viennent d’un monde blessé, certainement, mais aussi de
circonstances qui agrandissent ces blessures, ou les provoquent même. Elles
viennent également de rencontres, de réactions personnelles, de situations
d’injustice. Il y a des blessures dues au manque de communication. Je crois
qu’un dialogue fraternel provoquerait beaucoup moins de blessures. On est
là, on reçoit des ordres dont on ne perçoit pas le sens. Cet état de choses
peut provoquer intérieurement des réactions négatives…
Le moyen par excellence de les soigner, c’est le contact personnel: donner l’occasion aux gens blessés de s’exprimer. Que peu à peu ils se rendent
compte de leurs blessures, souvent inconscientes. Ils s’opposent à quelque
chose, ils ne savent pas à quoi. Ils parlent de structures, de telle ou
telle personne. Au fond, il faut leur faire saisir leur manque de réalisme,
le fait qu’ils n’acceptent pas la réalité.
Très souvent, ces gens manquent aussi de vie spirituelle authentique.
Toute la base de la foi est absente. Si la foi manque, il n’y a rien à faire: on considère tout avec des yeux charnels et à partir de ce moment-là,
rien ne peut plus être entrepris.
APIC:Une enquête révèle que les prêtres du Jura ne peuvent consacrer que
quatre heures par semaine à la prière. Est-ce aussi le cas dans le diocèse
de Coire ?
MgrVollmar:Plusieurs prêtres ont certainement beaucoup de difficultés à
trouver du temps pour la prière et le silence, pour se retirer, pour être
en présence du Christ. Je crois aussi que c’est dû à un manque d’organisation. En outre, la fatigue les gagne. Ils ne voient plus le sens de la
prière. Ainsi, ils deviennent des organisateurs, des managers, qui vont de
gauche à droite et le soir, ils sont trop fatigués.
Si les prêtres diocésains sont souvent seuls dans leur paroisse et ne
sont pas encouragés à la prière par d’autres ? C’est certainement une raison. C’est pourquoi on encourage aujourd’hui les prêtres à s’unir, pour
former des communautés de vie et de prière. Partout où existent ces communautés, il est plus facile de se réunir pour prier.
APIC:A propos de vos relations avec les médias, vous avez rencontré
quelques surprises…
MgrVollmar:Par nature, je suis très ouvert et je dis les choses très
clairement. J’ai dû constater que certains en ont profité. Poussés par des
gens qui disent être de l’Eglise et qui veulent lutter pour elle, ils en
ont profité pour la noircir et la critiquer. J’ai été très très étonné des
interprétations ou même des manipulations de certains de mes énoncés. Il y
a des conséquences et l’on devient très prudent: on ne parle plus et l’on
n’accueille plus de journalistes. C’est dommage.
Le journalisme est nécessaire, il faut informer. Mais quand on a le
sentiment que l’on est instrumentalisé pour lutter contre l’Eglise et que
l’on n’a même pas la possiblité de rectifier, ou de corriger, alors on
préfère ne rien dire. J’ai été déçu par le manque d’honnêteté de certains
journalistes qui ont profité de mes déclarations pour faire vendre leurs
publications. Ils ont écrit des choses qui ne sont pas justes.
Quand je parle, j’énonce des principes, mais je passe aussi à
l’application. Certains ont pris l’application comme principe. Ils ont
pratiquement inversé ce que j’avais dit pour arriver à de réelles hérésies.
Si je commence à faire des rectifications, une polémique s’installe.
Résultat: on préfère se taire.
APIC:Avez-vous un souhait très concret à exprimer aux journalistes ?
MgrVollmar:Qu’eux-mêmes ne s’inquiètent pas seulement de savoir si on les
lira ou si on les écoutera lorsqu’ils seront publiés. Qu’ils se posent
plutôt la question: est-ce que c’est vrai ? Est-ce que cela va profiter à
la vérité, à l’Eglise, à l’humanité toute entière ?
APIC:Mgr Henrici et vous-même avez été choisis comme évêques auxiliaires
de Coire pour rétablir une confiance «chancelante». Voyez-vous pousser des
bourgeons de réconciliation dans l’Eglise qui est à Coire ?
MgrVollmar:Il est difficile de répondre à cette question. Actuellement,
nous nous rendons compte qu’il faudrait améliorer la situation: il faut
changer. Ces dernières années – on remonte même à vingt ans – dans le diocèse de Coire, de situations ont été créées que l’on ne change pas en quelques mois. On ne voit pas encore réellement quelque chose de nouveau. La
confiance est là, mais ce n’est pas encore la confiance pour l’ensemble de
l’organisation de la direction du diocèse.
Nous sommes à un stade de difficultés grandissantes, mais nous espérons
que nous arriverons peu à peu à améliorer et à normaliser la situation dans
le diocèse.
APIC:Faudra-t-il plus que les trois à cinq ans que vous vous donniez lors
de votre ordination épiscopale pour rétablir la confiance dans le diocèse ?
MgrVollmar:Je ne crois pas. Nous n’en sommes qu’à la première année. Les
prêtres, les fidèles et les communautés paroissiales ne sont pas encore
prêts à réagir, à prendre le chemin que l’on prévoit et de dire: «Ce
pourrait être la solution». Après deux ou trois ans, une amélioration se
verra plus clairement.
APIC:Comment travaillez-vous entre évêques dans le diocèse de Coire ?
MgrVollmar:Les trois évêques se rencontrent régulièrement une fois par
semaine. Le jeudi une demi-journée est consacrée à cet effet. Parfois l’on
n’arrive pas à se réunir ce jour-là en raison d’une obligation pressante
avec telle commission.
En principe, nous nous réunissons régulièrement et nous échangeons facilement sur les problèmes rencontrés dans notre ministère. Echanger, c’est
un premier pas. Peu à peu, nous arrivons à une même conception. Peter Henrici et moi-même sommes au même niveau: nous avons les mêmes intentions,
nous collaborons très bien.
Nous espérons que peu à peu les autres membres de l’ordinariat – en font
aussi partie surtout les deux anciens vicaires généraux, les chanoines Walter Niederberger et Christoph Casetti, qui habitent également à Coire et
qui sont les premiers collaborateurs des évêques -, arriveront aussi à voir
comment on peut améliorer la situation. (apic/jpf/be)
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