Instruction sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres

APIC- Commentaire

Les laïcs ne sont pas que des suppléants

Par l’Abbé Marc Donzé, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg

Fribourg, 13 novembre 1997 (APIC) «L’instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres» rendue publique le 13 novembre, porte la signature de huit dicastères de la curie romaine. C’est dire le poids qui lui est conféré. Elle vise à restituer le rôle des agents pastoraux laïcs par rapport à celui du prêtre dans une première partie. Elle donne des normes pratiques d’application du droit sur la place des laïcs dans l’action pastorale de l’Eglise. Ces normes sont, il faut bien le dire très restrictives. Elles vont poser de nombreux problèmes en Suisse et ailleurs.

Dans notre pays en effet, le ministère pastoral a subi des développements spectaculaires depuis le Concile Vatican II. De très nombreux laïcs ont acquis un formation théologique. Ils portent avec les prêtres la responsabilité de la pastorale. Catéchistes, assistants pastoraux, responsables laïcs de paroisses, animateurs de jeunes, responsable d’aumônerie en milieu hospitalier ou carcéral, forment une impressionnante et indispensable cohorte. Alors que le ministère était presque exclusivement assumé par le prêtre avant le Concile, il est maintenant le fait d’acteurs variés, ministres ordonnés et laïcs travaillant en coresponsabilité.

Cette évolution s’est faite sous le pression des circonstances, certes puisque le nombre de prêtres diminue. Mais surtout elle s’est faite dans la sagesse du peuple de Dieu qui a compris que les tâches d’évangélisation, de préparation aux sacrements, de service des pauvres et de la justice, de coordination de la vie communautaire pouvaient être portées de manières plurielle et variée en respectant les spécificités de chacun.

Cette diversité des ministères peut reposer sur la tradition première de l’Eglise. Saint Paul nous en offre des listes, dans l’Epître aux Ephésiens par exemple. La porte en a été entrouverte par la Constitution sur l’Eglise de Vatican II. Paul VI l’a élargie, en donnant en 1972 une consistance propre aux ministères laïcs de lecteur et d’acolyte en prévoyant la mise sur pied d’autre ministères encore. Paul VI encore, dans son écrit de 1975 sur l’évangélisation, et Jean Paul II dans son encyclique de 1990 sur la mission du Rédempteur, ont confirmé cette ouverture, tout en gardant une certaine prudence.

Il est dès lors étonnant que l’Instruction, dans sa partie théologique veuille recentrer tout le ministère sur celui du prêtre (et de l’évêque) et n’octroyer aux agents pastoraux laïcs qu’une fonction de suppléance, quand font défaut les prêtres. Les ministères laïcs ont leur figure propre, fondée sur le baptême et la confirmation. Un visiteur d’hôpital ou un catéchiste professionnel n’exercent pas seulement une fonction de suppléance. Ils ne sont pas uniquement les aides du prêtre. Ils manifestent et réalisent à leur place la responsabilité du peuple de Dieu dans son ensemble pour l’annonce de la Parole ou le souci de ceux qui souffrent. Et le plus souvent, ils savent le faire en respectant la spécificité du ministère du prêtre.

Dans la logique de la concentration de tout le mystère ecclésial sur la fonction presbytérale, les normes d’application du droit visent à restreindre beaucoup l’engagement des ministres laïcs pour préserver au maximum la spécificité du prêtre. Un exemple : prenons un assistant pastoral formé théologiquement, muni d’un mission canonique de son évêque. A-t-il le droit de prêcher dans une église (et il ne s’agit pas ici de l’homélie de la messe mais d’une autre forme de prédication) ? Selon l’Instruction il n’en a pas le droit propre. Il peut y être admis en certaines circonstances exceptionnelle, si l’utilité s’en fait sentir dans des cas particuliers (art2 & 3)

Un autre exemple qui concerne une situation de suppléance cette fois-ci . le droit canonique (517&2 ) prévoit que l’évêque en cas de pénurie de prêtres peut confier à un laïc une participation à la charge pastorale en lui donnant la responsabilité d’une paroisse, sous la modération d’un prêtre responsable. Ce cas de figure existe chez nous. L’Instruction précise qu’il s’agit d’une participation à l’exercice de la charge pastorale et non pas de diriger de coordonner, modérer, gouverner la paroisse, charge qui revient au prêtre (art. 4&1). Mais, dans les faits, c’est bien le laïc en responsabilité de la paroisse qui coordonne et qui dirige. Le prêtre qui n’est pas résidant dans la paroisse, exerce en réalité une «haute surveillance» sur le travail de ce laïc. Cela signifie qu’il veille sur la fidélité ecclésiale de la tâche de coordination et de direction de ce laïc et qu’il vient dans la paroisse pour célébrer les actes qui appartiennent exclusivement au prêtre, à savoir l’Eucharistie, le sacrement du pardon et, le cas échéant, les autres sacrements. La reconnaissance de la consistance réelle et propre de la mission du laïc en charge d’une paroisse n’est pas une exagération.

Cette Instruction est un document de réaction. Il manifeste une peur devant les abus, mais les abus ne sont pas la règle. Il veut légiférer pour l’Eglise entière alors que les situations ministérielles sont si diverses à Bâle, Kinshasa ou Novossibirsk. Pourquoi ne pas laisser le champ aux Eglises locales pour déployer selon leur génie et leur nécessité la figure des ministères au service du Peuple de Dieu, dans le respect bien sûr de la structure fondamentale de l’Eglise catholique ? (apic/Marc Donzé/mp)

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