APIC – Interview

Jean-Claude Noyé, correspondant APIC à Paris

Paris: Comité épiscopal de l’immigration reçu au Ministère de l’Intérieur

Dénoncer la politique qui entretient des fantasmes d’invasion

Paris, 29 septembre 1997 (APIC) Les évêques français veulent participer au débat sur l’immigration. En dénonçant, entre autres, une politique qui entretient dans l’opinion publique des fantasmes d’invasion. Pour se faire, Mgr Charles Thomas, évêque de Versailles et président du Comité épiscopal des migrations et des gens du voyage, prend langue avec le ministère l’Intérieur. Il vient de remettre aux collaborateurs de Jean-Pierre Chevènement un document qui souligne les préoccupations et les attentes de l’épiscopat sur l’immigration.

Mgr Thomas était accompagné du Père Jean-François Berjonneau, secrétaire national du Comité épiscopal. Ce dernier explique au correspondant APIC à Paris le sens de cette démarche et les principaux points du document présenté.

APIC: Quels sont les points centraux du document remis au Ministère de l’Intérieur?

J.-F. B. : Il s’agit d’un argumentaire en trois points: Nous développons notre priorité en faveur du respect des droits de l’homme; puis nous lions la question de l’immigration à celle du développement; enfin nous relançons le débat public déjà engagé sur cette question par les propositions du gouvernement Jospin.

APIC: Vous plaidez pour « une stratégie globale de solidarité avec les pays les plus pauvres ». Dans ce cadre, vous proposez l’arrêt du soutien aux classes dirigeantes corrompues. Est-ce réaliste?. Le président François Mitterand avait pris une mesure équivalente pour les pays d’Afrique. Or elle est restée lettre morte.

J.-F. B. : Il faut en tous cas aller dans cette direction. On voit bien que l’exode des Zaïrois et leurs nombreuses demandes d’asile étaient liés au soutien du dictateur Mobutu par les puissances occidentales. Les flux migratoires ont un lien direct avec le non-respect des droits fondamentaux. Il faut savoir faire des choix parmi les régimes politiques.

APIC : Vous préconisez une stratégie globale de solidarité avec les pays les plus pauvres qui fasse l’objet d’une concertation européenne, en accord avec les pays d’émigration. N’est pas une politique utopique?

J.-F. B. : Il s’agit certes d’une politique à long terme, mais il faut bien s’y atteler. On ne peut, en aucun cas, croire et faire croire que la seule logique de la régulation des flux migratoires – que nous ne contestons pas dans le contexte actuel – se suffise à elle-même. Précisément, parce qu’il s’agit d’une politique à court terme. La France, à elle seule, ne peut soutenir un ambitieux programme d’aide au développement. Tous les directeurs nationaux de pastorale des migrants vont se réunir à Strasbourg. J’espère bien que les Eglises s’exprimeront fortement dans un texte commun sur cette question.

L’épiscopat allemand est déjà allé beaucoup plus loin que nous dans sa demande d’une politique audacieuse de solidarité active avec les pays pauvres. Une politique dont la régulation des flux migratoires n’est qu’un élément, en aval, si j’ose dire, alors qu’il faut l’aborder aussi en amont.

APIC: Vous avez souligné les incidences négatives de l’actuelle politique française de l’immigration, y compris celle que préconise le rapport Weil. Quel est le point principal qui vous chicane?

J.-F. B. : Cette politique entretient l’opinion publique dans des fantasmes d’invasion qui n’aident pas les gens à aborder le problème sereinement. Il me semble que l’on escamote le débat public qui mériterait d’être plus ample, moins précipité. Même si le projet de loi Chevènement apporte des améliorations réelles au texte précédent des lois Pasqua-Debré.

APIC: Lesquelles ?

J.-F. B. : D’abord la restauration du droit du sol, mais aussi l’assouplissement des critères pour le regroupement familial. Nous apprécions enfin l’élargissement du droit d’asile politique et le fait que d’autres catégories d’étrangers pourront bénéficier d’une carte de séjour.

Nous regrettons par contre que ne soit pas prévu un recours suspensif en cas de refus d’entrée sur le sol français. Le maintien de l’exigence des certificats d’hébergement est à nos yeux également regrettable. Comme le fait que la commission de séjour n’ait pas été rétablie.

APIC. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendus par vos interlocuteurs?

J.-F. B. : Oui. Notamment sur la question du débat public qui n’est pas encore à la hauteur des enjeux concernant l’immigration. Mais le ministère de l’Intérieur nous a renvoyé la balle en nous disant qu’il nous revenait la tâche de moraliser le débat et de contribuer à l’amplifier. Ce que nous allons nous efforcer de faire. (apic/jcn/ba)

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