Les femmes en Eglise ont marché pour une meilleure formation

«Reconnaissance, formation, parité». Ces trois mots clés ont mené le Réseau des femmes en Eglise à travers Fribourg, le 14 juin 2023, à l’occasion de la Grève des femmes. Au terme de leur marche, les manifestantes et manifestants ont été reçus au Centre catholique romand de formations en Eglise (CCRFE).

En cette chaude matinée de juin, un petit groupe de femmes est réuni devant la gare de Fribourg. La teinte dominante de violet qu’elles arborent indique leur participation à la Grève des femmes. La reprise de cette démarche lancée en 1991 a eu lieu en Suisse le 14 juin 2019. Le mouvement national a été relayé au sein de l’Eglise notamment par le Réseau des femmes en Eglise. Les militantes se réunissent chaque année depuis lors dans une ville de Suisse romande pour revendiquer une juste place des femmes dans l’institution.

A Fribourg, en 2023, la manifestation est placée sous le thème de la formation. C’est ainsi que la banderole soudain dépliée affiche le slogan: «Reconnaissance, formation, parité.»

Dire merci aux femmes

D’autres participantes commencent à arriver avant le départ de la marche, prévu à 10h. Quelques hommes rejoignent aussi le groupe. Canisius Oberson, curé retraité à La Chaux-de-Fonds, Jean-Marc Buchs, agent pastoral à Fribourg, et le chanoine Claude Ducarroz, ancien curé de la cathédrale de Fribourg, épinglent notamment le pins violet à leur chemise.

Une vingtaine de personnes étaient présentes à Fribourg, dans le cadre de la Grève des femmes (Fribourg, 14 juin 2023) | © Véronique Benz/Eglise catholique dans le canton de Fribourg

«Je viens premièrement pour dire merci aux femmes de tout le bonheur qu’elles apportent dans notre Eglise, déclare Claude Ducarroz. Nous sommes en pleine démarche synodale où le mot d’ordre est ‘écouter’, alors moi je viens écouter la parole des femmes quand elles peuvent la prendre». «D’une manière générale, il faut sortir l’Eglise de la domination patriarcale-cléricale», lance le prêtre qui blogue régulièrement sur cath.ch.

Les participantes et participants viennent de plusieurs cantons. Maryline, du Valais, était déjà présente pour la première édition de la Grève des femmes, à Lausanne, en 2019. Pour elle, la lutte pour la place des femmes dans l’Eglise est encore pleinement nécessaire. Elle a récemment entendu un curé dire qu’il y avait «trop de femmes dans l’Eglise». «Moi, ce que j’ai observé, c’est que les groupes pastoraux intégrant des hommes et des femmes fonctionnaient beaucoup mieux. Ce que nous recherchons ce n’est pas de prendre le pouvoir, mais de mettre en place une réelle complémentarité».

Accueil bienveillant

A l’heure indiquée une vingtaine de personnes sont sur le départ pour le CCRFE, distant d’environ 700 mètres. «C’est moins que les années précédentes, note Marie-Christine Conrath, cheville ouvrière de la démarche. Je ne peux pas exactement l’expliquer. Comme la Grève des femmes tombe cette année en pleine semaine, beaucoup n’ont pas eu de disponibilité. Certaines personnes se reposent peut-être aussi sur le travail réalisé par notre bureau, depuis qu’il a été créé.»

Le chanoine Claude Ducarroz a participé à la manifestation (Fribourg, 14 juin 2023) | © Véronique Benz/Eglise catholique dans le canton de Fribourg

La petite troupe se dirige vers sa destination en passant par l’Université. Des passants curieux demandent la raison de cette marche. Un homme prend même une photo. A l’approche du CCRFE, les slogans commencent à fuser. Les marcheurs reprennent en chœur le slogan «Reconnaissance, formation, parité».

«Depuis notre intervention à la séance de la COR à Lausanne, lors de la grève de 2019, la démarche a porté des fruits»

Sur le porche du Centre de formations, une petite délégation attend les manifestantes et manifestants avec le sourire. Il y a là Céline Ruffieux, représentante de l’évêque pour la partie francophone du canton de Fribourg, qui représente sur place la Conférence des ordinaires romands (COR), Federica Cogo, théologienne formatrice au CCRFE, ainsi que Philippe Hugo, directeur du Centre.

Après les salutations d’usage, le groupe est invité à rejoindre la cour du bâtiment où les attendent croissants et boissons. La lettre recueillant les doléances des femmes en Eglise est ensuite lue à haute voix par Martine Floret, membre du bureau du Réseau.

Pour des responsabilités respectées «dans la pratique»

«Nous sommes encouragées par le fait que nos diocèses ont mieux pris conscience de l’importance d’accueillir plus de femmes dans les instances décisionnelles en nommant plusieurs femmes à des postes à responsabilité», autant au niveau diocésain que paroissial, relève en préambule le texte. Des femmes ont notamment été placées à la tête de trois régions du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) depuis 2020.

Les manifestantes et manifestants sont passés par l’Université de Fribourg (14 juin 2023) | © Raphaël Zbinden

«Depuis notre intervention à la séance de la COR à Lausanne, lors de la grève de 2019, la démarche a porté des fruits cependant nos attentes sont encore nombreuses et nous voulons aujourd’hui nous focaliser sur la formation», explique la lettre. Les membres du Réseau estiment qu’une formation «diplômante» est l’un des préalables pour que les femmes et l’ensemble des laïcs engagés en Église puissent obtenir des responsabilités. Et que celles-ci soient «reconnues et respectées dans la pratique». Le Réseau demande également l’accès à des parcours de formation plus variés, une meilleure reconnaissance des certificats délivrés aux laïcs-ques, ainsi qu’une présence accrue des femmes au sein des formateurs du Centre. 

«Nous avons l’impression d’avoir été accueillis au CCRFE avec une réelle bienveillance et attention»

Marie-Christine Conrath

Le texte souligne que l’accès à des études universitaires de théologie reste difficile et qu’il doit être promu. «Une participation significative de femmes à l’élaboration des programmes de formation et à l’enseignement» est en outre requise, y compris pour les séminaristes, les diacres et les prêtres. Le Réseau préconise finalement une mise au concours des postes «chaque fois que cela est possible avec une plus grande transparence des critères et des procédures». 

Rencontre constructive

Après une écoute attentive, les représentants du CCRFE et de la COR remercient les manifestantes et manifestants pour leur message. «Ces éléments doivent être entendus, ce sont des questions nécessaires et importantes», assure Philippe Hugo. Les convictions apportées sont «partagées par le CCRFE», affirme-t-il tout en relevant que les femmes sont parties prenantes de la formation au Centre depuis de nombreuses années. Il précise que l’institution travaille à améliorer sa politique de formation, «dans la mesure des possibilités», expliquant que cela se heurte parfois à un manque de ressources et de disponibilités. Philippe Hugo souligne en outre que l’anné prochaine, une femme (la théologienne Gudrun Nassauer) rejoindra le conseil du séminaire diocésain (à Givisiez, FR).

Les manifestantes et manifestants ont été notamment reçus au CCRFE par Céline Ruffieux, représentante de l’évêque pour la partie francophone du canton de Fribourg, et Philippe Hugo, directeur du CCRFE (Fribourg, 14 juin 2023) | © Véronique Benz/Eglise catholique dans le canton de Fribourg

Céline Ruffieux se met également au diapason des demandes du réseau, assurant que «nous tirons tous finalement à la même corde et c’est réjouissant». Selon la représentante de la COR, beaucoup de projets allant dans le sens des demandes du Réseau sont déjà en cours. Les ordinaires de Suisse romande sont résolus à mettre l’accent sur la coordination et l’écoute mutuelle. Une rencontre est évoquée entre l’organe de la COR relevant de la formation (le Conseil romand de la formation) et le Réseau des femmes en Eglise.

Marie-Christine Conrath conclut la phase des allocutions en relevant que le Réseau allait amener dès l’automne à la connaissance des responsables d’Eglise des situations plus concrètes sur les problématiques soulevées.

Des petits groupes de discussion se forment encore dans la cour du CCRFE. L’ambiance est cordiale après une rencontre jugée par tous constructive. «Nous avons l’impression d’avoir été accueillis avec une réelle bienveillance et attention, assure Marie-Christine Conrath. Nous avons bon espoir que les choses avancent concrètement.» (cath.ch/rz)

Raphaël Zbinden

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