APIC – Interview

Suisse Romande: Après 13 ans à la tête d’ »Evangile et Mission », le rédacteur en chef s’en va

Yvan Stern quitte le monde… des médias

Par Sœur Marie Monique, de l’Agence APIC

Fribourg, 26 août 1998 (APIC) Rédacteur en chef d’Evangile et Mission durant une quinzaine d’années, Yvan Stern, 51 ans, quitte aujourd’hui le monde des médias. Michèle Fringeli, jusqu’alors rédactrice responsable de « Paroisses Vivantes », lui succédera le 1er septembre. Pour l’APIC, Yvan Stern évoque son travail à « Evangile et Mission », l’hebdomadaire pastoral officiel des diocèses romands, dont le tirage est de 1800 exemplaires. Une page se tourne. Interview.

APIC: Vous renoncez à votre charge à la tête d’ »Evangile et Mission ». Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette expérience?

Y. S.: Après 13 ans passé à la rédaction en chef du bulletin, j’ai eu envie de changer d’orientation. De prendre un temps qu’on pourrait dire de formation, un temps sabbatique. J’ai préféré donner ma démission plutôt que de dire je prends 6 mois de congés… et de revenir.

C’est assez difficile de faire un bilan. Ce sont les lecteurs, ceux qui reçoivent la revue, les évêques, les prêtres, les agents pastoraux, les laïcs engagés dans l’Eglise, qui peuvent le faire, dire si c’était bien ou non. Nous avons fait une revue avec une équipe réduite et peu de moyens. Je n’arrive pas à tirer un bilan.

APIC: « Evangile et Mission » correspond-il aux attentes des lecteurs?

Y. S.: Certainement puisqu’il y a une augmentation de lecteurs, d’abonnés, cela à l’heure où des journaux meurent, où la presse d’opinion catholique disparaît. Quand j’ai pris la direction de la rédaction du bulletin, il n’y avait qu’un correspondant local. Maintenant toutes les régions de la Suisse romande, ont un(e) attaché(e) de presse. Chaque semaine, nous essayons de mettre en valeur une information d’Eglise. Ceci permet de savoir ce qui se passe en Suisse romande alors que la plupart des quotidiens en Suisse sont régionaux. Il s’agit là d’une évolution, assurément. Il y a toute une part de l’information de la vie de l’Eglise locale ou régionale qui ne transparaît pas dans nombre de médias. Donner cette information, c’est ce que nous avons essayé en quelques années de développer.

Par ailleurs, les médias ont besoin d’être toujours plus rapides, les nouvelles toujours plus courtes. Quand il y a une nomination d’un évêque comme ces temps, chaque média aimerait avoir le nom avant tout le monde. Cette rapidité peut avoir des conséquences dommageables pour l’information, du fait qu’elle n’est pas suffisamment vérifiée. Il est nécessaire d’avoir du recul. C’est le travail que nous avons essayé de faire dans « Evangile et Mission » et comme attaché de presse, de donner aux journalistes et aux lecteurs les moyens d’avoir le contexte, de prendre ce recul. Par rapport à l’évolution même des médias, je me dis que je suis un peu vieux. C’est bien de renouveler le regard, l’approche.

APIC: Et votre rôle de journaliste, dans tout cela…

Y. S.: Le journaliste est intermédiaire. Ce qui est important, c’est la source des événements qu’on peut couvrir, l’information qu’on transmet. Et puis travailler dans le cadre d’un diocèse, je trouve que c’était vraiment une période très belle et très riche pour moi parce qu’il y a eu de grands événements. Toutes ces personnalités rencontrées, je trouve passionnant, fascinant.

APIC: S’il y avait quelque chose à améliorer aujourd’hui dans la revue, quelles seraient vos suggestions?

Y. S. Il y a beaucoup de choses. On peut améliorer la qualité des textes, du graphisme. On peut améliorer l’audience, faire un peu de promotion, mais il faut aussi beaucoup de moyens. On peut faire une très belle revue… mais nous travaillons avec des moyens extrêmement pauvres. « Evangile et Mission » n’est pas bricolée, mais faite avec des moyens d’amateurs. Le problème de la coordination des publications mérite d’être repensé.

APIC: Certains parlent de la multiplicité de revues catholiques en Suisse romande. Sentez-vous une certaine concurrence plutôt qu’une complémentarité dans l’information?

Y. S. Actuellement il y a une complémentarité dans le sens où une partie des revues s’adressent à des publics bien précis. « Evangile et Mission » par exemple touche normalement les prêtres et les responsables pastoraux. Nous parlons de la vie de l’Eglise romande et d’une partie de l’actualité de l’Eglise. C’est la revue officielle. Chaque congrégation religieuse a aussi sa propre revue. Il convient aussi de citer « Paroisses vivantes », à Saint-Maurice, et l’hebdomadaire « L’Echo romand », édité à Lausanne. Les deux se partagent un certain marché. Il est évident qu’il faudrait à court terme une réflexion entre les deux pour une meilleure rentabilité. Il faut dire aussi que « Evangile et Mission » existe parce qu’il est financé en partie par les diocèses.

APIC: Que faudrait-il davantage développer à « Evangile et Mission »?

Y. S.: Dans le diocèse en général et à Fribourg en particulier, il y a énormément de personnalités, grâce à l’Université, aux maisons religieuses, aux gens de passage. Elles pourraient apporter leur contribution. Malheureusement, ces gens là sont trop demandés, n’ont pas le temps… pourtant, je vois là une matière première non exploitée.

La deuxième chose a trait à la rapidité de transmission de l’information. Or c’est peut-être nécessaire, pour une revue hebdomadaire, d’avoir un certain temps de recul…

APIC: Autre rédacteur en chef, autre vision rédactionnelle? « Evangile et Mission » va-t-il garder le cap?

Y. S. Il y a automatiquement un changement de cap. L’ancien rédacteur en chef, un prêtre, Albert Menoud, professeur de philosophie, m’avait dit une chose: les prêtres n’ont pas le temps de lire les traités de philosophie et de théologie, mais « Evangile et Mission », ils lisent. Il faut donc leur donner beaucoup de textes importants théologiques et philosophiques. Il y a toujours de bons textes. Il faut aussi dire qu’à l’époque la revue s’adressait d’abord aux prêtres. Depuis une quinzaine d’années, le nombre de nos abonnés a triplé et les 4/5 sont des laïcs. Nous avons donc développé une approche plus régionale et tenté de mieux suivre l’actualité de la vie de l’Eglise, de la société. Peut-être que la prochaine rédactrice voudra développer davantage des nouvelles pastorales, c’est normal qu’une revue évolue. Il y a 12 ans, il n’y avait pas beaucoup de photos dans « Evangile et Mission ». La photographie est aussi un moyen de communiquer la vie de l’Eglise.

APIC: 13 ans à la tête d’ »Evangile et Mission », c’est beaucoup de souvenirs… et sans doute des anecdotes

Y. S.: Dans une liste d’ordinations au diaconat, à la suite d’une erreur de transcription, un nom de toute évidence féminine s’était glissé. Cette erreur a été remarquée jusqu’en très haut lieu. Il y a eu correctif… Mais nous avions la preuve qu’ »Evangile et Mission » est très lu. (apic/smm/pr)

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