Rencontre avec Frei Betto, conseiller du président Lula pour la lutte contre la faim au Brésil
Apic Interview
Nous ne distribuons pas de la nourriture, mais de la citoyenneté
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg/Brasilia, 5 mars 2004 (Apic) Pour la première fois dans l’histoire du Brésil, nous ne distribuons pas avant tout de la nourriture aux pauvres, mais de la citoyenneté. Frei Betto, conseiller du président Lula pour le programme «Faim Zéro», est l’hôte de l’Action de Carême et de Pain pour le Prochain. Il a participé le 2 mars au lancement de la campagne oecuménique sur la sécurité alimentaire. Notre interview.
Carlos Alberto Libânio Christo, connu partout sous le nom de Frei Betto, est un frêle religieux dominicain de 60 ans qui passé plusieurs années dans les geôles de la dictature militaire. Ecrivain prolixe et figure de proue de la théologie de la libération, il incarne l’espoir de millions de Brésiliens. Le conseiller spécial du président Luis Ignacio «Lula» da Silva a reçu l’Apic au couvent des dominicains de St-Hyacinthe à Fribourg. D’apparence toujours aussi timide et modeste que lors de nos premières rencontres, Frei Betto a désormais quitté son couvent de las Perdizes à Sao Paulo pour ses nouveaux bureaux du Palais de Planalto, dans la capitale fédérale Brasilia, pour se mettre au service du président Lula.
C’est ce dernier, ancien métallurgiste et syndicaliste qui a connu la faim dans sa famille – quatre de ses frères et soeurs en sont morts – qui a chargé Frei Betto de coordonner la mobilisation sociale de la société civile pour le droit à l’alimentation. «Faim Zéro» veut éradiquer la faim qui frappe 50 millions de Brésiliens, sur les 175 que compte le pays. Ce programme gouvernemental est dirigé par le nouveau ministre du développement social et de la lutte contre la faim, Patrus Ananias. Le religieux dominicain est issu comme lui des milieux catholiques de gauche, et il ne cache pas sa sympathie pour le Parti des Travailleurs (PT), le parti de Lula. S’il a contribué à sa formation, il n’en a par contre jamais été membre.
Apic: Pour avoir accepté de passer sous les fourches caudines du FMI, Lula est attaqué sur sa gauche. Des parlementaires critiques ont été exclus du PT en décembre. «Faim Zéro» ne serait-il que l’alibi social d’un programme néo-libéral ?
Frei Betto: Pour la première fois, le Brésil a un gouvernement populaire, qui plus est n’est pas stupide. C’est un choc pour ce pays très élitiste. L’oligarchie espérait que Lula arrivé au pouvoir développerait une politique agressive, ne respecterait pas les accords internationaux et couperait avec le Fonds Monétaire International (FMI). Mais le président – et c’est dû à ses années de syndicalisme – a un charisme et une capacité de dialogue incroyables.
Des secteurs populaires sont frustrés parce qu’ils espéraient quasiment la révolution, un changement radical du Brésil. Mais en réalité, ce n’est pas possible de tout changer du jour au lendemain, il faut de la patience pour réaliser les transformations sociales. Il y a de grandes attentes chez les gens, et c’est notre responsabilité historique de réussir. Mais il est vrai qu’avec une dette extérieure de 250 milliards de dollars – dette en réalité impayable -, la marge de manoeuvre est extrêmement faible.
Apic: «Faim Zéro» est perçu par certains comme de l’assistantialisme.
Frei Betto: L’an dernier, le programme avait un budget de 700 millions de dollars; nous disposons de 3 milliards pour 2004. Le service de la dette extérieure coûte à lui seul 22 milliards de dollars par an, le double avec la dette intérieure. Ce poids est considérable, mais le gouvernement Lula a promis d’honorer les engagements pris. Lula est arrivé au pouvoir par les élections, pas par une révolution, il ne peut donc pas partir de zéro.
Les grands médias commerciaux se trompent: ils avaient pensé, comme beaucoup de gens, que le programme «Faim Zéro» allait être un programme spectaculaire de distribution de vivres à la population, avec des images de camions chargés de nourriture à distribuer dans les favelas. Mais c’est en fait un programme de libération, de «distribution de citoyenneté», d’inclusion sociale.
On adopte la pédagogie émancipatrice de Paulo Freire, en partant des gens. Ils ne reçoivent pas seulement de l’aide, ils deviennent participants, protagonistes du programme. Trois millions de familles sont entrées dans la démarche l’an dernier, bien plus que prévu. «Faim Zéro» vise à résoudre, d’ici 2007, les problèmes de pauvreté de plus de 11 millions de familles qui disposent de moins de 30 dollars de revenus par mois. Il prévoit un supplément mensuel d’environ 25 dollars destiné à l’alimentation. En échange, on exige du groupe familial que les personnes analphabètes et les enfants aillent à l’école, qu’il y ait un suivi de santé et un engagement dans les taches communautaires.
Apic: Quelles sont les prochaines étapes ?
Frei Betto: Après avoir débuté avec les municipalités de moins de 70’000 habitants à l’intérieur du pays, nous allons développer le programme davantage dans les grandes villes, En 2004, le président Lula a demandé que nous doublions le nombre de familles concernées, passant à 6 millions de familles. C’est possible, car nous avons un budget disponible. L’argent distribué aux familles va être réinjecté dans le circuit économique local, au niveau des municipalités.
Quand nous devons fournir des paniers d’aliments dans des situations d’urgence, nous n’achetons pas ces marchandises dans les grands supermarchés, mais auprès de l’agriculture familiale. L’an dernier, «Faim Zéro» a acheté aux petites exploitations familiales pour 120 millions de dollars de nourriture. Cette réanimation du marché local va de pair avec le plan de réforme agraire qui va se réaliser par étapes.
Apic: Qu’en est-il de la réforme agraire tant réclamée par le MST ?
Frei Betto: Au Brésil, nous avons près de 4 millions de familles de paysans sans terre. Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) aimerait que le gouvernement installe un million de familles en quatre ans. Après avoir étudié la situation et pour éviter d’être démagogique, le gouvernement est arrivé à la conclusion qu’il pourrait atteindre le chiffre de 530’000 familles ces trois prochaines années.
En 2004, dans le cadre de la réforme agraire annoncée, le gouvernement va installer 115’000 familles dans des «assentamentos». Bien que n’étant pas totalement satisfait, le MST a approuvé ce plan. Il est du devoir d’un mouvement populaire de faire pression; il est bien que le leader du MST, Juan Pedro Stedile, garde ses propres positions. Nous ne voulons pas tomber dans les tentations «capitalistes» ou «socialistes», à savoir criminaliser les mouvements populaires ou les transformer en courroie de transmission du pouvoir. L’arrivée au pouvoir de Lula résulte des luttes de ces mouvements, et il en est bien conscient. Le président a reçu la direction du MST, coiffé leur casquette, ce qui a provoqué un beau scandale auprès des grands propriétaires: comment un président peut-il mettre sur sa tête le symbole d’un mouvement de bandits qui occupent illégalement des terres.
Apic: Les inégalités sociales sont abyssales, l’élite se cramponne à ses privilèges.
Frei Betto: Au Brésil, des gros propriétaires font toujours assassiner des leaders paysans, il y a toujours du travail esclave. Malgré la volonté du nouveau gouvernement, on ne peut pas tout régler en une année dans un pays aussi vaste que le Brésil. Nous avons à faire face à des siècles d’inégalités, car nous avons l’histoire d’esclavage la plus longue de toute l’Amérique latine: de 1530 à 1888.
Le Brésil a été le dernier pays du continent à abolir l’esclavage. Cet héritage est très pesant dans la structure sociale brésilienne: 10% des Brésiliens les plus riches possèdent 42% du revenu national, tandis que 10% les plus pauvres n’ont que 0,9%. Une partie de la population mène un train de vie semblable ou supérieur à celui des classes aisées des pays développés: ils font du tourisme dans le reste du monde; les plus riches d’entre eux sont intégrés à la jet set internationale et se font construire des résidences secondaires à Miami ou à Paris et mettent leur argent à l’abri en Suisse.
Apic: Face au pouvoir de l’oligarchie et des forces conservatrices très présentes dans la magistrature, à la Chambre des députés et au Sénat, Lula n’a pas la tâche facile.
Frei Betto: L’»élite» brésilienne est insensible au fait que dans ce pays moderne, il y a d’immenses zones de misère, où chaque année 150’000 enfants meurent de la faim et de ses conséquences. C’est pour cela que Lula a donné la priorité à la lutte contre la faim et que la grande majorité l’appuie. Mais ce n’est pas du tout facile dans un pays qui possède une structure inégalitaire si forte et une machine de gouvernement qui a été conçue pour les élites et l’oligarchie, pas pour le peuple.
Les milieux oligarchiques ont des possibilités de freiner le changement à tous les niveaux de l’appareil étatique, et les milieux conservateurs ne se font pas faute de les utiliser. Ainsi, nous aimerions créer une loterie pour financer «Faim Zéro», mais les intérêts oligarchiques présents au Congrès l’ont empêché, ils n’ont pas envie que ce programme réussisse. Ils craignent qu’elle ne devienne une bannière politique qui élargisse la base sociale du gouvernement.
Apic: Pourquoi est-il si difficile de transformer la société. les moyens existent?
Frei Betto: Les milieux privilégiés ne se sentent pas concernés par la réalité sociale du pays. L’oligarchie vit dans le court terme, seulement préoccupée de réaliser le maximum de profit immédiat. Elle est désormais préoccupée par le gouvernement de Lula, mais elle n’a pas le courage d’aller franchement contre le programme «Faim Zéro». Qui pourrait se déclarer publiquement contre l’élimination de la famine ?
Mais l’oligarchie et les médias affidés dénoncent les méthodes et la dimension «politique» de «Faim Zéro». Ils sont à l’affût de tout dérapage ou de la plus petite erreur, pour les monter en épingle. La diminution drastique de la mortalité infantile des enfants à Guaribas, dans le sud de l’Etat du Piaui, qui était de 59,9 à l’âge d’un an pour 1’000 enfants nés vivants, ne mérite pas une ligne pour ces mêmes médias.
Apic: L’Eglise, qui fut longtemps en pointe dans la lutte pour la réforme agraire et des conditions de vie dignes pour tous les Brésiliens, appuie-t- elle le gouvernement Lula ?
Frei Betto: L’Eglise catholique est très proche du gouvernement, mais c’est une alliée critique. Ses critiques sont constructives, objectives, et pas du tout émotionnelles. Nous avons de très bonnes relations avec elle, d’autant plus qu’elle participe très activement à «Faim Zéro». Elle avait déjà lancé des campagnes contre la misère et la faim (notamment la campagne nationale «Mutirao nacional para a superaçao da miséria e da fome»).
Apic: Le programme de Lula correspond donc à ce que réclame l’Eglise?
Frei Betto: Il coïncide en grande partie avec le programme de l’Eglise. Lula a repris nombre de ses suggestions. C’est quasiment la première fois qu’il y a une telle concordance, à part la brève période de Joao Goulart, en 1962-63. Mais ce président fut renversé et remplacé par une dictature militaire. En ce moment, il n’y a pas d’antagonismes idéologiques avec l’Eglise. Les évêques, même les conservateurs, participent de mille manières à la campagne «Faim Zéro», soutenue par plus de 30 Eglises et groupes religieux.
Quasiment tous les comités de gestion au niveau local appartiennent à la pastorale. Quand on lance le programme dans une petite localité de l’intérieur, c’est d’abord à la porte de l’Eglise que l’on frappe. Elle participe avec enthousiasme à la campagne de construction de citernes. L’Eglise est la cheville ouvrière des programmes de santé infantile; l’Etat reconnaît que la Pastorale de l’enfant (Pastoral da Criança) fait un meilleur travail pour les enfants de 0 à 6 ans que tous les organismes publics.
La Pastorale de l’enfant, dirigée par sa fondatrice et coordinatrice nationale, la doctoresse Zilda Arns Neumann – soeur du cardinal Paulo Evaristo Arns – peut compter sur un réseau de 150’000 volontaires formés. Ce mouvement fut nominé il y a quelques années pour le Prix Nobel de la Paix. Quand arrive la Pastorale de l’enfant, la mortalité infantile baisse de 20% en quelques mois. Les conditions d’hygiène sont rapidement transformées et les chances de survie des nourrissons augmentent de façon impressionnante.
Apic: Qu’attendez vous de votre passage en Suisse ?
Frei Betto: Nous avons l’intention d’établir avec la Suisse et d’autres pays européens un programme de jumelages avec des villes qui adoptent une ville brésilienne dans le but de soutenir «Faim Zéro».
Encadré
Inégalité et solidarité: des médecins cubains dans les régions pauvres du Brésil
Illustration de l’inégalité dans l’attention médicale aux plus pauvres des régions de l’intérieur du Brésil: la présence de médecins cubains dans les Etats périphériques et pauvres du pays. Malgré des offres salariales alléchantes, l’Etat d’Amapa, à l’extrême Nord du Brésil, a de la peine à trouver des médecins prêts à travailler loin de la capitale, Macapá, et même en ville.
Cette situation touche d’autres Etats, spécialement dans les régions du Nord, du Nordeste et du Centre-Ouest. Malgré une moyenne nationale d’un médecin pour 594 habitants – un indice satisfaisant pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – près de 70% des médecins brésiliens se concentrent dans la région du Sud-Est. Ainsi Rio de Janeiro compte un médecin pour 285 habitants, suivi par la capitale fédérale, Brasilia, avec médecin pour 294 habitants.
A l’autre extrême, l’Etat du Maranhao ne compte qu’un médecin pour 1’811 habitants et l’ensemble des régions du Nord et du Nordeste sont en dessous des minimaux prescrits par l’OMS. Au Nordeste, ce sont surtout les campagnes qui souffrent: la région métropolitaine de Recife concentre le 85% des médecins de l’Etat de Pernambouc.
Pour faire face à la demande dans les municipalités de l’intérieur du pays, il y aurait quelque 2’000 médecins cubains – souvent très mal payés – qui travailleraient illégalement dans les Programmes de Santé de la Famille (PSF), en connivence avec les pouvoirs publics, alors que seuls 180 médecins cubains sont enregistrés officiellement dans le pays, rapporte l’agence de presse brésilienne Adital. JB
Encadré
Travail esclave au profit des grands propriétaires: un développement record en 2003
Le travail forcé – dénommé au Brésil «travail esclave» – au profit des grands propriétaires terriens, a connu un développement record en 2003. Priorité du gouvernement Lula, la lutte contre cette forme d’esclavage a permis l’an dernier la libération de près de 5’000 travailleurs-esclaves. Mais c’est un combat risqué dans ce pays où l’Etat de droit est quasiment interdit de séjour dans certaines régions: il y a quelques semaines, trois inspecteurs du travail et leur chauffeur ont été assassinés dans une embuscade dans l’intérieur de l’Etat du Minas Gerais, au sud-est du Brésil.
«Je veux dire au peuple brésilien qu’il est honteux qu’en plein XXIe siècle nous débattions ici d’une chose qui a pris fin en 1888, avec la loi de l’abolition de l’esclavage», a souligné le président Lula au lendemain de cet attentat. L’an dernier, Lula a lancé un Plan national d’éradication du travail forcé dans le pays où, selon les sources, entre 25’000 et 40’000 travailleurs sont soumis à des conditions relevant de l’esclavage. De nombreux inspecteurs du travail, syndicalistes ruraux ou avocats des Sans Terre reçoivent des menaces de mort et certains tombent sous les balles des tueurs à gages au service des latifundistes. JB
Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch (apic/be)
APIC – Interview
Suisse Romande: Après 13 ans à la tête d’»Evangile et Mission», le rédacteur en chef s’en va
Yvan Stern quitte le monde… des médias
Par Sœur Marie Monique, de l’Agence APIC
Fribourg, 26 août 1998 (APIC) Rédacteur en chef d’Evangile et Mission durant une quinzaine d’années, Yvan Stern, 51 ans, quitte aujourd’hui le monde des médias. Michèle Fringeli, jusqu’alors rédactrice responsable de «Paroisses Vivantes», lui succédera le 1er septembre. Pour l’APIC, Yvan Stern évoque son travail à «Evangile et Mission», l’hebdomadaire pastoral officiel des diocèses romands, dont le tirage est de 1800 exemplaires. Une page se tourne. Interview.
APIC: Vous renoncez à votre charge à la tête d’»Evangile et Mission». Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette expérience?
Y. S.: Après 13 ans passé à la rédaction en chef du bulletin, j’ai eu envie de changer d’orientation. De prendre un temps qu’on pourrait dire de formation, un temps sabbatique. J’ai préféré donner ma démission plutôt que de dire je prends 6 mois de congés… et de revenir.
C’est assez difficile de faire un bilan. Ce sont les lecteurs, ceux qui reçoivent la revue, les évêques, les prêtres, les agents pastoraux, les laïcs engagés dans l’Eglise, qui peuvent le faire, dire si c’était bien ou non. Nous avons fait une revue avec une équipe réduite et peu de moyens. Je n’arrive pas à tirer un bilan.
APIC: «Evangile et Mission» correspond-il aux attentes des lecteurs?
Y. S.: Certainement puisqu’il y a une augmentation de lecteurs, d’abonnés, cela à l’heure où des journaux meurent, où la presse d’opinion catholique disparaît. Quand j’ai pris la direction de la rédaction du bulletin, il n’y avait qu’un correspondant local. Maintenant toutes les régions de la Suisse romande, ont un(e) attaché(e) de presse. Chaque semaine, nous essayons de mettre en valeur une information d’Eglise. Ceci permet de savoir ce qui se passe en Suisse romande alors que la plupart des quotidiens en Suisse sont régionaux. Il s’agit là d’une évolution, assurément. Il y a toute une part de l’information de la vie de l’Eglise locale ou régionale qui ne transparaît pas dans nombre de médias. Donner cette information, c’est ce que nous avons essayé en quelques années de développer.
Par ailleurs, les médias ont besoin d’être toujours plus rapides, les nouvelles toujours plus courtes. Quand il y a une nomination d’un évêque comme ces temps, chaque média aimerait avoir le nom avant tout le monde. Cette rapidité peut avoir des conséquences dommageables pour l’information, du fait qu’elle n’est pas suffisamment vérifiée. Il est nécessaire d’avoir du recul. C’est le travail que nous avons essayé de faire dans «Evangile et Mission» et comme attaché de presse, de donner aux journalistes et aux lecteurs les moyens d’avoir le contexte, de prendre ce recul. Par rapport à l’évolution même des médias, je me dis que je suis un peu vieux. C’est bien de renouveler le regard, l’approche.
APIC: Et votre rôle de journaliste, dans tout cela…
Y. S.: Le journaliste est intermédiaire. Ce qui est important, c’est la source des événements qu’on peut couvrir, l’information qu’on transmet. Et puis travailler dans le cadre d’un diocèse, je trouve que c’était vraiment une période très belle et très riche pour moi parce qu’il y a eu de grands événements. Toutes ces personnalités rencontrées, je trouve passionnant, fascinant.
APIC: S’il y avait quelque chose à améliorer aujourd’hui dans la revue, quelles seraient vos suggestions?
Y. S. Il y a beaucoup de choses. On peut améliorer la qualité des textes, du graphisme. On peut améliorer l’audience, faire un peu de promotion, mais il faut aussi beaucoup de moyens. On peut faire une très belle revue… mais nous travaillons avec des moyens extrêmement pauvres. «Evangile et Mission» n’est pas bricolée, mais faite avec des moyens d’amateurs. Le problème de la coordination des publications mérite d’être repensé.
APIC: Certains parlent de la multiplicité de revues catholiques en Suisse romande. Sentez-vous une certaine concurrence plutôt qu’une complémentarité dans l’information?
Y. S. Actuellement il y a une complémentarité dans le sens où une partie des revues s’adressent à des publics bien précis. «Evangile et Mission» par exemple touche normalement les prêtres et les responsables pastoraux. Nous parlons de la vie de l’Eglise romande et d’une partie de l’actualité de l’Eglise. C’est la revue officielle. Chaque congrégation religieuse a aussi sa propre revue. Il convient aussi de citer «Paroisses vivantes», à Saint-Maurice, et l’hebdomadaire «L’Echo romand», édité à Lausanne. Les deux se partagent un certain marché. Il est évident qu’il faudrait à court terme une réflexion entre les deux pour une meilleure rentabilité. Il faut dire aussi que «Evangile et Mission» existe parce qu’il est financé en partie par les diocèses.
APIC: Que faudrait-il davantage développer à «Evangile et Mission»?
Y. S.: Dans le diocèse en général et à Fribourg en particulier, il y a énormément de personnalités, grâce à l’Université, aux maisons religieuses, aux gens de passage. Elles pourraient apporter leur contribution. Malheureusement, ces gens là sont trop demandés, n’ont pas le temps… pourtant, je vois là une matière première non exploitée.
La deuxième chose a trait à la rapidité de transmission de l’information. Or c’est peut-être nécessaire, pour une revue hebdomadaire, d’avoir un certain temps de recul…
APIC: Autre rédacteur en chef, autre vision rédactionnelle? «Evangile et Mission» va-t-il garder le cap?
Y. S. Il y a automatiquement un changement de cap. L’ancien rédacteur en chef, un prêtre, Albert Menoud, professeur de philosophie, m’avait dit une chose: les prêtres n’ont pas le temps de lire les traités de philosophie et de théologie, mais «Evangile et Mission», ils lisent. Il faut donc leur donner beaucoup de textes importants théologiques et philosophiques. Il y a toujours de bons textes. Il faut aussi dire qu’à l’époque la revue s’adressait d’abord aux prêtres. Depuis une quinzaine d’années, le nombre de nos abonnés a triplé et les 4/5 sont des laïcs. Nous avons donc développé une approche plus régionale et tenté de mieux suivre l’actualité de la vie de l’Eglise, de la société. Peut-être que la prochaine rédactrice voudra développer davantage des nouvelles pastorales, c’est normal qu’une revue évolue. Il y a 12 ans, il n’y avait pas beaucoup de photos dans «Evangile et Mission». La photographie est aussi un moyen de communiquer la vie de l’Eglise.
APIC: 13 ans à la tête d’»Evangile et Mission», c’est beaucoup de souvenirs… et sans doute des anecdotes
Y. S.: Dans une liste d’ordinations au diaconat, à la suite d’une erreur de transcription, un nom de toute évidence féminine s’était glissé. Cette erreur a été remarquée jusqu’en très haut lieu. Il y a eu correctif… Mais nous avions la preuve qu’»Evangile et Mission» est très lu. (apic/smm/pr)



