Togo: Centre d’Apprentissage Maria Auxiliadora de Lomé

APIC – Reportage

J’ai toujours rêvé d’être artiste sur bois

Pascal K. Dotchevi, pour l’agence APIC

Lomé, 15 avril 1998 (APIC) «Depuis mon enfance, j’ai toujours rêvé d’être une artiste sur bois». Maria est très fière d’être la seule fille à avoir choisi d’apprendre la menuiserie. Elle est élève au Centre d’Apprentissage Maria Auxiliadora (CAMA) à Lomé, capitale du Togo. Depuis 1989, les Salésiens y forment et encadrent des jeunes démunis des quartiers populaires. Fidèles à l’esprit de Don Bosco, ils les aident à se faire une place dans la société. Reportage.

«Comme j’avais des problèmes de soutien à l’école, j’ai décidé de rejoindre le CAMA, explique la jeune fille. Lorsque j’ai dit à mes parents que j’allais m’inscrire en menuiserie, cela a choqué tout le monde sauf ma mère. Elle m’a soutenue jusqu’au bout. C’est vrai que c’est un métier d’homme, mais je ne suis nullement complexée devant mes camarades garçons. Au contraire ! Nous faisons les mêmes travaux». C’est vrai, confirme un camarade de classe. «Elle nous donne du courage. Car si elle arrive à faire certaines choses, nous les garçons nous nous efforçons d’en faire plus et cela crée une ambiance de mieux faire.»

Lors de son arrivée à Akodessewa, un quartier populaire de la banlieue de Lomé, en 1982, le frère Rafael Cosmes, aujourd’hui directeur du centre, a été très frappé de voir tous ces jeunes sans soutien qui traînaient à longueur de journée. Après deux ans de réflexion et de préparation, les salésiens lancèrent quelques initiatives en faveur de ces jeunes. Au début, ils les rassemblèrent en ateliers pour leur donner des cours d’électricité. Aux autres déjà en apprentissage dans les ateliers traditionnels, les salésiens offraient divers soutiens. Naît alors l’idée de la création d’un centre d’apprentissage pour regrouper les jeunes. Soumis à un organisme d’entraide allemand, le projet est retenu, et en 1987, les travaux de construction du centre démarrent. En septembre 1989, rappelle le frère directeur, le centre était opérationnel avec 41 premiers apprentis en électricité et en menuiserie.

Un centre de formation pour jeunes démunis.

Pour entrer au Centre d’Apprentissage Maria Auxiliadora il faut répondre à certains critères : être un jeune démuni sans soutien, avoir fait le cours secondaire (niveau 4è) et être sur le territoire de la paroisse du Centre. Il faut ensuite réussir le concours de recrutement organisé chaque année Les épreuves retenues sont le français, les mathématiques et un test psychotechnique.

Depuis 1989, le nombre des apprentis n’a cessé d’augmenter. Pour l’année en cours, ils sont en tout 172 jeunes repartis en cours d’électricité, de réfrigération, de menuiserie, de serrurerie et de couture.

Chaque cours dure trois ans et, depuis 1992, est ratifié par un certificat de fin d’apprentissage (CFA) ou par le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) reconnu par l’Etat togolais. Les jeunes du Centre ont cependant dû manifester bruyamment pour que le gouvernement les accepte aux examens professionnels. Dans chaque discipline, la formation comporte deux volets: la théorie (35%) et la pratique (65%).

En couture où il n’y a que des filles, des cours d’initiation à la comptabilité, à la gestion d’entreprise et à la législation leurs sont données en plus, des séances pratiques en atelier. «J’aurais préféré qu’il y ait moins de théorie, estime Adjovi Logossou, en 2e année de couture; parce qu’on a besoin d’être à l’aise sur la machine d’abord». Et sa camarade Sylvie Touglo, d’ajouter «il n’y a pas assez de commandes pour tester nos connaissances. Nous sommes bien en théorie mais nous n’avons pas assez de pratique». Le maître d’atelier pense plutôt qu’elles sont «toujours trop pressées de tout connaître. Tôt ou tard, elles comprendront qu’on leur apprend des choses utiles. Le Centre a instauré un barème de 65% de pratique et 35% de théorie. Nous le respectons», .

Fabriquer ses propres outils

Les jeunes de l’atelier métallique ne sont pas moins fiers. Ils exhibent volontiers, des bureaux, des portes, des jouets, des caisses à outils qu’ils ont fabriqués. «En 3e année, nous fabriquons des outils de travail qui nous serviront lorsque nous devrons nous installer à notre propre compte». Le problème majeur auquel des jeunes sont confrontés après leur formation, est celui de l’équipement, confirme le responsable de l’atelier Augustin Dansou. Le Centre s’est engagé à leur faciliter la tâche en leur laissant le soin de fabriquer eux-mêmes leurs outils de travail.

Un jeune Centre à encourager

Malgré cette atmosphère d’émulation, le Centre n’en est pas moins confronté à des difficultés. «Comme toutes les écoles professionnelles, nous avons un budget déficitaire, relève le frère directeur du CAMA. Les modiques frais de formation encaissés auprès des élèves et nos ventes couvrent à peine 15% de nos dépenses. Le reste doit être recherché chez nos bienfaiteurs.» Le Centre ne demande que l’équivalent de 100 francs français par an à chaque élève. Malgré cela, certains ont encore des difficultés à payer, ajoute le préfet de discipline Lucien Messan Kpessou.

Au début, poursuit-il, le Centre logeait les jeunes les plus démunis. Il ne le fait plus aujourd’hui parce que certains jeunes ont abusé de la confiance des salésiens, en se faisant passer pour des démunis, alors qu’en réalité ils ne l’étaient pas. Pour gérer tout ce monde, le centre applique le «système préventif» de Don Bosco, le fondateur des salésiens. Ce système repose sur trois piliers la raison, l’amour et la religion. «Nous n’imposons pas un esprit religieux à nos élèves, mais par la force des choses, ils arrivent à s’y intéresser», souligne le préfet de discipline.

La journée au Centre d’Apprentissage Maria Auxiliadora commence à 6h50 par le rassemblement suivi d’une prière et d’un «mot du matin». Après trois heures de travail, intervient une première pause de trente minutes et une seconde à midi. La journée finit à quinze heures par une prière dans chaque atelier ou classe.

«Notre souci majeur, explique le directeur du Centre, est que tous ceux qui sortent d’ici arrivent à s’installer et à produire. Au début, nous en avons aidé quelques-uns uns grâce à nos bienfaiteurs. C’est devenu plus difficile maintenant, regrette-t-il. C’est pour cela que nous ne voulons plus faire de promesses à quiconque.» Heureusement, certains se regroupent pour créer des ateliers. Et cela marche. Pour le directeur, le Centre est encore jeune et les résultats sont difficiles à évaluer, surtout dans le domaine de l’insertion des jeunes formés dans le monde du travail. Je ne perds pas espoir que l’avenir nous apportera plus de soutien, conclut-il. (apic/pkd/mp)

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