APIC – Interview
Paul Hibout, ancien dirigeant national de la JOC, témoigne
Par Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC
Paris, 12 février 1998 (APIC) Ancien dirigeant national de la JOC, de 1932 à 1938, membre du Conseil de l’association « Les amis de l’abbé Stock », Paul Hibout est la cheville ouvrière de la commémoration du cinquantenaire de la mort de celui qu’on a appelé « l’aumônier de l’enfer », le « Recteur du séminaire des barbelés ». A la veille de ces manifestations, qui auront lieu le 1er mars en la cathédrale de Chartres, en présence du Chancelier Helmut Kohl, il évoque pour l’APIC la figure de cet artisan de la réconciliation franco-allemande?.
APIC: Pourquoi avez-vous rejoint l’association « les amis de l’abbé Stock »?
P. H. : Je l’ai fait avec enthousiasme suite à la lecture, en 1990, de la première édition du livre du Père R. Closset: « L’aumônier de l’enfer: Franz Stock », précisément préfacé par Joseph Folliet. Depuis 1988, je m’occupais du dossier de la béatification collective de 50 déportés, dont 19 jocistes, condamnés par les nazis pour cause d’apostolat interdit. Le jumelage spirituel entre Marcel Callo, jociste, mort en martyr au camp de Mathausen, béatifié en 1987 par Jean Paul II, et Franz Stock qui a accompagné moralement et spirituellement plus de 2’000 condamnés à mort, m’est apparu évident.
Pourquoi? Parce que tous deux ont protesté contre l’idéologie criminelle du nazisme. Et parce qu’en France, parmi les milliers de familles et d’amis des emprisonnées et des condamnés à mort, le souvenir de l’inlassable dévouement sacerdotal de l’abbé Stock reste vivant au point d’entretenir le désir de sa béatification. En nous souvenant de la démarche de personnalités – notamment le Père Gerardi, Oblat de Marie Immaculée (OMI) et d’organisations catholiques allemandes qui, dès 1952, ont demandé « en signe de réparation et de réconciliation » la béatification de Marcel Callo, nous avons pensé qu’il serait évangéliquement significatif que des Français se fassent aujourd’hui les actifs promoteurs de la béatification de Stock. Dans la réciprocité de l’amour et en fervent hommage à ce prêtre allemand qui avait pris comme devise: « Travailler à la réconciliation de la charité parmi les hommes ». C’est pourquoi nous avons créé le comité « Fidélité ».
APIC: Où en est cette cause de béatification?
P. H. : Joseph Folliet et le Père Closset en ont été les promoteurs. Elle est en instance d’instruction, avec les compléments d’information donnés par Mgr Jacques Perrier, évêque de Chartres de 1991 à 1997.
APIC: En quoi Franz Stock a-t-il été un ardent artisan de la réconciliation franco-allemande?
P. H. : Laissez moi citer l’article du Père Michel Riquet, jésuite, paru le 19 juin 1963 dans « Le Figaro »: « Par lui des milliers de familles surent que leurs disparus vivaient encore et pensaient à elles ou qu’ils étaient morts courageusement. Les notes de l’abbé Stock nous révèlent ce que fut le déchirement de son cœur devant ces exécutions. Sans cesse épié, suivi par la Gestapo, il s’obstina… C’est pourquoi, Allemands et Français, réunis à Chartres dans son souvenir, se sentaient profondément réconciliés ».
Le Chancelier Helmut Kohl lui-même, dans une lettre au maire de Suresnes, pour le remercier d’avoir donné le nom de Franz Stock à la place située face au mémorial de la France combattante, au Mont Valérien, qualifie ce dernier de « précurseur de l’entente franco-allemande » et estime que « si cette union est un exemple pour l’Europe entière, c’est aussi à notre avis, le legs de Franz Stock ».
APIC: Une plaque-souvenir sera inaugurée au séminaire des Carmes, à l’Institut catholique de Paris, le 26 février. Cette plaque-souvenir est intitulée: « En reconnaissante mémoire de Joseph Folliet et de Franz Stock, séminaristes années 1928-1929, apôtres de la réconciliation France-Allemagne, dans le sillage de Marc Sangnier ». Quels furent les liens entre ces figures chrétiennes.
P. H. : Joseph Folliet et Franz Stock se sont rencontrés au Congrès de Bierville pour la paix, organisé par Marc Sangnier, le fondateur du mouvement du Sillon. En août 1926, ce Congrès a rassemblé 6’000 jeunes de 33 pays, dont 800 Allemands. Franz Stock était entré au séminaire de Paderborn en avril de 1926. Il ira poursuivre ses études au séminaires des Carmes de Paris en mars 1928 où il rejoindra Joseph Folliet. Il évoquera auprès de lui la tradition des routes allemandes chantantes qui permettaient à des milliers de jeunes de témoigner de leur foi en sillonnant l’Allemagne à pied. Ce qui amènera Joseph Folliet, par ailleurs très lié aux Semaines sociales et co-fondateur, en 1945, de l’hebdomadaire « La Vie catholique illustrée », à créer les Compagnons de saint François. Ce mouvement de jeunes, inspiré du Tiers-Ordre franciscain, fait découvrir entre autres la découverte de la prière par la marche à pied, une sorte de mystique du pèlerinage. Franz Stock a été le premier Compagnon de saint François allemand et on peut affirmer que c’est Folliet qui l’a sensibilisé à la spiritualité franciscaine. A Bierville, Franz Stock a également sympathisé avec Paul Moreille, membre du Sillon, qui l’a invité à passer des vacances chez lui, à Tulle. Il y est retourné en 1927 et, dans la foulée, s’est rendu à Lourdes où il a rencontré le poète catholique Francis Jammes.
APIC: Qu’entend-on par « Séminaire des barbelés »?
P. H. : Il s’agit du camp 501, à Morancey, près de Chartres, où furent regroupés les prisonniers allemands séminaristes. Au total 950, dont plusieurs accéderont à l’épiscopat. L’abbé Stock a été leur directeur spirituel jusqu’à ce qu’il rentre à Paris où il mourra seul et totalement épuisé, à l’âge de 44 ans. (apic/jcn/ba)
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