Adhésion de la Turquie à l’Union Européenne: le point de vue des évêques turcs

Apic interview

«Jean XXIII déjà avait prévu l’entrée de la Turquie»

Bruxelles/Ankara, 3 octobre 2004 (Apic) Le rapport de la Commission européenne sur l’état de la mise en place des réformes en Turquie, sera présenté le 8 octobre. Il contiendra une note sur l’opportunité d’ouvrir ou non les négociations d’adhésion avec ce pays.

Ankara devra en effet répondre aux critères démocratiques demandés par l’Union (état de droit, respect des droits de l’homme et des minorités, séparation entre pouvoir politique et pouvoir militaire .). La demande d’adhésion de la Turquie remonte au mois d’avril 1987. Toutefois les premières déclarations du président de la Commission, Barroso, (»malgré les efforts qu’elle a faits, la Turquie n’est pas encore prête»), semblent contredire l’optimisme du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Dans une récente interview au «Figaro Magazine», le cardinal Ratzinger avait déclaré: «La Turquie pourrait essayer de faire naître un continent culturel avec les pays arabes qui lui sont voisins», une idée «qui n’est pas contradictoire avec des formes d’associations et de collaboration étroite et amicale avec l’Europe» pour faire vivre «une force commune contre tout fondamentalisme».

La décision finale sur l’ouverture des négociations avec Ankara revient aux chefs d’Etat et de gouvernements européens, prévue au sommet du 17 décembre prochain. Le SIR, l’Agence de presse de la Conférence des évêques italiens a demandé son avis au porte-parole des évêques turcs, Mgr Georges Marovitch.

Q.: Etes-vous favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE?

Mgr Marovitch: Toutes les communautés non musulmanes turques sont favorables à l’adhésion de pays à l’UE. Elles soutiennent toutes les grands efforts que le gouvernement a réalisés pour rejoindre les standards de démocratie fixés par l’Union, sans aucune distinction entre les citoyens.

Q.: Quels pourraient être les avantages pour l’UE et pour la Turquie?

Mgr Marovitch: La Turquie d’aujourd’hui est l’héritière d’un grand empire qui a eu sa civilisation et qui conserve encore des valeurs spirituelles et morales que le monde a perdues avec la prise de distances des enseignements de l’Eglise. D’un point de vue économique, l’entrée de la Turquie en Europe provoquera certainement une croissance du bien-être matériel. L’Europe pourrait comme je l’ai dit en recevoir un enrichissement spirituel. La Turquie est un pont entre l’Occident et l’Orient et cela pourrait faciliter aussi les relations entre l’islam et le christianisme. Nous ne devons pas oublier que les chemins qui portent à la paix en Europe et dans le monde entier passent essentiellement par le dialogue sincère et la collaboration entre les religions qui s’inspirent à la fois d’Abraham, du respect des dix commandements et des droits de l’homme.

Q.: Il existe cependant sur ce dernier point des problèmes, tout comme il en existe pour l’armée, les Kurdes et la laïcité. Et ce sont là des difficultés qui peuvent empêcher ou retarder l’ouverture des négociations pour l’adhésion.

Mgr Marovitch: Ce sont effectivement des problèmes qui existent encore. Mais le parlement turc a voté des lois pour les résoudre. Il faut encore un peu de temps.

Q.: Un autre obstacle semble être lié à la liberté de religion. L’entrée dans l’Union européenne facilitera-t-elle une amélioration des conditions?

Mgr Marovitch: Il n’existe pas de problèmes pour la liberté du culte. C’est la personnalité juridique de nos Eglises qui n’est pas reconnue. Ce qui fait que nous avons des problèmes avec nos propriétés immobilières. Nous perdons parfois ces biens qui représentent une entrée importante pour faire vivre nos églises et nos institutions caritatives. Nos biens immobiliers sont souvent confisqués par le Trésor ou par le Vakifs (une fondation religieuse de l’Etat). Nous attendons, donc, les réformes du gouvernement nécessaires pour l’entrée en Europe.

Q.: On ne peut cacher que certains hommes d’Eglise ont émis des réserves sur l’adhésion de la Turquie à l’Union.

Mgr Marovitch: «Chacun est libre de penser ce qu’il veut. Mais je voudrais citer Jean XXIII, qui connaissait bien la Turquie pour y avoir vécu dix ans. Il écrit dans son «Journal de l’âme» qu’il aimait la Turquie et que les Turcs avaient leur place dans la civilisation humaine. A l’époque, il avait déjà prévu l’entrée de la Turquie dans le continent européen, réputé comme l’un des plus civilisé». (apic/sir/pr)

3 octobre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Paris: L’abbé Franz Stock, aumônier allemand de résistants français prisonniers

APIC – Interview

Paul Hibout, ancien dirigeant national de la JOC, témoigne

Par Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC

Paris, 12 février 1998 (APIC) Ancien dirigeant national de la JOC, de 1932 à 1938, membre du Conseil de l’association «Les amis de l’abbé Stock», Paul Hibout est la cheville ouvrière de la commémoration du cinquantenaire de la mort de celui qu’on a appelé «l’aumônier de l’enfer», le «Recteur du séminaire des barbelés». A la veille de ces manifestations, qui auront lieu le 1er mars en la cathédrale de Chartres, en présence du Chancelier Helmut Kohl, il évoque pour l’APIC la figure de cet artisan de la réconciliation franco-allemande?.

APIC: Pourquoi avez-vous rejoint l’association «les amis de l’abbé Stock»?

P. H. : Je l’ai fait avec enthousiasme suite à la lecture, en 1990, de la première édition du livre du Père R. Closset: «L’aumônier de l’enfer: Franz Stock», précisément préfacé par Joseph Folliet. Depuis 1988, je m’occupais du dossier de la béatification collective de 50 déportés, dont 19 jocistes, condamnés par les nazis pour cause d’apostolat interdit. Le jumelage spirituel entre Marcel Callo, jociste, mort en martyr au camp de Mathausen, béatifié en 1987 par Jean Paul II, et Franz Stock qui a accompagné moralement et spirituellement plus de 2’000 condamnés à mort, m’est apparu évident.

Pourquoi? Parce que tous deux ont protesté contre l’idéologie criminelle du nazisme. Et parce qu’en France, parmi les milliers de familles et d’amis des emprisonnées et des condamnés à mort, le souvenir de l’inlassable dévouement sacerdotal de l’abbé Stock reste vivant au point d’entretenir le désir de sa béatification. En nous souvenant de la démarche de personnalités – notamment le Père Gerardi, Oblat de Marie Immaculée (OMI) et d’organisations catholiques allemandes qui, dès 1952, ont demandé «en signe de réparation et de réconciliation» la béatification de Marcel Callo, nous avons pensé qu’il serait évangéliquement significatif que des Français se fassent aujourd’hui les actifs promoteurs de la béatification de Stock. Dans la réciprocité de l’amour et en fervent hommage à ce prêtre allemand qui avait pris comme devise: «Travailler à la réconciliation de la charité parmi les hommes». C’est pourquoi nous avons créé le comité «Fidélité».

APIC: Où en est cette cause de béatification?

P. H. : Joseph Folliet et le Père Closset en ont été les promoteurs. Elle est en instance d’instruction, avec les compléments d’information donnés par Mgr Jacques Perrier, évêque de Chartres de 1991 à 1997.

APIC: En quoi Franz Stock a-t-il été un ardent artisan de la réconciliation franco-allemande?

P. H. : Laissez moi citer l’article du Père Michel Riquet, jésuite, paru le 19 juin 1963 dans «Le Figaro»: «Par lui des milliers de familles surent que leurs disparus vivaient encore et pensaient à elles ou qu’ils étaient morts courageusement. Les notes de l’abbé Stock nous révèlent ce que fut le déchirement de son cœur devant ces exécutions. Sans cesse épié, suivi par la Gestapo, il s’obstina… C’est pourquoi, Allemands et Français, réunis à Chartres dans son souvenir, se sentaient profondément réconciliés».

Le Chancelier Helmut Kohl lui-même, dans une lettre au maire de Suresnes, pour le remercier d’avoir donné le nom de Franz Stock à la place située face au mémorial de la France combattante, au Mont Valérien, qualifie ce dernier de «précurseur de l’entente franco-allemande» et estime que «si cette union est un exemple pour l’Europe entière, c’est aussi à notre avis, le legs de Franz Stock».

APIC: Une plaque-souvenir sera inaugurée au séminaire des Carmes, à l’Institut catholique de Paris, le 26 février. Cette plaque-souvenir est intitulée: «En reconnaissante mémoire de Joseph Folliet et de Franz Stock, séminaristes années 1928-1929, apôtres de la réconciliation France-Allemagne, dans le sillage de Marc Sangnier». Quels furent les liens entre ces figures chrétiennes.

P. H. : Joseph Folliet et Franz Stock se sont rencontrés au Congrès de Bierville pour la paix, organisé par Marc Sangnier, le fondateur du mouvement du Sillon. En août 1926, ce Congrès a rassemblé 6’000 jeunes de 33 pays, dont 800 Allemands. Franz Stock était entré au séminaire de Paderborn en avril de 1926. Il ira poursuivre ses études au séminaires des Carmes de Paris en mars 1928 où il rejoindra Joseph Folliet. Il évoquera auprès de lui la tradition des routes allemandes chantantes qui permettaient à des milliers de jeunes de témoigner de leur foi en sillonnant l’Allemagne à pied. Ce qui amènera Joseph Folliet, par ailleurs très lié aux Semaines sociales et co-fondateur, en 1945, de l’hebdomadaire «La Vie catholique illustrée», à créer les Compagnons de saint François. Ce mouvement de jeunes, inspiré du Tiers-Ordre franciscain, fait découvrir entre autres la découverte de la prière par la marche à pied, une sorte de mystique du pèlerinage. Franz Stock a été le premier Compagnon de saint François allemand et on peut affirmer que c’est Folliet qui l’a sensibilisé à la spiritualité franciscaine. A Bierville, Franz Stock a également sympathisé avec Paul Moreille, membre du Sillon, qui l’a invité à passer des vacances chez lui, à Tulle. Il y est retourné en 1927 et, dans la foulée, s’est rendu à Lourdes où il a rencontré le poète catholique Francis Jammes.

APIC: Qu’entend-on par «Séminaire des barbelés»?

P. H. : Il s’agit du camp 501, à Morancey, près de Chartres, où furent regroupés les prisonniers allemands séminaristes. Au total 950, dont plusieurs accéderont à l’épiscopat. L’abbé Stock a été leur directeur spirituel jusqu’à ce qu’il rentre à Paris où il mourra seul et totalement épuisé, à l’âge de 44 ans. (apic/jcn/ba)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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