APIC – Analyse
Taiwan prétexte ou Taiwan réelle épine dans la sensibilité chinoise?
Rome, 10 août 1999 (APIC) Le Pape n’ira pas à Hong Kong. La Chine met son veto à un tel voyage. En raison d’une barrière nommée Taiwan, Etat reconnu par le Saint-Siège depuis 1949. Beaucoup de pays dans le monde ne le reconnaissent cependant pas. Taiwan prétexte ou Taiwan réelle épine dans la sensibilité chinoise? Notre analyse, avec l’Agence Fides à Rome.
Le temps est loin d’être au beau entre la Chine et le Saint-Siège, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques, malgré l’embellie constatée en juillet avec deux événements de taille: l’ordination d’un évêque nommé par le Vatican par un évêque « patriotique » et la reconnaissance officielle, par Pékin, de l’ordination clandestine d’un évêque fidèle à Rome.
La nouvelle, qui courait déjà depuis des mois, est explicite. Un porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré à l’Agence catholique asiatique UCAN: « Il n’est pas approprié pour le pape de visiter Hong Kong, étant donné que le Vatican maintient ces rapports diplomatiques avec Taiwan ». Il faut en outre dire que le Vatican n’a jamais présenté de demande officielle pour le voyage du pape dans l’ancienne colonie britannique. Jean Paul II et les évêques de l’Asie avaient exprimé ce désir à la fin du Synode spécial pour l’Asie (mai-juin 1998), pour faire en sorte que l’exhortation post-synodale soit annoncée dans un pays de langue et de culture chinoise.
De ce point de vue, il faut également préciser qu’il n’y a pas eu de refus formel de la part de la Chine, puisqu’il n’y avait pas eu de demande formelle. Mais il est vrai que la Chine a contrecarré la possibilité du voyage. Les raisons du refus, selon la déclaration du porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères, semblent être politiques. Principalement à l’heure où la tension monte entre Taiwan et la Chine.
Selon l’agence Fides, le problème de Taiwan est seulement un écran qui cache les problèmes de la liberté religieuse. « Tout d’abord sur le front chinois: d’aprèès des sources ecclésiastiques de Hong Kong, qui ont suivi les tractations pour le voyage du pape, la Chine voulait tenir en main tous les fils des cérémonies papales, au risque de voir le pape contraint de concélébrer avec des évêques patriotiques qui n’ont aucun lien avec le Saint-Siège ».
L’ONU ne reconnaît qu’une seule Chine: celle de Pékin
Cette tentative de contrôler les cérémonies papales montre, dit Fides, qu’il y a un problème de liberté religieuse, y compris à Hong Kong. La mini-Constitution (Basic Law) de Hong Kong, signée par la Chine et la Grande Bretagne avant le retour de Hong Kong à la mère patrie, prévoit la liberté et l’autonomie sur le plan religieux pour au moins 50 ans à partir du 10 juillet 1997. Le frein mis à la visite papale, « démontre que la liberté religieuse à Hong Kong a, elle aussi, ses limites ». Jusqu’à présent, la Chine s’était limitée à freiner l’influence des catholiques et (surtout) des protestants de Hong Kong au Guangdong, avec des lois régionales qui interdisent l’évangééisation et l’importation de matériel religieux.
L’autre inquiétude et pas des moindres pour Jean Paul II et son entourage chargé de rédiger les discours du pape: peut-être la nécessité de les soumettre au préalable aux autorités de Pékin. Ce qui n’est guère dans les usages à Rome.
Il n’en demeure pas moins que la question de Taiwan, perçue à partir de la sensibilité chinoise, demeure le point sensible pour Pékin. L’ONU, à l’instar de la plupart des pays dans le monde, ne reconnaît qu’une seule Chine, celle de Pékin, qui n’a jamais renoncé à l’unité du pays.
Le barrière que constitue Taiwan aux yeux de Pékin est d’autant plus grande que les autorités communistes ont pour la première fois depuis 40 ans reconnu en juillet dernier une ordination clandestine: celle de Mgr Nicolaus Shih Jing Xian, 78 ans, qui s’était déroulée en 1991. Un événement qu’il convient de mettre en parallèle avec une autre première: un évêque chinois, Mgr Damasus Zhang Han-min, 73 ans, nommé pour la Mandchourie en avril dernier, avai été ordonné le 9 mai par l’archevêque « patriotique » – reconnu par le gouvernement – de Shenyang, Mgr Pius Jin Peixian. (apic/fides/pr)
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