Pérou: Maintenant, le plus difficile est de démontrer que la démocratie valait la peine

APIC Analyse

Condamné à ne pas échouer

Pierre Rottet, de l’Agence APIC)

Lima, 25 juillet 2001 (APIC) Une page noire de l’histoire péruvienne se tournera en partie le 28 juillet, date à laquelle le nouveau président démocratiquement élu du Pérou, Alejandro Toledo, entrera en fonction. Il succédera à Valentin Paniagua, qui a assuré une difficile transition depuis la chute de Fujimori et de son sbire Montesinos, en prison depuis plus d’un mois à Lima. Mais la page ne se tournera vraiment que lorsque Fujimori l’aura rejoint dans les geôles, assure-t-on à Lima.

Pour le nouveau président, le plus difficile est sans doute à venir: après une période de près de 11 ans de dictature qui n’en portait pourtant pas le nom. Il lui faudra démontrer, avec sa nouvelle équipe encore à former, même si des noms pointent déjà, que la démocratie valait la peine d’être rétablie. Toledo en est du reste conscient: «Nous sommes condamnés à ne pas échouer», avoue-t-il.

Lundi dernier, les 120 nouveaux parlementaires ont prêté serment. Pour les trois rescapés du fujimorisme, Martha Chavez, Carmen Lozada et Luz Salgado l’acte n’a de loin pas été une sinécure. C’est sous les sifflets et aux cris de «en prison» qu’ils ont levé la main. Il faut dire que la colère est grande au Pérou. Qui exige du Japon l’extradition de Fujimori et de son beau-frère, l’ex-ambassadeur à Tokyo, Victor Aritomi, à qui le gouvernement japonais vient d’octroyer la nationalité japonaise, pour le protéger, au même titre que Fujimori. Une colère encore et surtout suscitée par l’héritage laissé par le duo Fujimori-Montesinos: un pays spolié, odieusement volé par les deux compères. Un désastre social et économique dont on commence seulement à en découvrir l’ampleur. Quant à la corruption… Le gouvernement de transition de Paniagua, a eu le mérite de s’y attaquer, en créant une commission d’enquête. Un travail de longue haleine, qui pourrait bien réserver encore nombre de surprises.

La corruption en chiffres

Pour l’heure, ladite commission a permis d’avancer dans quelque 140 enquêtes, et de priver de liberté 74 personnes liées à l’ancien régime. 39 autres, en fuite à l’étranger, font l’objet de mandats internationaux. Selon des chiffres avancés par le procureur José Ugaz, quelque 153 millions de dollars détournés du pays ont été localisée à ce jour sur des comptes à l’étranger: 19 millions aux Etats-Unis, 33 dans les îles Cayman, 94 en Suisse, 5 au Luxembourg, 1,5 au Mexique. Des sources proches du procureur citent le chiffre d’un milliard de dollars détournés en près de onze ans de fujimorisme, à des fins d’enrichissements personnels et de pots de vin pays tous azimuts: magistrats, juges, médias. La liste est loin d’être exhaustive. En créant des organismes d’enquête, la commission «de la vérité», voulue par Paniagua en collaboration avec Toledo, a encore du pain sur la planche. Ne serait-ce que pour découvrir où sont passés les millions que le pays était sensé récupérer des biens de l’Etat vendus au secteur privé.

Chiffres encore: selon une enquête que vient de publier l’Institut national de statistiques et d’informatique (INEI), entre 1997 et 2000, près de deux millions et demi de Péruviens ont rejoint le groupe humain qui vit dans la pauvreté. Aujourd’hui, 12,7 millions de personnes – sur une population de près de 24 millions – vivent dans une situation de pauvreté, soit plus de la moitié du pays. Dans la seule Lima, la pauvreté extrême touche actuellement 38,9% des gens, contre 25,4% en 1997.

L’absurde conviction

Dans une analyse que publie «Dial», le sociologue péruvien Carlos Basombrio Iglésias relève que les Péruviens ont payé très cher leur «absurde conviction qu’un ’homme fort’ allait pouvoir sortir le pays du gouffre». En fait, commente-t-il, l’histoire républicaine montre très vite qu’au Pérou la démocratie n’a jamais eu de racines très solides. Et que les années où le Pérou a été dirigé par des gouvernements imposés – civils ou militaires – sont bien plus nombreuses que celles où il fut dirigé par des autorités véritablement issues de la volonté populaire.

Sans remonter très loin, des présidents qui avaient suscité la ferveur populaire au moment de leur élection, comme José Luis Bustamante y Rivero et Fernando Belaunde Terry, ont fini victimes de coups d’Etat, suivis de longs gouvernements militaires. Le Pérou est en outre le seul pays d’Amérique latine où la transition vers la démocratie, qui partout a eu lieu entre la fin des années 60 et le milieu des années 80, a échoué manifestement, interrompue par un coup d’Etat civil et militaire à l’origine de l’autoritarisme de Fujimori et Montesinos.

A quelque jours d’un tournant pour le pays, l’heure est aussi aux questions, malgré l’espoir né de cette période à venir. Il existe du reste plusieurs fronts complexes sur lesquels le nouveau gouvernement d’Alejandro Toledo devra agir dans les prochains mois et pour lesquels il devra prouver sa capacité de leader. «Face à eux, il n’y a ni succès préalablement garanti ni échec inévitable. Le réésultat tiendra beaucoup à la gestion politique et à la façon de gouverner», écrit Carlos Basombrio Iglésias.

Choisir entre l’urgent et l’indispensable

Deux fronts pointent en particulier au niveau des attentes. Premièrement l’ampleur des demandes sociales insatisfaites, en lien avec les attentes stimulées pendant la campagne électorale. Pas simple, estime-t-on au Pérou, étant donné les très faibles possibilités de provoquer des changements significatifs en raison de la situation économique nationale et internationale. Le gouvernement de transition a bénéficié de deux avantages à ce sujet qui ne joueront pas pour Toledo. D’un côté, les attentes et les demandes face à Paniagua étaient forcément moindres, puisqu’il s’agissait d’un gouvernement de très courte durée. De l’autre, il a gouverné sans opposition et avec l’appui de tous les secteurs démocratiques…

Kenya: Mise en garde du président Daniel Arap Moï aux Eglises et ONG

«Tenez-vous à l’écart de la politique»

Nairobi, 26 juillet 2001 (APIC) Le président du Kenya Daniel Arap Moï, en conflit ouvert avec les Eglises et les Organisations non gouvernementales (ONG), a mis celles-ci en garde en indiquant qu’elles ne devraient pas se mêlées dans le débat politique en cours dans le pays. Il leur a enjoint de s’écarter du jeu politique, ajoutant qu’elles ne seront pas autorisées à jouer de rôle dans le processus de réforme constitutionnelle.

Les Eglises et les ONG s’opposent radicalement à une révision constitutionnelle qui permettrait au président Moï de briguer l’an prochain un nouveau mandat de 5 ans. La loi fondamentale kenyane en vigueur actuellement lui en interdit ce droit. Il est au pouvoir depuis 1978, suite du décès de son prédécesseur Jomo Kényatta dont il était le dauphin en tant que président de l’assemblée nationale. Depuis, il se maintient au pouvoir, grâce à des élections controversées qu’il organise à chaque fois.

«La réforme constitutionnelle est une affaire de politique, mais pas un problème social où les Eglises et d’autres groupes sans structures doivent mettre leur nez», a-t-il déclaré lors d’un meeting à Mombasa, une ville située sur les côtes de l’Océan indien, au sud-est de Nairobi. il s’est aussi offusqué des nombreuses voix qui réclament son départ de la tête du pays. «Ce discours doit prendre fin maintenant», a-t-il ordonné. Ils s’en pris aux ONG, soulignant qu’elles n’ont pas droit au chapitre. «Qui les a élu? Les donateurs étrangers? Mais pas le peuple». Il a enfin accusé les Eglises de chercher à provoquer une désobéissance civile.

Le conflit entre le pouvoir et les Eglises et ONG portent notamment sur le manque de démocratie dans le pays, la violation des droits de l’homme et l’impunité. (apic/ibc/pr)

26 juillet 2001 | 00:00
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Veto de Pékin à une visite du pape à Hong Kong

APIC – Analyse

Taiwan prétexte ou Taiwan réelle épine dans la sensibilité chinoise?

Rome, 10 août 1999 (APIC) Le Pape n’ira pas à Hong Kong. La Chine met son veto à un tel voyage. En raison d’une barrière nommée Taiwan, Etat reconnu par le Saint-Siège depuis 1949. Beaucoup de pays dans le monde ne le reconnaissent cependant pas. Taiwan prétexte ou Taiwan réelle épine dans la sensibilité chinoise? Notre analyse, avec l’Agence Fides à Rome.

Le temps est loin d’être au beau entre la Chine et le Saint-Siège, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques, malgré l’embellie constatée en juillet avec deux événements de taille: l’ordination d’un évêque nommé par le Vatican par un évêque «patriotique» et la reconnaissance officielle, par Pékin, de l’ordination clandestine d’un évêque fidèle à Rome.

La nouvelle, qui courait déjà depuis des mois, est explicite. Un porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré à l’Agence catholique asiatique UCAN: «Il n’est pas approprié pour le pape de visiter Hong Kong, étant donné que le Vatican maintient ces rapports diplomatiques avec Taiwan». Il faut en outre dire que le Vatican n’a jamais présenté de demande officielle pour le voyage du pape dans l’ancienne colonie britannique. Jean Paul II et les évêques de l’Asie avaient exprimé ce désir à la fin du Synode spécial pour l’Asie (mai-juin 1998), pour faire en sorte que l’exhortation post-synodale soit annoncée dans un pays de langue et de culture chinoise.

De ce point de vue, il faut également préciser qu’il n’y a pas eu de refus formel de la part de la Chine, puisqu’il n’y avait pas eu de demande formelle. Mais il est vrai que la Chine a contrecarré la possibilité du voyage. Les raisons du refus, selon la déclaration du porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères, semblent être politiques. Principalement à l’heure où la tension monte entre Taiwan et la Chine.

Selon l’agence Fides, le problème de Taiwan est seulement un écran qui cache les problèmes de la liberté religieuse. «Tout d’abord sur le front chinois: d’aprèès des sources ecclésiastiques de Hong Kong, qui ont suivi les tractations pour le voyage du pape, la Chine voulait tenir en main tous les fils des cérémonies papales, au risque de voir le pape contraint de concélébrer avec des évêques patriotiques qui n’ont aucun lien avec le Saint-Siège».

L’ONU ne reconnaît qu’une seule Chine: celle de Pékin

Cette tentative de contrôler les cérémonies papales montre, dit Fides, qu’il y a un problème de liberté religieuse, y compris à Hong Kong. La mini-Constitution (Basic Law) de Hong Kong, signée par la Chine et la Grande Bretagne avant le retour de Hong Kong à la mère patrie, prévoit la liberté et l’autonomie sur le plan religieux pour au moins 50 ans à partir du 10 juillet 1997. Le frein mis à la visite papale, «démontre que la liberté religieuse à Hong Kong a, elle aussi, ses limites». Jusqu’à présent, la Chine s’était limitée à freiner l’influence des catholiques et (surtout) des protestants de Hong Kong au Guangdong, avec des lois régionales qui interdisent l’évangééisation et l’importation de matériel religieux.

L’autre inquiétude et pas des moindres pour Jean Paul II et son entourage chargé de rédiger les discours du pape: peut-être la nécessité de les soumettre au préalable aux autorités de Pékin. Ce qui n’est guère dans les usages à Rome.

Il n’en demeure pas moins que la question de Taiwan, perçue à partir de la sensibilité chinoise, demeure le point sensible pour Pékin. L’ONU, à l’instar de la plupart des pays dans le monde, ne reconnaît qu’une seule Chine, celle de Pékin, qui n’a jamais renoncé à l’unité du pays.

Le barrière que constitue Taiwan aux yeux de Pékin est d’autant plus grande que les autorités communistes ont pour la première fois depuis 40 ans reconnu en juillet dernier une ordination clandestine: celle de Mgr Nicolaus Shih Jing Xian, 78 ans, qui s’était déroulée en 1991. Un événement qu’il convient de mettre en parallèle avec une autre première: un évêque chinois, Mgr Damasus Zhang Han-min, 73 ans, nommé pour la Mandchourie en avril dernier, avai été ordonné le 9 mai par l’archevêque «patriotique» – reconnu par le gouvernement – de Shenyang, Mgr Pius Jin Peixian. (apic/fides/pr)

10 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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