Les papes au Liban: un encouragement à un peuple martyr, mais résilient

Le Liban, pays qui fait l’objet d’une attention particulière de la part du Saint-Siège, recevra du 30 novembre au 2 décembre prochains, la quatrième visite d’un pape sur son territoire. Léon XIV, qui tenait à accomplir dès le début de son pontificat ce voyage que François n’avait pas pu concrétiser, marchera sur les pas de Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI. L’agence I.MEDIA revient sur ces précédents voyages apostoliques réalisés dans le Pays du Cèdre entre 1964 et 2012.

1964: la courte escale de Paul VI

Parfois oublié dans le décompte des pays traversés au cours de son pontificat, le Liban ne fait pas l’objet d’une réelle visite officielle de Paul VI mais son avion se pose néanmoins à Beyrouth le 2 décembre 1964, sur le chemin du Congrès eucharistique de Bombay, en Inde. Ce bref passage au Liban constitue ainsi un complément à son voyage historique en Terre Sainte effectué au mois de janvier précédent.

Malgré le caractère très bref de cette escale, une foule très nombreuse se masse autour de l’aéroport de la capitale libanaise afin de tenter d’apercevoir le pape. Accueilli par le président Charles Hélou, le pontife italien délivre une brève allocution en soulignant que le pays du Cèdre tient «avec honneur sa place dans le concert des nations».

«Son histoire, sa culture, le caractère pacifique de ses habitants lui valent, on peut le dire, l’estime et l’amitié générales», déclare Paul VI, dans un contexte où le Liban fait figure d’îlot de relative stabilité et prospérité au Moyen-Orient. Ce moment demeure associé un âge d’or de ce pays alors indépendant depuis une vingtaine d’années et parfois surnommé «la Suisse du Moyen-Orient».

1997: Jean Paul II au chevet d’un pays martyr

Plus de trois décennies après le passage de Paul VI, l’ambiance est très différente lorsque Jean Paul II se rend à Beyrouth les 10 et 11 mai 1997, dans un pays meurtri par quinze années de guerre civile (1975-1990) et toujours occupé par l’armée syrienne. Pour cette courte visite, concentrée sur la capitale libanaise, le pontife polonais doit faire preuve de tact diplomatique pour éviter de raviver des plaies encore vives, dans le contexte d’une occupation syrienne qui se sera abolie qu’en 2005.

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Un an et demi auparavant, du 26 novembre au 14 décembre 1995, Jean Paul II avait convoqué à Rome un Synode spécial sur le Liban, impliquant toutes les Églises libanaises mais aussi des délégués musulmans. Les participants à cette assemblée inédite avait mentionné le Liban comme pays de «pluralisme culturel», réclamant l’instauration d’une «démocratie consensuelle» et souhaitant «le départ des troupes syriennes». Les pères synodaux avaient affirmé que «rien n’est plus démoralisant pour le peuple libanais que le sentiment qu’il n’est plus plus maître de son destin». 

Dans les semaines précédant l’arrivée de Jean Paul II, la visite du pontife polonais ne fait pas consensus dans la classe politique. Dans une prise de position virulente évoquée par le quotidien L’Orient-Le Jour, le leader druze Walid Joumblatt invite ainsi à «se méfier du Vatican, en tant qu’État qui a par le passé appuyé la dictature au Salvador et au Brésil, qui a agi en Pologne contre le communisme et qui est contre la gauche sociale dans le monde». 

Climat politique oppressant

Durant son cours séjour à Beyrouth, organisé dans un climat politique morose et oppressant, Jean Paul II, bien qu’affaibli physiquement, parvient tout de même, à poser des gestes et des mots d’encouragement qui contribueront à la reconstruction du Liban. Il utilise alors l’expression «pays-message», un terme fréquemment évoqué par la suite quand le Saint-Siège cherchera à soutenir le Pays du Cèdre.

«Il vous appartient de faire tomber les murs qui ont pu s’édifier pendant les périodes douloureuses de l’histoire de votre nation; n’élevez pas de nouveaux murs au sein de votre pays», demande-t-il aux jeunes Libanais, dont beaucoup participeront trois mois plus tard aux Journées mondiales de la Jeunesse de Paris. «Il vous revient de construire des ponts entre les personnes, entre les familles et entre les différentes communautés. Dans votre vie quotidienne, puissiez-vous poser des gestes de réconciliation, pour passer de la méfiance à la confiance!», leur lance-t-il.

Cette visite du pape permet aussi au patriarche maronite d’alors, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir (1920-2019), de renforcer son autorité morale et unificatrice dans ce pays fracturé.

2012: le dernier voyage de Benoît XVI

En septembre 2012, le pontife allemand se rend au Liban pour un voyage faisant suite au Synode des Églises orientales organisé deux ans auparavant à Rome. La signature formelle de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente est la principale raison de ce voyage. Le 14 septembre, en la fête de la Croix glorieuse, il remet ce texte aux patriarches orientaux rassemblés en la basilique Saint-Paul de Harissa, dans un contexte de grandes inquiétudes pour la survie des communautés chrétiennes de la région.

Entre 2010 et 2012, les révolutions arabes ont bouleversé la géopolitique régionale. La chute des régimes autoritaires en Égypte, en Libye et en Tunisie soulève autant d’enthousiasme en Occident que de scepticisme chez bon nombre de chrétiens d’Orient, qui s’inquiètent de voir les islamistes combler le vide politique.

Rumeurs d’annulation du voyage

Au Liban, surtout, les échos de la guerre civile syrienne alors en cours d’extension suscitent naturellement une vive inquiétude et font planer, à la fin de l’été 2012, quelques rumeurs d’annulation du voyage papal. Mais c’est finalement avec une grande chaleur que Benoît XVI est accueilli, y compris dans les quartiers tenus par le Hezbollah. 

Ce voyage rencontre un réel succès populaire, bien au-delà des seules communautés chrétiennes. «Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres», lance le pape allemand lors de sa rencontre avec les jeunes rassemblés au patriarcat maronite, à Bkerké, en présence du chef de l’État, Michel Sleiman.

Cette visite au Liban constitue le dernier voyage apostolique de Benoît XVI avant sa renonciation. Le fait d’y avoir rencontré le cardinal Sfeir dans un rôle inhabituel de ‘patriarche émérite’, celui-ci s’étant retiré à 91 ans alors que la charge de patriarche maronite était théoriquement assumée à vie, aurait joué un rôle dans la décision du pontife allemand de prendre sa retraite à son tour quelques mois plus tard.

François: le voyage manqué

Le pape François, pour sa part, n’a pas pu se rendre au Liban malgré un projet de voyage envisagé pour juin 2022 et qui avait été annoncé par les autorités locales. Outre la dégradation de son état de santé, les difficultés politiques liées au non-remplacement du président Michel Aoun à l’échéance de son mandat le 31 octobre suivant l’ont empêché de concrétiser ce projet. 

L’élection à la présidence de Joseph Aoun, le 9 janvier 2025, a permis au nouveau chef de l’État de lancer une invitation à Léon XIV dès leur entrevue après la messe d’installation du nouveau pontife, le 18 mai dernier.

En se rendant au Liban dès son premier voyage apostolique, du 30 novembre au 2 décembre prochains, le pape Léon XIV adresse donc un signal fort de son attention à la spécificité libanaise et au maintien de la présence chrétienne au Moyen-Orient, dans la lignée de ses prédécesseurs. Il porte aussi dans une région très instable son message de paix «désarmée et désarmante», des paroles qui ont marqué sa première intervention sur la loggia de Saint-Pierre, le jour de son élection. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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