Bernard Litzler à Lyon, pour cath.ch
«Vivre en vérité, vivre en responsabilité, vivre en grand»: les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens ont mis les petits plats dans les grands pour célébrer le centenaire de leur mouvement. Dans la capitale de la gastronomie, les EDC de la région lyonnaise – dont certains portaient la toque des grands chefs – ont accueilli les membres venus de France, mais aussi de Suisse, de Madagascar, du Mexique, du Cambodge et du Liban souffrant, dont trois membres présents ont été applaudis chaleureusement.
Car la base des EDC, ce sont les équipes, qui se rassemblent chaque mois localement pour prier et partager leurs expériences de vie. Né dans l’Hexagone, le mouvement a affiché une progression de 15% de ses membres en 2024 et 2025.
A Lyon, l’heure était à la fête, aux échanges et au passage de témoin. Après quatre ans de mandat, le président du mouvement Pierre Guillet, patron de la société Hesion, a cédé sa place à Arnaud Guirouvet, industriel lyonnais (voir interview).

Le premier plat servi, après un message d’encouragement de Léon XIV et les salutations cordiales de Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, a ravi les 3’200 participants. Il s’agit des racines spirituelles des EDC. Ces dernières sont en lien avec les pionniers de la pensée sociale chrétienne.
Avec des saynètes expressives, Thomas More, conscience morale anglaise du XVIe siècle, Pauline Jaricot, la sainte fondatrice des Œuvres pontificales missionnaires, Léon Harmel, figure sociale de Lyon au XIXe siècle, le pape Léon XIII, rédacteur en 1891 de la première encyclique sociale de l’Eglise, ont été figurés, parmi d’autres, par des membres des EDC.
Les racines du mouvement ainsi illustrées, la parole a été donnée durant deux jours, aux témoignages et tables rondes. Une bonne centaine d’invités ont ainsi, chacun à leur manière, mis en exemples les thèmes «Vivre en responsabilité, vivre en vérité, vivre en grand».
Le public a vibré aux échanges, applaudi beaucoup, été porté par des temps d’échange et de prière, animés par le groupe de pop louange Collectif Pierre. Avec des perles: «Tous les jours, je me lève en me demandant: «Es-tu à la hauteur de ce que la vie te donne?», a avoué Patrick Martin, le président du Medef, principale organisation patronale française. «Il n’y a pas une seule journée qui passe sans que je me demande ce que le Christ aurait fait à ma place», confesse Jordane Liénard, alpiniste et entrepreneuse. «Il n’y a qu’une façon de vivre en grand, c’est de servir», indique le vice-amiral Loïc Finaz.
La Lausannoise Hélène Bayeux, entrepreneuse sociale, participait à ses premières Assises: «J’ai d’abord été frappée par le côté identitaire du mouvement. On était dans l’entre-soi. Mais cette impression s’est estompée au fil des rencontres. Il y a eu ces témoignages de vies cassées, où il fallait rebondir, se décentrer, avoir de nouveaux horizons».
Une découverte finalement bienvenue: «Ici, on réalise ce que représente les EDC. Et la dimension sociale de nos activités est systématiquement rappelée. Cela me donne plus de force et entraîne ma réflexion. ça va nourrir mon action de manière plus engagée».
Surprise de ce centenaire: un spectacle sur Philibert Vrau, industriel du textile à Lille à la fin du XIXe siècle. Il a été interprété par les étudiants lillois de l’association Sanctificio, et porté un puissant accompagnement musical. A l’exemple de cet homme entreprenant, fondateur de l’Université catholique de Lille, bâtisseur de la cathédrale Notre-Dame de la Treille, les EDC ne veulent pas, comme l’exprimait un intervenant, «être de simples gestionnaires de l’existant, mais être des bâtisseurs d’avenir audacieux, prêts à prendre des risques au nom de la foi et de la responsabilité».
En conclusion priante des deux premiers jours des Assises, avant la messe et le culte du dimanche dans les églises de Lyon, Frère Matthew, prieur de Taizé, s’est joint à un moment œcuménique préparé par les confessions chrétiennes intégrées aux EDC. Mission accomplie pour les «chefs» lyonnais. Dans deux ans, en mars 2028, Marseille accueillera les prochaines Assises des EDC. (cath.ch/bl/bh)

«La pensée sociale chrétienne, un outil magique»
Le Lyonnais Arnaud Guirouvet, marié et père de six enfants, est le nouveau président des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. A 52 ans, le patron de E3i Group, une entreprise spécialisée dans les boîtes à gants et isolateurs pour l’industrie pharmaceutique, porte un regard plein d’espérance sur le mouvement dont il prend la charge.
Vous êtes le nouveau président des EDC. Quels sentiments vous habitent au moment de prendre cette responsabilité?
Un poids certain car ce mouvement a cent ans. Et quand on voit ce qu’il est devenu, c’est une vraie responsabilité de lui permettre de se développer, et surtout d’agir très concrètement, en permettant à des dirigeants de pouvoir échanger en vérité et vivre une vraie partie de conversion, de manière à ce qu’ils puissent vivre un temps fort qui fasse grandir à la fois leur relation au Christ et leur entreprise.
Quels sont les points forts des EDC?
Les EDC ont pour but de partager la vérité au sein de chacune des équipes. Les dirigeants vivent parfois des situations difficiles: dans leur entreprise, ils vivent parfois avec un masque parce que c’est dur. A la maison, ils ne se confient pas pour ne pas inquiéter. Ces équipes EDC sont le lieu où on peut pleurer, parfois, prier toujours mais surtout partager des moments forts. Cela va rester au cœur de notre mouvement. La deuxième chose, c’est la boussole des équipes que constitue la pensée sociale chrétienne, la PSC, l’outil «magique» des EDC pour organiser leur vie d’entreprise
Comment ces Assises, articulées autour de la responsabilité, de la vérité et de la grandeur, vous portent-elles?
Vivre en responsabilité, cela peut relever ou abîmer. En prendre conscience, c’est déjà important. Vivre en vérité, c’est être conscient pour les plus fragiles autour de nous, dans l’entreprise. Vivre en grand, c’est vivre avec le Christ qui élargit notre cœur. BL
En Suisse
Les EDC sont présents sur le territoire de la Confédération depuis quelques années. En provenance de France, un premier groupe s’est constitué à Genève, où sont présentes actuellement quatre équipes. Deux équipes fonctionnent aujourd’hui à Lausanne et une nouvelle vient de se créer à Zurich. Composées principalement de cadres et dirigeants français, les EDC suisses accueillent progressivement des membres d’autres entreprises de notre pays. BL
Rédaction
Portail catholique suisse
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