L’annonce de la nomination de Sarah Mullally remonte au 3 octobre 2025, avant qu’elle soit officiellement élue par le collège des chanoines en décembre et que son élection soit légalement confirmée le 28 janvier. Son prédécesseur, Justin Welby, a été en poste de 2013 à 2025, renonçant à sa charge après que sa gestion d’un prêtre anglican condamné pour avoir abusé des mineurs a été mise en cause. Sarah Mullally a été installée solennellement le 25 mars dans la cathédrale de Cantorbéry, premier siège épiscopal de l’Église en Angleterre, fondé en 597.
Dans sa lettre, Léon XIV fait parvenir ses «salutations accompagnées de [ses] prières» à Sarah Mullally, soulignant combien sa charge est «lourde de responsabilité» vis-à-vis de toute la Communion anglicane. Il pointe notamment le «moment difficile de l’histoire de la famille anglicane», une référence aux velléités parfois séparatistes de plusieurs courants conservateurs anglicans qui se sont ouvertement opposés à la gouvernance de Cantorbéry ces dernières années et ont, pour beaucoup, critiqué la nomination de Sarah Mullally. Le pape dit prier pour que la nouvelle archevêque soit «guidée par le Saint-Esprit au service de [ses] communautés».
Après la Réforme anglaise au XVIe siècle, les tensions ont été fortes pendant plusieurs siècles avec Cantorbéry, entraînant des persécutions contre les catholiques anglais et l’excommunication des tenants de l’Église anglicane. À partir du XIXe siècle, de premiers signes d’apaisement sont apparus au Royaume-Uni: «l’émancipation des catholiques», supprimant les restrictions frappant les catholiques anglais et irlandais, et l’apparition du mouvement anglo-catholique et de l’École d’Oxford, qui prennent leurs distances avec le courant puritain en se réappropriant la tradition catholique.
Cependant Rome est restée ferme contre Cantorbéry au XIXe siècle, notamment sous Léon XIII qui, dans la bulle Apostolicae Curae (1896), assurait que les ordinations anglicanes «ont été et sont absolument nulles et sans valeur». Une première inflexion survient avec les «conversations de Malines» sous le pontificat de Benoît XV, première esquisse du dialogue œcuménique entre les deux Églises, mais le vrai rapprochement survint sous Jean XXIII avec la création d’un Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens en 1960 et avec le concile Vatican II (1962-1965), qui aboutit au décret conciliaire Unitatis Redintegratio promulgué en 1964 par Paul VI.
Dans sa lettre, Léon XIV rappelle d’ailleurs la «rencontre historique» à Rome de leurs prédécesseurs Paul VI et l’archevêque Michael Ramsey en 1966, qui avait abouti à la signature d’une déclaration commune marquant «une nouvelle étape dans le développement de relations fraternelles, fondées sur la charité chrétienne». «Ce nouveau chapitre marqué par une ouverture respectueuse a porté ses fruits au cours des six dernières décennies et se poursuit encore aujourd’hui», assure le pontife américain, citant notamment la création d’une Commission internationale anglicane-catholique romaine (ARCIC) en 1971.
Ce rapprochement, souligne l’évêque de Rome, a permis aux catholiques et anglicans «de témoigner ensemble plus efficacement», ce qui est pour lui «particulièrement vital compte tenu des multiples défis auxquels notre famille humaine est confrontée aujourd’hui». Il se dit «reconnaissant que cet important dialogue se poursuive», même s’il reconnaît que «le chemin œcuménique n’a pas toujours été sans heurts».
Le pape a notamment rappelé la déclaration commune de 2016 de Justin Welby et du pape François, qui avaient reconnu que «de nouvelles circonstances ont fait naître de nouveaux désaccords entre nous». Il a néanmoins confié croire «fermement que nous devons continuer à dialoguer dans la vérité et l’amour, car ce n’est que dans la vérité et l’amour que nous parvenons à connaître ensemble la grâce, la miséricorde et la paix de Dieu».
«L’unité que recherchent les chrétiens n’est jamais une fin en soi, mais elle est orientée vers l’annonce du Christ, afin que, comme l’a prié le Seigneur Jésus lui-même, ›le monde croie’», souligne le pape. «C’est à travers le témoignage d’une communauté chrétienne réconciliée, fraternelle et unie que la proclamation de l’Évangile» est possible.
Ce désir d’unité et de réconciliation a été illustré le 23 octobre dernier lorsque le pape Léon XIV et le roi Charles III ont prié ensemble dans la chapelle Sixtine, une première depuis la Réforme anglicane et la séparation des deux Églises en 1534. Le souverain a conféré le titre de «confrère papal» de la chapelle Saint-Georges du château de Windsor à Léon XIV, et a été institué «confrère royal» de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs à Rome.
Le pape a choisi de signer sa lettre à l’archevêque Mullally à la date du 20 mars 2026, «en la mémoire de saint Cuthbert». Moine et évêque du VIIe siècle, celui qui est connu aussi comme Cuthbert de Lindisfarne fut un des plus importants saints de l’Angleterre au Moyen Âge, décrit par Bède le Vénérable comme un des grands artisans de l’évangélisation de l’archipel. (cath.ch/imedia/cd/lb)
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